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Victimes de la guerre commerciale, les fermiers américains ploient sous une dette record
Publié dans Le Maghreb le 23 - 06 - 2019

Les agriculteurs américains subissent un fléau: le nombre de faillites a atteint un record depuis dix ans, le poids de la dette est comparable à celui de la crise agricole des années 1980, et le rendement des entreprises approche de son minimum depuis 17 ans.

Une dette record
L'an dernier, 84 domaines agricoles ont déposé le bilan dans les États du Middle East américain - un record depuis 2007. "Le taux de faillites dans les trois régions où prédominent les États fermiers a battu un record depuis 10 ans. Dans l'Illinois, l'Indiana et le Wisconsin, les dépôts de bilan ont doublé par rapport à 2008. Dans le 8e district, réunissant les États du Dakota du Nord à l'Arkansas, le nombre de faillites a augmenté de 96%. Dans le 10e district, qui inclut le Kansas, c'est 59% de plus sur la même période", écrit le Wall Street Journal. Le ministre américain de l'Agriculture, Sonny Perdue, est convaincu que l'une des principales raisons de ces nombreuses faillites de fermiers est le poids de la dette, comparable à la crise agricole des années 1980.
"Ces cinq dernières années, on constate une brusque hausse de la dette des fermiers: 30% depuis 2013, de 315 à 409 milliards de dollars. Rien que l'an dernier, on est passé de 385 milliards de dollars au niveau des années 1980", a indiqué le ministre. Les experts soulignent qu'une grande majorité des producteurs agricoles américains n'arrive pas à rembourser ses dettes. Plus de la moitié d'entre eux travaillent à perte. Les autres amortissent seulement leurs frais ou perçoivent des revenus très bas.

Fermer boutique
En raison de la crise de surproduction qui pointe à l'horizon, les fermiers sont contraints de vendre leurs produits en-dessous du coût de production. La situation s'est aggravée il y a un an quand Donald Trump a déclenché la guerre commerciale contre la Chine. Washington a décrété des taxes sur les importations d'acier et d'aluminium, ce à quoi Pékin a réagi en instaurant des taxes sur les produits agricoles. Les plus touchés ont été les producteurs de fèves de soja et de maïs, qui vendaient depuis des décennies leur production à la Chine. Si, auparavant, le soja représentait près de 60% des exportations alimentaires américaines, suite aux taxes rédhibitoires de 25% les fournitures se sont réduites de 98%. En d'autres termes: elles ont pratiquement cessé.
L'an dernier, les fermiers avaient alloué 89,1 millions d'acres de terrain à la culture du soja (le double par rapport à 2017), et après la suspension des exportations les prix de location des entrepôts ont augmenté de 40%.
Quand, même malgré des tarifs aussi élevés, les entrepôts ont été remplis entièrement, les fermiers n'avaient plus d'autre choix que de broyer et d'enterrer les récoltes restantes. Certains les ont laissées pourrir dans les champs.
La Chine était le plus grand acheteur non seulement de soja américain, mais également de porc et de produits laitiers. Selon le ministère américain de l'Agriculture, les exportations de porc ont baissé de 8% en volume et de 12% en valeur monétaire, jusqu'à 538,7 millions de dollars.
La situation des producteurs de lait est encore plus difficile: la rupture des accords commerciaux avec le Canada et le Mexique les ont privés de marchés d'écoulement pour plus de 3 milliards de dollars de produits. L'an dernier, la Chine en avait acheté pour 576 millions de dollars, mais a interrompu ses importations.
De plus, la concurrence des Américains avec les Européens est devenue plus rude suite aux contremesures alimentaires russes. Ces derniers conquièrent de nouveaux marchés et ont considérablement repoussé les produits américains de plusieurs pays. Au final, la surproduction de lait aux USA a dépassé 8 millions de tonnes métriques, que les fermiers déversent simplement par terre. Rien que dans le Wisconsin, plus de 400 exploitations laitières se sont débarrassées de 160 millions de tonnes de lait, dans l'incapacité de le vendre. Selon les estimations du Conseil pour l'exportation des produits laitiers des USA (USDEC), d'ici cinq ans les producteurs de lait américains devraient perdre 16,6 milliards de dollars à cause des nouvelles taxes chinoises.
Dans l'impasse
Début février, des agriculteurs américains ont organisé à Washington une manifestation pour exiger de cesser la guerre commerciale, qui provoque une faillite massive des fermiers et pourrait pousser le pays au seuil d'une crise alimentaire. "De nombreux fermiers ont cessé leur activité ou ont fait faillite à cause de cette guerre commerciale. En outre, les agriculteurs sont contraints aujourd'hui de mener des négociations difficiles avec leurs créanciers", ont déclaré les membres du mouvement "Les fermiers pour le libre-échange" à l'adresse de Donald Trump. Le problème des taxes agricoles est devenu central dans les consultations américano-chinoises sur le commerce bilatéral.
Malgré tout l'optimisme affiché par le président américain sur Twitter, celui-ci n'a pas réussi à persuader ses collègues chinois de relancer les achats de produits américains. Selon les estimations de Robert Johansson, économiste en chef du ministère de l'Agriculture des USA, cette année les exportations alimentaires du pays devraient encore se réduire d'1,9 milliard de dollars. Les concurrents, notamment de Russie, s'empressent de combler la niche qui s'est libérée sur le marché du soja. C'est le cas notamment de la société agricole Partisan dans la région de l'Amour, située à 20 km de la frontière russo-chinoise. Son directeur général, Viktor Silokhine, s'est vanté dans une interview au WSJ que suite à une forte demande en fèves de soja, l'ancien kolkhoze avait réalisé la meilleure récolte de toute son histoire longue de 90 ans. Et si, auparavant, il fallait envoyer les produits à l'usine de traitement d'Irkoutsk située à 3.000 km, à présent les fèves sont plus que jamais demandées par une entreprise locale qui produit de l'huile de soja. D'après le ministre de l'Agriculture de la région de l'Amour, Oleg Tourkov, à court terme la région doublera sa production de fèves de soja (jusqu'à 2 millions de tonnes par an) et poursuivra les fournitures en Chine. Cette percée sera possible en grande partie grâce aux investisseurs venus dans la région de l'Amour et orientés sur le marché chinois.


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