Résumé de la 16e partie n Percinet frappa trois coups de sa baguette, et les plumes, sortant à milliers de la tonne, se rangeaient d'elles-mêmes par petits monceaux tout autour de la chambre. Le prince n'oublia rien pour lui persuader de prendre une ferme résolution en sa faveur ; elle lui demanda du temps, et, quelque violence qu'il se fit, il lui accorda ce qu'elle voulait. Grognon vint ; elle demeura si surprise de ce qu'elle voyait qu'elle ne savait plus qu'imaginer pour désoler Gracieuse : elle ne laissa pas de la battre, disant que les plumes étaient mal arrangées. Elle envoya quérir la fée, et se mit dans une colère horrible contre elle. La fée ne savait que lui répondre ; elle demeurait confondue. Enfin, elle lui dit qu'elle allait employer toute son industrie à faire une boîte qui embarrasserait bien sa prisonnière si elle s'avisait de l'ouvrir ; et, quelques jours après, elle lui apporta une boîte assez grande. — Tenez, dit-elle à Grognon, envoyez porter cela quelque part par votre esclave ; défendez-lui bien de l'ouvrir ; elle ne pourra s'en empêcher, et vous serez contente. Grognon ne manqua à rien. — Portez cette boîte, dit-elle, à mon riche château, et mettez-la sur la table du cabinet ; mais je vous défends, sous peine de mourir, de regarder ce qui est dedans. Gracieuse partit avec ses sabots, son habit de toile et son capuchon de laine; ceux qui la rencontraient disaient : «Voici quelque déesse déguisée», car elle ne laissait pas d'être d'une beauté merveilleuse. Elle ne marcha guère sans se lasser beaucoup. En passant dans un petit bois qui était bordé d'une prairie agréable, elle s'assit pour respirer un peu. Elle tenait la boîte sur ses genoux, et tout d'un coup l'envie la prit de l'ouvrir. «Qu'est-ce qui m'en peut arriver ? disait-elle. Je n'y prendrai rien, mais tout au moins je verrai ce qui est dedans.» Elle ne réfléchit pas davantage aux conséquences, elle l'ouvrit, et aussitôt il en sort tant de petits hommes et de petites femmes, de violons, d'instruments, de petites tables, petits cuisiniers, petits plats ; enfin le géant de la troupe était haut comme le doigt. Ils sautent dans le pré ; ils se séparent en plusieurs bandes, et commencent le plus joli bal que l'on ait jamais vu : les uns dansaient, les autres faisaient la cuisine, et les autres mangeaient ; les petits violons jouaient à merveille. A suivre Marie Catherine, comtesse d'Aulnoy