Habitudes n Une demi-heure à peine après la rupture du jeûne, les rues de la capitale sont envahies par une marée humaine. Il est bien loin le temps où le ramadan était le mois de toutes les appréhensions, par crainte des massacres qui avaient été perpétrés contre les villageois et des attentats à la voiture piégée. A cette époque-là, les citoyens ne pouvaient pas sortir, une fois la nuit tombée. Mais, depuis, la situation s'est nettement améliorée et les Algériens réapprennent à vivre autrement qu'avec la peur au ventre. L'affectation de milliers de policiers pour assurer et veiller à la quiétude des citoyens en ce mois de ramadan entre dans le cadre global du retour à la paix. Cette paix est évoquée par certains qui en discutent à bâtons rompus. Notamment, ceux de Aïn-Naâdja, qui ont envahi la placette quelques minutes après la rupture du jeûne, et qui à notre rencontre, tout en continuant à discuter, se préparaient déjà à des parties interminables de dominos. «Dieu merci ! Notre pays a retrouvé la paix après plusieurs années de terreur et de barbarie. Nous pouvons maintenant nous permettre des veillées sans aucun risque. Finies les frayeurs», nous dit Youcef S., un ancien élément des Groupes de légitime défense (GLD) et ex-membre de l'APC de Gué de Constantine, attablé avec un groupe de jeunes riverains pour une partie de dominos à proximité d'une «mahchacha» improvisée par des jeunes du quartier, malgré l'interdiction qui leur en a été faite par les autorités. «Nous ne voyons pas pourquoi des policiers viendraient nous interdire des moments de plaisir que nous ne pouvons partager entre copains que durant le mois de ramadan», déclare un jeune faisant partie d'un groupe qui nous a invités à partager un délicieux kelbelouz. Qu'il s'agisse des grands centres urbains ou de ruelles, ou de petits quartiers de la capitale, les veilleurs sont partout. Les mosquées débordent de fidèles pour la prière des tarawih. Au même moment, cafés et salons de thé sont pris d'assaut par une jeunesse avide de moments de joie et de liberté nocturne retrouvée. Pas facile de trouver un ordinateur libre dans les cybercafés qui, pourtant, pullulent au niveau des grandes artères d'Alger-Centre. Autour des tables de billard qui occupent également plusieurs espaces au niveau de nombre de communes de la wilaya d'Alger, des dizaines de jeunes attendent la moindre place libérée. Pour ce qui est des jeux vidéo, les retardataires souhaitent secrètement que la bourse de ceux qui les précèdent ne soit pas trop remplie, sinon leur attente s'éternisera. «Dommage qu'il n'existe pas de salles de jeux au niveau de notre quartier», regrette Ferhat, de Soustara.