Quand Marine Le Pen, leader de l'extrême droite raciste française, et Rachida Dati, un temps pasionaria de Sarkozy au nom de la diversité, s'invitent au débat sur la torture, les deux femmes ne s'étripent pas. Toutes à leurs salamalecs fleurant la sournoiserie et de vieilles lunes secouées de leur naphtaline, par presse interposée, elles ne se crêpent surtout pas le chignon, s'efforçant au contraire, ou plutôt à peine, à une espèce de «gentlemen's agreement» pensé et destiné à survivre au factuel. Les deux femmes bousculent le cercle des hommes politiques français, ceux d'une UMP en déroute en particulier, en allant chasser sur les terres en fécondation du populisme discriminant au nom de la préférence nationale. Marine Le Pen et Rachida Dati, deux noms à retenir, car ils vont revenir souvent à l'heure où, en prévision de l'échéance présidentielle de 2017, les deux camps et tous les autres campements sortiront l'artillerie lourde. Dans la périphérie idéologique du revenant, sans garantie de succès pour 2017, à la tête du premier parti de droite, Marine et Rachida donnent un avant-goût de beurre rance de ce que seront les débats à venir. Sur le scandale de la torture pratiquée par la CIA à Guantanamo, la seconde vole au secours de la première en la dédouanant avec un incroyable cynisme devant le même interviewer qui avait interrogé la présidente du Front national la veille, de toute compréhension ou circonstance atténuante pour l'usage des sinistres pratiques. Et pourtant Marine Le Pen avait bien dit, en prenant prétexte d'un souci de préservation de vies humaines contre le terrorisme, que le recours à la torture pouvait se justifier. Gilbert Collard, célébrité du barreau et un de ses sherpas idéologiques, tiendra d'ailleurs les mêmes propos qu'elle, à quelques heures d'intervalle, sur une autre chaîne de télévision. Noël Mamère, député écologiste de Gironde, n'a eu besoin que d'un bref et lapidaire rappel pour situer dans leur matrice les propos de Marine Le Pen : «Tel père telle fille.» En matière de gégène contre les Algériens, il est vrai que le père de la fille s'y connaissait. Et plutôt bien. Lui aussi disait que c'était pour sauver des vies d'innocents. Et avant lui ou en même temps que lui, le général Bigeard aussi servait la même litanie d'arguments superfétatoires de protection des personnes contre «les bombes des terroristes du FLN». Pourtant, pour autant que le rapport du Sénat américain ait fait la part des choses, ce qui est mis en cause, ce ne sont pas des interrogatoires musclés ou des méthodes plus brutales que de raison (sic) pour soutirer des renseignements à de présumés terroristes d'Al-Qaïda. Ce qui est décrié et dénoncé, c'est plutôt le recours trop souvent systématique à des pratiques avilissantes et gravement attentatoires à la dignité de personnes non encore convaincues de terrorisme ou qui (c'est très fréquent) ne le seront jamais. Si Marine Le Pen a tombé le masque et s'est révélée dans sa vraie filiation idéologique et génétique, Rachida Dati s'est montrée empressée de caresser dans le sens du poil une grande partie de l'opinion française en phase avec les idées du Front national. Mais la «beurette qui a réussi» va peut-être un peu trop vite en besogne en s'affichant dans cette posture, elle a tort d'oublier trop rapidement ce qu'a dit d'elle Sarkozy il y a quelques jours seulement : «Père marocain, mère algérienne, synonyme de diversité, c'est pour cela que j'avais nommé Rachida Dati ministre de la Justice, garde des Sceaux.» Et ce n'est pas en bottant en touche qu'elle réussira le miracle d'une mutation génétique. Elle ne reconnaît pas qu'il y a eu torture par l'armée française en Algérie et fait semblant de ne pas entendre une question sur des excuses que la France devrait faire à son ancienne colonie. Experte dans l'art de retomber et rebondir sur ses pattes, la Rachida pourrait déjà compter sur un soutien de taille, celui de Marine Le Pen qui lui ouvrira grandes les portes de son parti. Mais cela ne suffira pas à faire d'elle une Gauloise aux cheveux blonds comme ceux de la fille du père. A. S.