«Je vous réserve le meilleur pour la fin», nous dit Kamel, 45 ans, qui nous fait visiter une à une les masures menacées par l'eau au site de Diar El-Kaf - Sonatro. Il ne croyait pas si bien dire puisque, arrivés «chez lui», c'est l'horreur. Son frère aîné, Abderrahmane, fraîchement amputé de la jambe gauche, est allongé sur un lit au milieu d'une salle inondée. Le regard perdu, le malade ne semble pas prêter attention à ce qui se passe et se dit autour de lui. «C'est un handicapé mental, atteint de diabète et d'une insuffisance cardiaque», nous apprend son courageux cadet. «Il a été amputé avant-hier, pour la deuxième fois en moins de deux mois. La première fois, c'était au niveau du mollet, mais les conditions d'hygiène dans ce bidonville ont fait que la plaie s'est infectée. On a dû alors l'amputer de nouveau, cette fois au niveau de la cuisse.» N'ayant pas pu fonder un foyer à cause de ses multiples handicaps, Abderrahmane est entièrement pris en charge par son frère. «C'est moi-même qui lui change ses couches, comme un bébé», nous dit-il. «Je me demande bien comment je ferai pour le sortir d'ici si toute cette eau finit par emporter nos gourbis», ajoute-t-il.