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Le devoir de repentance de la France
Massacres du 8 Mai 1945
Publié dans Le Midi Libre le 06 - 05 - 2009

Abdelaziz Bouteflika a affirmé lors d'un message en 2006 que «nous savons tous comment l'Etat colonial français noiera dans le sang ce printemps patriotique et démocratique de la nation algérienne en mai 1945, date à laquelle la France s'est affranchie de l'occupation nazie et a trahi ceux qui ont contribué à sa liberté en sacrifiant ce qu'ils avaient de plus cher».
Abdelaziz Bouteflika a affirmé lors d'un message en 2006 que «nous savons tous comment l'Etat colonial français noiera dans le sang ce printemps patriotique et démocratique de la nation algérienne en mai 1945, date à laquelle la France s'est affranchie de l'occupation nazie et a trahi ceux qui ont contribué à sa liberté en sacrifiant ce qu'ils avaient de plus cher».
Par Amine Salama
Le 8 Mai 1945 est certainement une des dates les plus marquantes de la présence coloniale française en Algérie. Et pour cause. L'ampleur des massacres commis ce jour et les jours suivants dans le Nord constantinois, notamment à Sétif Kherrata et Guelma, a été effroyable. Plus de 45.000 Algériens ont payé de leurs vies cette folie meurtrière qui s'est saisie non seulement des colons, mais aussi et surtout de l'ensemble de la soldatesque de l'armée francaise coloniale.
La France, qui fêtait ce jour là victoire sur le nazisme comme c'était le cas pour tous les autres pays qui ont vaincu le fascisme d'Hitler au prix d'un très lourd tribut, a refusé aux Algériens, de la manière la plus barbare, de fêter eux aussi cette victoire à laquelle, d'ailleurs, ils ont contribué concrètement. Des dizaines de milliers d'Algériens sont sortis manifester eux aussi leur joie et, emportés par ce souffle de liberté, ils ont dénoncé leurs conditions de colonisés en espérant que la puissance coloniale, comme promis, daigne enfin leur octroyer le statut d'hommes libres en abrogeant le code de l'indigénat . Mais c'était mal connaître la nature même du système colonial comme l'atteste si bien ce grand massacre à ciel ouvert ou par terre, mer et air, l'armée française s'est appliquée à commettre un des plus grands génocides de l'ère moderne, des jours durant. C'est pourquoi les Algériens, qui ont recouvré leur indépendance entre temps grâce au sacrifice consenti par 1,5 million de martyrs, ne peuvent effacer de leur mémoire cette date fatidique. Et à chaque fois, par conséquent, ils se tournent vers l'ex-puissance coloniale pour lui rappeler ses abominables crimes et son inévitable devoir de repentance. Il y a quelques années seulement, à ce titre, le ton du discours officiel algérien est monté de plusieurs crans ne s'encombrant plus de formules soigneusement élaborées. «Ce n'était pas seulement un génocide contre le peuple algérien, mais un génocide contre l'identité algérienne (….) C'est une entreprise d'acculturation, de dépersonnalisation destinée à anéantir l'âme, la personnalité et l'identité algérienne ainsi que ses fondements» a affirmé en 2006, le président de la République. Dans ce même message, Abdelaziz Bouteflika assène encore : «Nous savons tous comment l'Etat colonial français noiera dans le sang ce printemps patriotique et démocratique de la nation algérienne en mai 1945, date à laquelle la France s'est affranchie de l'occupation nazie et a trahi ceux qui