Pour le 3e jour du Festival national de théâtre professionnel (Fntp), c'est la Syrie qui a créé l'événement dimanche dernier à la salle El Mouggar avec le monodrame E'tharthara el akhira lil Maghout. Présenté en section hors compétition, ce spectacle produit par le syndicat des artistes syrien (section Lattaquié) est mis en scène par Fayek Arkessoussi et écrit par l'auteure Gladys Matar. Venus nombreux, le public algérois et les festivaliers ont été mis dans le bain dès leur entrée à la salle El Mouggar. En effet, un monsieur vêtu de la tenue traditionnelle syrienne été à l'accueil distribuant des gâteaux aux gens. Un geste qu'a beaucoup apprécié le public. Le rideau se lève, on découvre sur scène des cercueils, des linceuls sont accrochés au plafond, la scénographie est assez morbide et pour cause, El Maghout, le poète insoumis syrien, revient à la vie et sort de sa tombe. Connu pour ses prises de positions et pour avoir connu la prison et l'exil, El Maghout est un poète tourmenté au verbe violent. Ressuscité, il a toujours la rage au ventre surtout avec ce qui se passe actuellement en Syrie. A travers la voix de cet homme symbole de révolution artistique, l'auteure a tenté d'apporter une lecture de l'actualité mais aussi revient sur le passé de la Syrie et du monde arabe. Interprété magistralement par le comédien Souhil Haddad, El Maghout évoque son parcours de poète, raconte sur ton ironique comment son art a été marginalisé. «Comment peux-tu écrire une poésie sans rimes ?», lance-t-il à propos de ceux l'ayant dénoncé. El Maghout parle aussi du projet de l'union arabe et comment il a refusé de composer un poème pour Djamel Abdenasser. «Je n'ai aucun problème avec Djamel mais je le préfère mort», lance le comédien. Le texte parle aussi de l'abandon de la Syrie par son élite qui, dès qu'un problème se pointe, embarque dans le premier vol. El Maghout, éternel insoumis, décrie la situation dans le monde arabe, une région où l'on préfère s'intéresser à de faux problèmes qu'à traiter son actualité. Il évoque aussi le sujet de la liberté d'expression et la censure qui fait des ravages dans le monde arabe. Il parlera de sa propre expérience et conclura son histoire en déclarant «dans le monde arabe, il vaut mieux se taire». Aussi, on notera que le metteur en scène a eu recours à la technique de distanciation du théâtre Brechtien. A de nombreuses reprises, le comédien s'est extrait du texte pour le commenter et s'adresser directement au public. Pour sa part, le comédien Souhil Haddad a montré une parfaite maîtrise du personnage, débordant d'énergie, il a offert au public une performance de haut niveau. Le public, subjugué par l'interprétation et le texte fort poignant, a chaleureusement applaudi à la fin du spectacle. Durant plus de dix minutes, le public est resté débout scandant fort «la Syrie, la Syrie !». Un fait qui a beaucoup touché les artistes. W. M.