Hypocrisie n La plupart des pays de l'UE connaissaient la politique de transferts et de détentions secrètes de terroristes présumés par la CIA hors des Etats-Unis. C'est ce qu'a estimé, mardi, le rapporteur de cette commission, Claudio Fava. «De nombreux gouvernements ont coopéré passivement ou activement. Ils savaient», a déclaré M. Fava en présentant son projet de rapport final devant la commission parlementaire sur l'utilisation présumée de pays européens par la CIA pour le transport et la détention illégale de prisonniers. Dressant le bilan d'un an de travaux, le rapporteur a dénoncé «la très grande réticence de la quasi-totalité des Etats membres (à l'exception de l'Espagne et de l'Allemagne) à coopérer» avec la commission d'enquête. M. Fava a, par ailleurs, accusé le Haut représentant pour la politique étrangère de l'UE, Javier Solana, «d'omissions» lors de son audition devant la commission d'enquête le 2 mai dernier. Lors de trois réunions avec les Européens, «les Américains ont parlé de façon explicite de ce système de transfert comme étant une méthode de lutte antiterroriste», a indiqué le rapporteur. Selon lui, les Européens ont été informés lors d'une réunion ministérielle transatlantique (UE / Otan) par Condoleezza Rice le 7 février 2005, et lors de réunions de haut niveau à Bruxelles le 8 février et le 3 mai 2006. Il a recensé une vingtaine de cas dits de «restitutions extraordinaires», comme celui de l'Allemand Khaled el-Masri, enlevé en 2003 en Macédoine et détenu plusieurs mois en Afghanistan ou celui de l'ex-imam égyptien Abou Omar par des agents de la CIA à Milan en 2003. Claudio Fava a, en outre, dénombré quelque 1 245 escales européennes d'avions utilisés par la CIA, pour la plupart logistiques, mais dont certaines ont probablement servi à des transfèrements de prisonniers. Il cite l'implication dans ces affaires de 12 pays de l'UE (Italie, Royaume-Uni, Allemagne, Suède, Autriche, Espagne, Portugal, Irlande, Grèce, Chypre, Danemark, Pologne) ainsi que la Roumanie, la Turquie, la Macédoine et la Bosnie. En six mois, la commission du Parlement européen aura recueilli les témoignages de 130 personnes : responsables gouvernementaux ou des services secrets, magistrats, journalistes et représentants d'ONG. Ses membres se sont aussi rendus aux Etats-Unis, en Macédoine, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Roumanie, en Pologne et au Portugal. M. Fava n'en tire néanmoins que peu de conclusions, invitant simplement «le Conseil et la Commission à prendre leurs responsabilités» sur d'éventuelles sanctions à infliger aux Etats membres. Pour l'existence de centres de détention secrets, «il n'exclut pas la possibilité que les services secrets américains aient opéré sur une base clandestine en Roumanie». Un centre de détention «pourrait avoir été hébergé» en Pologne, près de l'aéroport de Szymany (nord-est).