ont contribué à sa liberté en sacrifiant ce qu'ils avaient de plus cher». Face à cette «offensive» émanant de la plus haute autorité du pays, à laquelle a adhéré la classe politique nationale, la France officielle, ébranlée certes, a poursuivi sa fuite en avant et ses atermoiements donnant seulement l'impression de lâcher quelque peu du lest en reconnaissant du bout des lèvres ses crimes. L'ex-ambassadeur de la France en Algérie, Bernard Bajolet a en effet donné le ton il y a deux années de cela. A partir de l'université de Guelma où il a pris part à un colloque ce diplomate, qui n'est plus en poste à Alger, maintenant, ce diplomate n'a pas hésité à qualifier les événements du 8 Mai 1945 de "massacres". Il a mieux fait que l'ambassadeur qui l'a précédé, Hubert Colin de Verdière. Ce dernier avait qualifié ces douloureux événements de «tragédie inexcusable». La loi du 2 février 2005, qui glorifie la colonisation, a mis en froid les relations entre les deux pays et l'Algérie s'est mise désormais à exiger de la France qu'elle reconnaisse ses crimes et à présenter ses excuses au peuple algérien. Ce préalable, on s'en souvient, a été à l'origine du refus d'Alger de signer le traité d'amitié proposé par l'ex-président Jacques Chirac. Car la France ne semble pas encore prête à exorciser ses vieux démons et son passé colonialiste. Même si le successeur de Chirac, Nicolas Sarkozy, fait de très timides pas lorsque il dira, à partir de Constantine, que «le système colonial était injuste et il ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d'asservissement et d'exploitation».
Ce contentieux historique ne favorise pas, il faut le reconnaître, l'amélioration des rapports par trop passionnés entre les deux pays. Et tant que la France n'a pas répondu favorablement à la demande de l'Algérie, la situation ne risque pas d'évoluer.
Guelma
La ville se souvient
Par HAMID BAALI
Durant les évènements tragiques du 8 mai 45, comme à Sétif et Kherrata, les enfants de Guelma ont subi les pires sévices. Tous les membres de l'AML (Amis du manifeste et de la liberté ) furent arrêtés. L'un des premiers martyrs fut Djerbouh Abdelmadjid, assasiné dans les locaux de la police, par la main même du commissaire Toquart.
Le redoutable sous-préfet, Achiary, proclama l'état de siège dans la ville de Guelma et l'appel au massacre fut lancé dans la matinée du 10 mai de la bouche mème du sous-préfet : les fonctionnaires, les ouvriers, les colons, les jeunes, les femmes, les Maltais et mème les Italiens réquisitionnent des armes pour "chasser les ratons, ces va-nu-pieds faits pour nous servir, qui osent parler de la dignité humaine et qui poussent la prétention jusqu'à vouloir être nos égaux et vivre comme des hommes sur cette terre d' Algérie qui doit nous appartenir pour l'éternité ! " Tel est l'appel du sinistre et félon sous-préfet . La série des exécutions froidement perpétrées est inaugurée tôt le matin par le commissaire de police sur la personne de A. Djerbouh.
Les armes automatiques entrèrent en action partout à intervalles réguliers, jetant l'effroi dans tous les quartiers musulmans. Le soir, vers 17 heures , le maire, Aubert, tenta , auprès du sous-préfet , de calmer les esprits et obtint une liberté relative des conseillers municipaux musulman. Hélas le génocide avait déjà commencé. Combien d'Algériens tombèrent ce jour-là ? Des milliers à en croire les témoignages !
