Le premier opéra en langue arabe classique El Nafas (le souffle) a été présenté, dimanche soir dernier au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi, qu'on appelait avant l'opéra d'Alger. Et le public est venu nombreux. C'est dans une salle archi comble que la générale de cette production a été donnée. El Nafas a été écrit et composé par le maestro algérien, Tarik Benouarka. Revenu après 40 ans d'exil, le compositeur a réuni pour son œuvre l'orchestre français Pasdeloup, quatre voix lyriques et la chorale de l'orchestre symphonique algérien. Après une heure de retard, l'orchestre rejoint la scène, et non pas la fosse, bel et bien opérationnelle, qui est censée accueillir l'orchestre d'un opéra pour laisser la scène aux acteurs et vocalistes. On ne s'explique pas ce choix injustifié de mettre l'orchestre sur la scène, réduisant ainsi l'espace de jeu. D'ailleurs, les musiciens, plus d'une cinquantaine, avec leurs instruments accapareront une bonne partie de l'espace scénique. Il ne restera que peu de place pour les interprètes. Quant à la scénographie, elle s'est résumée et limitée à des rideaux sur lesquels sont accrochées de petites lampes et un grand écran pour des projections vidéo qui accompagneront le spectacle. Après avoir souhaité la bienvenue au public, les animateurs annoncent le début du spectacle. Le chef d'orchestre, Pierre Dumoussaud, fait son entrée et donne le premier coup de baguette. Le spectacle débute sur des notes d'un morceau épique. Sur l'écran, s'affiche l'image d'une comète qui voyage dans l'espace et tourne à l'infini. On notera que les interprètes sont assis sur scène, leur texte à la main. El Nafas parle de la vie, de ses tourments, de sentiments profonds et de douleur. Inspiré de la culture soufie, le texte retrace les tourments de l'âme humaine dans toute sa splendeur et fragilité. Le créateur de l'opéra s'est également beaucoup inspiré du désert, de sa grandeur et ses mystères. Hélas, le public n'a pu entendre du texte que des bribes à cause d'un problème technique qui rendait les voix des interprètes inaudibles. Avec la diva libanaise Ghada Chbeir et la cantatrice jordanienne Lara Elayyan, le public s'est laissé emporter par leurs voix divines qu'il ne pouvait admirer que quand elles chantaient a capella. Elles ont été appuyées par deux ténors, George Wanis et Gaby Odeimi. Quant à la composition musicale, elle a été très influencée par les sonorités orientales, arabo-andalouses, avec une petite touche de jazz. La globalité de la musique reflète un compositeur à la fois contemporain mais très attaché aux musiques ancestrales. Sur l'écran, le public pouvait voir des images du désert accompagnées par une douce lumière tantôt rouge, tantôt bleue. Pour ce qui concerne les voix lyriques, on notera qu'elles n'étaient pas exploitées de la meilleure manière sur scène. Peu d'émotion s'en dégageait. L'interprétation était quasi mécanique, presque fade. Premier opéra en langue arabe, El Nafas est une œuvre dont le thème est complexe et intéressant à la fois. Mais elle a été tout juste moyenne. W. M.