Résumé de la 1re partie ■ Le tout-Cleveland se met à frémir au récit des «retrouvailles» entre le milliardaire et la chair de sa chair. Le banquier acquiesce en jetant un regard concupiscent mais discret vers l'enveloppe cachetée. II verrait bien ces valeurs prendre le chemin de son établissement mais, en homme du monde, il se garde bien de le suggérer. Etre en affaire avec la fille «naturelle» d 'Andrew Carnegie ne peut être que bénéfique pour une banque... Dès le lendemain, le Tout-Cleveland se met à frémir au récit de ces «retrouvailles» entre le milliardaire et la chair de sa chair. Le crédit de la charmante Mme Fenwick, hôtesse parfaite et parfaite femme du monde, grandit d'un cran. Ce conte de fées n'étonne personne : depuis longtemps toute la ville connaissait sa filiation et sa parfaite éducation était venue corroborer ses dires. Quelques jours plus tard, Mme Fenwick, lors d'un rendez-vous avec son banquier favori, lui remet la désormais fameuse enveloppe. D'un geste élégant, le banquier enferme l'enveloppe, toujours scellée, dans son coffre. Quelle chance d'avoir une cliente pareille !... Mme Fenwick ressort de la banque avec, entre les mains, un reçu en bonne et due forme affirmant qu'elle vient de déposer cinq millions de dollars dans un coffre. Désormais Mme Fenwick, fille officieusement naturelle d'Andrew Carnegie, va utiliser son nouveau crédit, non seulement auprès du banquier détenteur des «cinq millions de dollars», mais auprès de nombreuses autres banques. Sa signature au bas d'un reçu vaut de l'or. Personne ne lui demande rien, elle emprunte à tout va. Deux millions de dollars accordés sans contrôle dans diverses villes de la côte Est lui sont prêtés. Elle mène la vie à grandes guides. Sa maison s'orne d'œuvres d'art, ses réceptions somptueuses font courir toute la bonne société.., mais jamais on n'y voit Andrew Carnegie. Et pour cause... En fait, Mme Fenwick, née en réalité Clarissa Wendell, ancienne prostituée d'origine canadienne, condamnée dès l'âge de vingt-deux ans à la prison pour divers mauvais procédés, échappe à son destin grâce à ses dons de comédienne qui lui permettent de jouer les «malades mentales». Vingt ans plus tard hélas, mariée au naïf docteur Fenwick, affabulatrice hors pair, elle se révèle plus douée pour les contes merveilleux, que pour la gestion de son patrimoine. Clarissa se lance de plus en plus dans des affaires qui tournent mal, se révèle incapable de rembourser les intérêts de ses emprunts. Un banquier moins candide que les autres porte plainte. On finit par ouvrir la fameuse enveloppe de papier brun : elle ne contient que des actions sans valeur. Une banque trop confiante fait faillite pour avoir trop prêté à la «fille de Carnegie»; tous les déposants se retrouvent ruinés. Mme Fenwick, arrêtée, jugée, est condamnée à dix ans de prison. Lors de son procès, Andrew Carnegie, étonné, vient témoigner : il n'a jamais vu la prévenue, elle n'est en aucune manière sa fille, ni légitime ni naturelle : en fait, pendant les vingt minutes qu'elle a passées à l'intérieur de sa magnifique demeure newyorkaise, elle n'a vu personne à part le concierge qu'elle a étourdi de paroles. Quand elle est ressortie de l'immeuble, il lui a suffi d'extraire de son grand sac à main l'enveloppe de papier brun qui s'y trouvait depuis le départ et qu'elle avait elle-même remplie et scellée. L'astucieuse Canadienne mourra derrière les barreaux deux ans après sa condamnation.