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Hommage à Hadj M'rizek à la salle Ibn Zeydoun
55 ans après la disparition du maître et virtuose du hawzi
Publié dans La Tribune le 15 - 02 - 2010

L'association des amis de la Rampe Louni Arezki (ex-rampe Valée) en partenariat avec l'Office Riadh El Feth (OREF), l'Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels protégés (OGFB) et le Festival national de la musique chaabie ont célébré dimanche dernier, à la salle Ibn Zeydoun, le 1er anniversaire de la mort de Hadj M'rizek, 55 ans après sa disparition.A cette occasion, la salle était archi-comble avec la présence de la famille du défunt, dont son unique fille Zoulikha, des anciens de la Casbah, des personnalités des paysages culturel et sportif, à l'instar d'Ahmed Serri, de Zakia Kara Terki et de nombreux mélomanes.
Le président de l'association, Lounes Aït Aoudia, nous confiera que «Hadj M'rizek a été victime d'un oubli féroce. Nous sommes partis sur ses traces de manière à ressusciter sa mémoire et son parcours. Nous avons débuté en septembre dernier et aujourd'hui on s'inscrit dans la continuité afin de faire découvrir une autre facette de Hadj M'rizek, la dimension humaine et familiale».
Il ajoute que le plus grand hommage à Hadj M'rizek a été rendu récemment par un des monuments de la chanson chaabie, en l'occurrence Amar El Achab qui avait déclaré : «Hadj M'rizek, dans le genre hawzi, est inégalable.» Un des membres fondateurs de l'association, Mourad Souda Dini, explique que «face au vide culturel des années quatre-vingt-dix, il y allait de la nécessité de réunir tous les anciens amis qui habitaient l'ex-rampe Valée pour une rencontre conviviale dans un café. Suite au succès de cette première rencontre, on a décidé de créer l'Association des amis de la rampe Valée et de Sidi Abderrahmane dans le but de faire revivre la mémoire de la Casbah afin de préserver son riche patrimoine immatériel».
Quant à son ami, Omar Djebara, il ajoutera qu'«il s'agit aussi de lutter contre l'oubli et la perte des repères et de redonner vie à des lieux et des coutumes. Il s'agit également de donner à nos jeunes des repères et de leur expliquer qu'au lieu de s'abreuver de culture étrangères, ils possèdent leur propre culture qui est très riche et que nous avons énormément de grands noms qui peuvent servir de références». Après une minute de silence et la lecture de la fatiha à la mémoire du défunt, la cérémonie a débuté par une projection de photos sur le parcours de Hadj M'rizek, animé par le musicologue Abdelkader Bendaamache.
Il nous confiera dans les coulisses que «Hadj M'rizek représentait la fraîcheur de la chanson algérienne, la clarté, mais aussi la douceur parce qu'il était très tendre et plein de bonté. Il représentait la dignité de l'Algérien face à l'occupant. Sa vie a été très courte mais très riche et intense». Il ajoutera que, lors de la 4e édition du Festival national de la musique chaabie, la mémoire du défunt été évoquée mais l'hommage est resté inachevé. Il expliquera toutefois qu'aujourd'hui il est aussi nécessaire d'aller vers d'autres supports pour perpétuer sa mémoire, à l'instar de la rédaction d'un livre, de la production d'un film mais aussi de documentaires télévisuels.
La projection a été suivie d'un récital de chants puisés dans le répertoire de Hadj M'rizek. Avant de monter sur scène, dans les loges, les musiciens étaient tous émus de participer à cet hommage, à l'instar de Saïd Alouche, dit «Brigadier», percussionniste depuis 1963, qui soulignera l'importance de ce genre d'hommages permettant de transmettre le patrimoine musical aux jeunes générations. A ses côtés, les lauréats des différentes éditions du Festival de la musique chaabie, le rejoignent dans ses propos, tels Mohamed Reda Chrat, lauréart du 1er festival, Fadli Ahcen, dit Hsinou, et Boukherouba Bensaber.
Quant au plus jeune des interprètes Youcef Benyerzel, âgé de 22 ans, lauréat de l'édition 2008, il aura le privilège d'être sur scène avec le mandole du regretté Hadj M'rizek qui a été restauré. Il confie qu'il est «très honoré et ému d'avoir la chance de participer à cet hommage avec les chansons hbibi nemchilou et ya saheb laghram». Abdelkader Chercham clôturera cette cérémonie avec les meilleures partitions de la musique chaabie.
Parmi les personnes présentes, Benyoucef Ouadia soulignera que «le regretté était l'un des précurseurs de la chanson sportive avec sa célèbre chanson El Mouloudia. C'était l'ami de mon oncle et tout les deux étaient des fervents supporters du Mouloudia. Lorsque l'équipe chère aux Algériens jouait contre une autre équipe formée d'Européens, l'un et l'autre s'habillaient de vert et de rouge, c'était une forme de résistance».
Pour conclure, Abdelwahab Zekkar, directeur général de l'OGFB, explique que «le soutien de ce genre d'événements est très important pour faire renaître tout ce qui est patrimoine immatériel et qui est étroitement lié au patrimoine matériel. On ne peut restaurer un bâti sans son continu, on est obligé de s'intéresser à tout ce qui est musique, coutumes et savoir-faire car c'est grâce à cela que nous pouvons faire face à la conservation du patrimoine matériel. Car si vous ne travaillez pas l'âme cela ne sert à rien de travailler le corps».
S. A.


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