Les avions de chasse survolèrent un moment à basse altitude les quartiers arabes avant de quitter la ville pour se diriger vers les campagnes , lachant leurs bombes et mitraillant en rase motte, tuant de nombreux paysans non encore au courant du drame de Guelma. L'épouvante gagna les douars et les mechtas dans la nuit du 10 au 11 mai, alors que Guelma fut épargnée par les bomberdements aériens pour la simple raison que tous les Européens de la région s'y étaient rendus. Les coups de feu continuèrent tandis que les arrestations se multipliaient. Outre la prison civile, la gendarmerie, le local des scouts musulmans, d'autres lieux sont réquisitionnés pour servir de géoles où"l'Arabe " subissait des sévices et des tortures dignes de la gestapo. Beaucoup de musumans incarcérés ont vu des parents, des amis, emprisonnés comme eux , partir au petit matin pour ne plus revenir. Le soir, quelques détenus étaient désignés pour enterrer, à la faveur de la nuit, des dizaines de cadavres dans les fosses communes alors que des centaines d'autres étaient incinérés dans le four crématoire tristement célèbre du côté de "Kef El Boumba", situé à l'entrée sud du village d' Hélliopolis. Pour honorer la mémoire de ces martyrs, une stèle a été érigée à cet endroit. Bien plus tard, vers la fin du mois de juin 1945 , le ministre de l'Intérieur, Adrien Tixier , dans un discours, usa humour, un humour noir et sordide, pour annonçer le chiffre global de 2.000 victimes de la représsion coloniale dans la région de Guelma, Sétif et Kherrata, rejetant la responsabilité des troubes sur l' AML et le PPA. L'Histoire allait démentir ce sinistre personnage et retenir le chiffre de 45.000 victimes, plus plausible.
Mme Nicole Dreyfus, avocate de la fondation du 8 mai 45 et des anciens militants FLN au Midi Libre
«A défaut de poursuites judiciaires, le devoir de mémoire est un minimum»
Faut-il judiciarisé l'Histoire ? Alors que la France ne daigne même pas faire le mea culpa, peut-on ester en justice la France pour les massacres de population ? Nicole Dreyfus, ancienne avocate des militants FLN et de la Fondation du 8 mai 45, invoque l'imbroglio judiciaire qui profite à l'impunité de la France, ce qui rend toute action judiciaire contre l'ancienne puissance coloniale caduque. Ce témoin privilégiée des atrocités coloniales, qui est à la fois «une rebelle française et une patriote algérienne» a eu l'amabilité de nous recevoir dans son appartement parisien pour cet entretien où elle évoque le devoir de mémoire qui reste le minimum que peut faire la France. Ce geste déterminera, selon elle, la sincérité des futures relations apaisées avec l'Algérie.
Interview réalisée par notre correspondant à Paris Mounir Cheriffa
Peut-on poursuivre la France pour le massacre du 8 Mai 45 et d'une manière générale, doit-on judiciariser l'Histoire ?
S'il on prend la façon d'indiquer de quoi il s'agit, il y a deux possibilités, la juridiction nationale et l'autre internationale qui est le Tribunal pénal international qui existe relativement depuis peu de temps. Or, l'une et l'autre juridiction ne peuvent poursuivre que des personnes, mais pas les Etats. Il va, par l'intermédiaire du Conseil de sécurité, créer chaque fois une juridiction qui sera compétente pour juger les crimes de ce genre et leurs responsables. D'ailleurs, on connait les responsables du massacre du 8 mai 45. Ce sont le préfet de Constantine, Destrel- Carbonel, le préfet de Guelma Achiary, et c'est le pire de tous, et le responsable militaire le général Duval. Evidemment, ils sont tous morts. Mais est-ce qu'on pourrait les poursuivre s'ils étaient vivants ? La réponse est oui. Ils sont responsables de deux sortes d'incrimination. D'une part pour crime contre l'humanité qui, pour l'une et l'autre juridiction, est imprescriptible. C'est-à-dire qu'il peut y avoir cent ans ou mille ans. Ça ne sert à rien que le crime soit imprescriptible dès l'instant où les responsables ont quitté ce bas-monde. Or, aucune juridiction ne peut poursuivre des morts. Le Tribunal pénal international va plus loin puisqu'il considère le crime de guerre est également imprescriptible. D'autre part, en ce qui concerne la juridiction française, ça ne pourrait marcher dans aucun cas. Prenons un autre exemple pour comprendre de quoi il s'agit. Etant avocate de la Fondation du 8 Mai 45, j'ai introduit une action devant la juridiction française contre Papon qui est responsable d'un autre massacre commis à Paris, il s'agit de la ratonnade du 17 octobre 1961 dont je me suis beaucoup occupé avec l'historien M. Le Cour Grand-Maison. La cour de cassation m'a opposé un