L'Etat a investi beaucoup d'argent pour cerner et solutionner ce problème au milieu des années 2000, mais dix ans après, on revient à la case départ, comme si rien n'avait été fait. Il y a un sérieux problème de continuité au sein du staff qui dirige la wilaya de Constantine. Ceci vient d'être confirmé par la sortie inattendue du secrétaire général, Abdelkhalek Sayouda, qui, mine de rien, a annoncé mercredi dernier l'inscription d'une nouvelle étude du phénomène des glissements de terrains à Constantine. Accompagné d'un expert international en géorisques, le secrétaire général a déclaré devant la presse qu'un projet d'étude est d'ores et déjà inscrit et que l'expert devra présenter prochainement un exposé sur les expériences similaires en Algérie et à l'étranger, en vue de préconiser des solutions possibles, ajoutant qu'«il est temps de prendre des mesures strictes afin de résoudre cette situation». Il y a de quoi être interloqué par cette sortie, car soit qu'au sein des services de la wilaya tout le monde a la mémoire de poisson rouge, ou alors qu'on ne reconnaît pas de valeur aux études réalisées par le passé, et si c'est le cas, il faut alors le démontrer. L'Etat a investi beaucoup d'argent pour cerner et solutionner ce problème au milieu des années 2000, mais dix ans après on revient à la case départ, comme si rien n'a jamais été fait ! Peut-être qu'il est utile de rafraîchir la mémoire à nos décideurs. Les premiers incidents ont été enregistrés durant les années 1970 et les premières études ont été effectuées par le LHTP, assisté par le Pr. Manjoe, de l'université de Liège. Mais c'est bien plus tard, à la faveur de signalements émis par un nombre important de directions, APC, OPGI, DTP, DHW, DU, pour ne citer que celles-là, que les autorités locales ont pris la mesure du phénomène. Simecsol C'est alors que Mohamed El Ghazi, wali de Constantine durant la fin des années 1990, réagit le premier à ce niveau de responsabilité, pour alerter le gouvernement, sur la base de confirmations techniques fournies par le CTC et le LTPE. La tutelle réagit avec célérité et engage trois sommités internationales spécialisées dans ce type de risques, un Canadien, un Allemand et un Américain, qui séjournent à Constantine à tour de rôle avant de rendre des rapports qui vont tous confirmer le fait qu'il s'agit bel et bien d'un phénomène et non de cas isolés. C'est alors qu'un mini-conseil ministériel se réunit et décide de lancer une étude de haut niveau pour cerner l'ampleur du risque. En même temps, un quota de 20 000 logements (énorme à l'époque) est dégagé pour la wilaya afin de parer au déplacement de la population, dont les maisons menacent ruine. Un cahier des charges est alors élaboré par une commission de wilaya et le concours fut remporté par le bureau d'études français Simecsol, contre la somme de 106 millions de DA, avec un taux transférable en devises de 40%. Les spécialistes envoyés par ce dernier travaillent deux ans durant, en étroite collaboration avec le CTC, le LTPE, le CGS, le LNHC et l'université d'Alger. Près d'un millier de piézomètres et d'inclinomètres, des équipements de haute précision, furent plantés dans les zones glissantes. Et au bout de deux années d'études, le rapport étalé en détail sur des centaines de documents fut présenté aux autorités. C'était en 2005. Viol de la carte de vulnérabilité Simecsol avait conclu que 12 zones étalées sur environ 120 ha sont affectées, 15 000 habitations abritant 100 000 personnes sont menacées, et pas moins de 1790 constructions individuelles et collectives condamnées à la démolition. Les résultats provoquent la terreur parmi les décideurs, qui se voient impuissants à reloger autant de monde. Les réseaux qui contrôlent les marchés du foncier et de l'immobilier paniquent aussi devant l'idée de perdre des parts importantes dans leur business. Par un tour de magie, les autorités locales réussissent à mettre le dossier sous le coude. Abdelmalek Boudiaf, alors wali de Constantine, s'improvise prestidigitateur contre la vérité scientifique : «Il n'existe pas de glissement de terrain à Constantine», avait-il décrété. Mais le temps passe et les constructions illicites, enjeu central de toute cette histoire, empiètent chaque jour sur la carte de vulnérabilité de la ville, alors que de graves effondrements sont enregistrés ici et là. Nul ne peut ignorer les risques majeurs qui menacent Constantine, mais les manœuvres mal ou bien intentionnées prévalent hélas sur le bon sens. L'étude précieuse réalisée par Simecsol, n'est pas forcément la panacée, mais ses recommandations attendent toujours d'être appliquées, sinon démenties. Elle est toujours disponible, et tous les acteurs et les services ayant pris part à ce travail titanesque sont toujours en vie.