Au moment où les pays riches remettent de l'ordre dans leurs propres économies, les pays en développement s'imposent peu à peu, comme un élément moteur de la croissance mondiale et sont en train de tirer les économies avancées dans leur sillage», souligne un nouvel ouvrage publié, hier, par des économistes de la Banque mondiale. Intitulé The Day After Tomorrow: A Handbook on the Future of Economic Policy in the Developing World (Le monde de demain : Guide sur les orientations futures des politiques économiques dans les pays en développement), cet ouvrage révèle que près de la moitié de la croissance mondiale est aujourd'hui à mettre au compte des pays en développement. Et selon les projections actuelles, ceux-ci sont appelés à dépasser les pays développés en termes de poids économique à l'horizon 2015. Dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, le rapport indique que la crise économique se traduira probablement par 2,6 millions de pauvres de plus à l'horizon 2011, et par une aggravation du problème du chômage. Le document estime que les pays du Golfe et les exportateurs du pétrole, dont l'Algérie, jouent le rôle moteur dans le redressement de cette région, aidés en cela par le renchérissement des prix du pétrole et une plus grande stabilité de leur secteur financier. Le document note qu'il n'est pas facile de voir comment la région pourra créer 40 millions d'emplois dont elle a besoins, pour résorber le chômage dans les dix prochaines années. «Pour que l'ensemble de la région puisse concrétiser l'énorme potentiel qui est le sien, il lui faut absolument ouvrir la porte à une nouvelle génération d'entrepreneurs privés et permettre aux femmes de jouer un rôle à part entière sur le plan économique», suggèrent les rédacteurs du document. Ritva Reinikka affirme que l'impact de la crise économique varie d'un pays à un autre. Elle a ajouté que les pays de la région en raison de la faible intégration de leur système bancaire, au système financier mondial ont ressenti la crise à travers la baisse des prix du pétrole. La région Europe de l'Est et Asie centrale est celle qui a été le plus durement touchée par la crise mondiale, accusant une baisse de croissance de 12 points de pourcentage entre 2007 et 2009, ce qui a réduit à néant une bonne partie des progrès réalisés dans le passé. En Amérique latine, la croissance est tombée au point mort sous l'effet de la crise, qui a également fait basculer dans la pauvreté quelque 8 millions de personnes de plus (sur la base d'un seuil de pauvreté de 4 dollars par jour). L'Asie du Sud est la région du monde qui a le mieux résisté à la crise et la première à avoir retrouvé le chemin de la croissance, mais la pauvreté y subsiste néanmoins, quelque 600 millions de ses habitants n'ayant pas plus de 1,25 dollar par jour pour vivre. Selon les estimations dont fait état cet ouvrage, la croissance des pays en développement devrait atteindre un niveau de 6,1 % en 2010, de 5,9 % en 2011 et de 6,1 % en 2012, et s'établir dans les pays à revenu élevé à 2,3 %, 2,4 % et 2,6 %, respectivement, sur cette même période. Ces profils divergents de croissance sont en outre destinés à se maintenir sur le moyen terme. Cela tient à cinq séries de facteurs : le rythme plus soutenu du processus d'apprentissage technologique dans les pays en développement, l'accroissement de leur classe moyenne, le surcroît d'intégration commerciale Sud-Sud, le renchérissement des prix des produits de base, ainsi que la bonne tenue des soldes publics des pays en développement, qui leur permettra d'emprunter pour assurer leurs investissements en infrastructure. «L'horizon économique s'annonce prometteur pour le monde en développement», a déclaré l'autre codirecteur de l'ouvrage, Marcelo Giugale, qui dirige les activités du réseau PREM au niveau de la région Amérique latine et Caraïbes à la Banque mondiale. «Le rééquilibrage de la croissance mondiale dans le sens d'une multiplicité d'éléments moteurs va donner une nouvelle importance aux pays en développement. Cela va aussi modifier la donne au niveau de leurs politiques : en moyenne, on va y voir la gestion économique se renforcer et l'administration publique s'améliorer, et on pourra être sur le point d'entrevoir le début de la fin en ce qui concerne la pauvreté». L'étude fait valoir que les pays en développement devraient tirer parti de la situation relativement plus saine de leurs finances publiques pour promouvoir une croissance qui profite à tous. Cela veut dire qu'ils assurent un meilleur ciblage de leurs programmes sociaux, qu'ils s'attachent plus à assurer l'égalité des chances pour leurs citoyens, et qu'ils établissent un climat des affaires propice à la création d'emplois dans le secteur formel de leurs économies. Un certain nombre de tendances à venir pour les pays en développement, se dégagent par ailleurs de cette étude : une reprise des envois de fonds de leur main-d'œuvre expatriée, un accroissement des échanges Sud-Sud, une hausse des investissements des fonds souverains, une gestion plus prudente de la dette et, pour beaucoup de ces pays, un surcroît de confiance de l'opinion publique dans leurs dirigeants. Selon l'ouvrage, des régions comme l'Asie de l'Est, l'Amérique latine, l'Asie du Sud ou, dans un horizon prochain, l'Afrique ont le potentiel voulu pour accéder au rang de régions « nouvellement développées».