Plainte - «Depuis quelque temps je suis très malade, Ali. Alors je reçois la visite de beaucoup d'amis...Des amis qui veulent me voir une dernière fois.» Ce jeudi-là, Ali, un brave père de famille de 53 ans, s'était offert une grasse matinée spectaculaire. Cela ne lui était pas arrivé depuis des années. Depuis qu'on lui avait confié le département financier de l'entreprise étatique où il travaillait, il n'avait pas eu une seule minute à lui ou à sa petite famille. Il avait, en deux ans, réussi à accomplir un travail des plus grandioses avec des moyens très réduits si bien que la société, au bord de la faillite naguère, avait commencé à remonter la pente. Il prit sa douche, son petit-déjeuner et savoura un réveil dénué de toute préoccupation professionnelle. Un réveil dépourvu de stress et d'appréhension. Pour l'après-midi il avait prévu de sortir avec ses deux derniers Mounir et Walid, (âgés respectivement de 8 et 10 ans). Il voulait les emmener au petit port de Tamentefoust. Ils y mangeraient des pizzas et s'offriraient des coupes de glace. Un vrai délice de plaisir. Ils y passeraient toute l'après-midi. A 19h, il aborderait un des pêcheurs auxquels il demanderait de lui vendre deux de ses plus belles pièces. Et le soir, lui, sa femme et ses quatre enfants mangeraient du poisson. Cela faisait très longtemps qu'ils n'en avaient pas mangé. Pourtant il n'ignorait pas que le poisson était bon pour la croissance, le cœur et le cerveau. Il était encore à chercher d'autres moyens de remplir convenablement son jeudi après-midi quand soudain le téléphone retentit. Pendant un moment il fut tenté de ne pas répondre parce qu'il craignait que l'appel émane de la société où il travaillait. Puis, comme le téléphone ne cessait de sonner il se dit que cela devait être important. Alors, il se résigna et se saisit du combiné. — Allô ? — Allô ? Je suis bien chez Ali Ben... ? fit une voix qui semblait très fatiguée. — Oui. — Ali Ben... est là ? J'aimerais lui parler. — C'est moi-même. C'est à quel sujet ? — Tu ne m'as pas reconnu Ali ? — Euh non... — Tu ne reconnais plus les amis ? — Je suis désolé...C'est peut-être la fatigue....ou l'âge ou autre chose ....mais depuis quelque temps j'ai des trous de mémoire. — C'est moi Rachid. — Rachid ? Quel Rachid ? — Rachid T...Ton vieil ami... — Oh ! Rachid ! Ce n'est pas vrai ! Comment vas-tu ? Mais comment as-tu eu mon numéro de téléphone ? — Depuis quelque temps, je suis très malade, Ali. Alors je reçois la visite de beaucoup d'amis...Des amis qui veulent me voir une dernière fois. — Quoi ? Tu es malade à ce point ? (A suivre...)