refus en vertu de la jurisprudence «Boudarelle». Le fait est le suivant : l'incrimination de crime contre l'humanité dépend du statut du Nuremberg qui prévoit de sanctionner les vaincus de la grande guerre. Mais c'était la loi du plus fort sur le plus faible. Et les crimes qui étaient visés concernaient uniquement les pays de l'axe (Allemagne, Italie et Japon). Donc, seuls les responsables de ces pays là et leurs complices, comme Papon, peuvent être poursuivis. Mais, ça ne s'applique pas aux crimes, fussent-ils les mêmes, qui ont été produits dans d'autres circonstances par d'autres puissances. Et c'est une lacune dans le code pénal français. On a repris la définition du statut de Nuremberg sans indiquer que ce même crime peut être appliqué dans tous les sens. C'est dans ce cas que notre plainte a été déboutée. C'est ainsi que je me suis adressée à l'Union européenne qui admet qu'il s'agit d'un crime de guerre. Mais la législation européenne n'est appliquée qu'à partir du moment où la France a adhéré à la convention européenne des droits de l'Homme. C'est-à-dire en 1971 alors que les faits sont de 1961. Donc, on se trouve dans cette situation paradoxale. Des gens devraient être poursuivis pour des crimes contre l'humanité alors qu'ils ne le sont pas à cause de ce vide dans le code pénal. Pour revenir à la possibilité du Tribunal pénal international, sachez qu'il est crée pour des cas spécifiques pour chaque entorse aux droits de l'Homme. Ainsi, le Conseil de sécurité est saisi et il constitue un tribunal et il en désigne les membres. Or, on voit mal le Conseil de sécurité qui n'existait pas en 1945 saisir l'affaire. Par conséquent, le conseil de sécurité ne peut prendre en main des crimes commis dans une période antérieure à sa création. Donc, c'est trop tard ! En général, le Conseil de sécurité désigne, suivant les faits, les responsables et par conséquent, on créera un tribunal qui s'occupera de cette affaire. Jusqu'ici, il y en a deux. Ce sont les tribunaux qui ont statué sur le Rwanda et l'ex-Yougoslavie. Il se trouve qu'à ce moment, des Etat ont demandé à ce que des tribunaux soient créés pour statuer sur d'autres massacres comme celui des Amérindiens éradiqués par les Etats-Unis, la guerre du Vietnam et la guerre d'Algérie. Mais, ça été refusé. Donc dans les deux possibilités, on se heurte à des blocages qui résultent du fait qu'on ait attendu 64 ans.
La France a voté, par l'intermédiaire de ses députés, une loi pénalisant la négation du génocide arménien alors qu'elle-même fait du négationnisme concernant le massacre du 8 mai 45…
Pour le génocide arménien, c'est exactement la même chose. On ne peut pas aller devant les tribunaux. Certains Etats ont reconnu le génocide, mais il n'y a pas eu de sanction…
Ce que j'ai dit pour le tribunal de Nuremberg est aussi vrai pour le génocide arménien de 1905. Par conséquent, votre allusion au génocide arménien est intéressante dans la mesure où si l'on n'a rien fait sur le plan judiciaire et ce, au niveau international et national mais on a beaucoup fait concernant l'expression publique, notamment la France qui a été le fer de lance des condamnations de ce génocide. Ce qui nous amène à dire qu'à défaut de poursuites judiciaires, il reste le devoir de mémoire qui est autant une exigence morale qu'impérative. En France, il a fallu attendre la fin de la législation Chirac pour obtenir qu'on ne parle plus d'évènements d'Algérie mais de Guerre d'Algérie. Il me semble que la seule chose qui reste à faire concernant le 8 Mai 45, c'est le devoir de mémoire. Il ne nous reste qu'à exiger des plus hautes autorités françaises de reconnaître la vérité sur ce massacre dont le nombre des victimes avancé par la France reste en deçà de ce qui s'est déroulé lors de la répression à Sétif, Guelma et Kherrata. Le général Duval qui a dirigé la répression parlait de 1.150 morts. A la demande du gouvernement de l'époque, le général Tubert a effectué une enquête qui fait état de 15.000 victimes. De leurs côtés, les autorités américaines à Alger avancent un nombre entre 40.000 et 45.000. La répression d'une manifestation pacifique des Algériens était d'une sauvagerie singulière. Il faut savoir qu'il y a eu deux opérations. D'abord l'attaque militaire avec les chars et les troupes à terre, les avions et le bateau qui a attaqué les douars depuis la mer. Ensuite, il y a eu les moyens de la population des colons encouragés par le préfet de Guelma qui les a armés en leur ordonnant de se venger. Après cette chasse à l'Arabe, on amenait les victimes près des gorges de Kherrata d'où on les jetait, les privant de sépulture.
