Scènes n Des douches remplies de toutes sortes de détritus, des murs fissurés et noircis par le feu, la partie construite en dur de l'ex-centre culturel de Béni Messous offre l'image d'un vestige. A quelques mètres de là, pourtant, vivent une quinzaine de familles dans des locaux en préfabriqué qui sont loin d'être dans un meilleur état. «On ne vit pas, on survit grâce à Dieu», lance de loin un groupe de femmes. Dans un espace de quelque 14 m2 environ, il est vrai que l'on ne peut pas aspirer à la belle vie quand on est à… trente ! La cohabitation entre les 5 familles qui résident dans ce premier bloc semble bien se passer à voir la complicité qui existe entre les femmes. Ceci en dépit des conditions extrêmement difficiles dans lesquelles elles vivent. Premier constat : il n'y a aucune trace de portes, encore moins de chambres. Des draps et des bouts de tissu cousus à la hâte servent de séparation, formant du coup de petites «kheïmas». On se croirait en plein Sahara, la promiscuité en plus et la quiétude en moins. Première interrogation : comment font ces familles pour «survivre» ? «On fait avec, on n'a pas le choix, c'est notre destin», répond une mère de famille, la quarantaine entamée. Et d'ajouter : «Il suffit que quelqu'un tousse la nuit pour que tout le monde se réveille.» C'est dire que l'intimité est un vain mot par ici. Il est presque midi et un homme dort toujours dans l'une des cinq «kheïmas». Renseignement pris, il s'agit d'un père de famille qui n'a pas fermé l'œil de toute la nuit. La raison ? «Il a dû céder sa place à ses enfants, comme d'habitude», apprend-on auprès de ses voisins d'infortune. «Rani m'douakh ya kho, aâmri ma cheft had echi (je suis sous le choc mon frère, je n'ai jamais vu cela de toute ma vie)», lâche l'employé du stade qui nous accompagne. C'est que «je n'avais jamais mis les pieds dans ces locaux auparavant», explique-t-il. Dans le second bloc, la situation paraît moins dramatique. Les quatre familles qui y résident disposent chacune d'une chambre. Néanmoins, le problème de la promiscuité se pose avec la même acuité. «Les chambres sont trop exiguës», se plaint une jeune fille rencontrée sur les lieux. Dans le troisième bloc, les souffrances et les plaintes des résidents sont les mêmes. «Venez voir dans quelles conditions nous vivons, nous sommes quatre familles à partager cet espace», indique une mère de famille tenant dans ses bras son enfant de deux ans. «Nous faisons partie des quelque 16 familles qui ont été ramenées ici, mais nous sommes les seules à n'avoir pas bénéficié de logement en raison de notre absence de notre domicile le jour où ils sont passés pour recenser les familles à recaser», poursuit-elle. Et de s'interroger : «Quand notre calvaire prendra-t-il fin enfin ?» La question reste posée…