Mais, en même temps, il y a des signes qui laissent croire que la France ne veut pas de traité d'amitié avec l'Algérie, notamment par la loi du 23 avril 2005 qui s'apparente à du révisionnisme.
Cette loi du 23février est absolument honteuse. Même si elle a été modifiée par la suite sous la pression des associations de gauche. Mais c'est tout de même scandaleux de l'avoir laissé passer une première fois. Ils insistent sur le caractère positif de la colonisation française notamment sur les droits de l'Homme alors qu'elle y a massacré les populations. Un des enseignements du massacre du 8 Mai 45, c'est que le colonialisme et le nazisme c'est la même chose. Il y a eu des équipements mais pour permettre aux colons de pérenniser l'exploitation de la population d'en tirer le maximum possible. C'est honteux de proférer un seul instant ce raisonnement. Je ne suis pas particulièrement ami de Sarkozy mais il faut reconnaitre qu'il a reculé. Sauf que le mal a été fait. Les visées étaient d'ordre politique, on a fabriqué une loi pour faire plaisir à des nostalgiques de l'Algérie française qui ne sont par conséquent que des frustrés. Cette loi n'est pas le fruit du hasard puisque le désir était de saboter le traité d'amitié.
Est-ce qu'on doit cesser d'être optimiste par rapport au devoir de mémoire, du moins sous l'ère Sarkozy. Ou au contraire, il y a des raisons d'être optimiste du fait du rapprochement entre l'Algérie et la France ?
C'est vrai qu'il y a un rapprochement, il y a une histoire douloureuse qui n'est pas un amas de bons souvenirs. Actuellement qu'il n'y a plus de rapports de colons à subordonnés mais d'Etat à Etat, je pense qu'il y a des deux côtés le souhait d'une amitié réelle. Mais, maintenant, il y a aussi une crise mondiale qui change la donne. Les effets sur les deux pays rendent difficiles de faire des prévisions. Des gens comme moi qui se sont occupés de militants algériens ce qui n'était pas exclus de tout danger à cette époque, nous considérons l'Algérie comme une deuxième patrie et je reste très attachée à mon pays qui est la France. S'il pouvait y avoir un traité d'amitié, ça comblerait tous mes vœux. Un participant à un colloque sur le 8 Mai 45 il y a deux ans disait qu'il a été touché par le discours d'une fille qui est à la fois une rebelle française et une patriote algérienne. Ça m'avait fait très plaisir. En fait, c'est parce que je suis une rebelle française que je ne supporte pas que mon pays ne reconnaisse pas des faits horribles dont il coupable.
Doit-on aller vers une repentance, des excuses et c'est ce que réclament justement les autorités algériennes ou juste une reconnaissance des faits ?
Il faut avant tout reconnaitre. D'une part pour les Français puisque personne en France ne sait ce que c'est que le 8 Mai 45, si ce n'est la victoire des alliés. Malheureusement, c'est une victoire sur la barbarie du nazisme et en fait la France a repris les mêmes moyens. Ce qui souligne l'identité qui peut y avoir entre le nazisme et le colonialisme. Le devoir de mémoire dans une telle situation où il n'est pas possible d'ester en justice la France est un minimum. La France a essayé de réparer un peu les choses. C'est à ce moment que sont intervenues la départementalisation et l'institution des deux collèges. Même si en apparence c'est un progrès, mais en réalité non. C'est même pire, la population était divisée en deux, une catégorie de colons avec 800.000 personnes et la deuxième celle des Algériens avec 8 millions de personnes. Le principe des deux collèges instituait droit égal entre les deux. Mais, en réalité c'est manifestement une conception de deux poids deux mesures. Le 8 mai 45 a été un traumatisme et un éveil à la fois. Larbi Ben M'hidi disait que le massacre du 8 mai 45 avait éveillé sa conscience. En rendant compte de la répression du 8 mai 45, le général Duval disait à ses interlocuteurs français « je vous ai seulement gagné dix ans de paix». Il ne s'est pas trompé puisqu'à peine 9 ans après, éclata la guerre de libération.
Par Amine Salama
Le 8 Mai 1945 est certainement une des dates les plus marquantes de la présence coloniale française en Algérie. Et pour cause. L'ampleur des massacres commis ce jour et les jours suivants dans le Nord constantinois, notamment à Sétif Kherrata et Guelma, a été effroyable. Plus de 45.000 Algériens ont payé de leurs vies cette folie meurtrière qui s'est saisie non seulement des colons, mais aussi et surtout de l'ensemble de la soldatesque de l'armée francaise coloniale.
La France, qui fêtait ce jour là victoire sur le nazisme comme c'était le cas pour tous les autres pays qui ont vaincu le fascisme d'Hitler au prix d'un très lourd tribut, a refusé aux Algériens, de la manière la plus barbare, de fêter eux aussi cette victoire à laquelle, d'ailleurs, ils ont contribué concrètement. Des dizaines de milliers d'Algériens sont sortis manifester eux aussi leur joie et, emportés par ce souffle de liberté, ils ont dénoncé leurs conditions de colonisés en espérant que la puissance coloniale, comme promis, daigne enfin leur octroyer le statut d'hommes libres en abrogeant le code de l'indigénat . Mais c'était mal connaître la nature même du système colonial comme l'atteste si bien ce grand massacre à ciel ouvert ou par terre, mer et air, l'armée française s'est appliquée à commettre un des plus grands génocides de l'ère moderne, des jours durant. C'est pourquoi les Algériens, qui ont recouvré leur indépendance entre temps grâce au sacrifice consenti par 1,5 million de martyrs, ne peuvent effacer de leur mémoire cette date fatidique. Et à chaque fois, par conséquent, ils se tournent vers l'ex-puissance coloniale pour lui rappeler ses abominables crimes et son inévitable devoir de repentance. Il y a quelques années seulement, à ce titre, le ton du discours officiel algérien est monté de plusieurs crans ne s'encombrant plus de formules soigneusement élaborées. «Ce n'était pas seulement un génocide contre le peuple algérien, mais un génocide contre l'identité algérienne (….) C'est une entreprise d'acculturation, de dépersonnalisation destinée à anéantir l'âme, la personnalité et l'identité algérienne ainsi que ses fondements» a affirmé en 2006, le président de la République. Dans ce même message, Abdelaziz Bouteflika assène encore : «Nous savons tous comment l'Etat colonial français noiera dans le sang ce printemps patriotique et démocratique de la nation algérienne en mai 1945, date à laquelle la France s'est affranchie de l'occupation nazie et a trahi ceux qui ont contribué à sa liberté en sacrifiant ce qu'ils avaient de plus cher». Face à cette «offensive» émanant de la plus haute autorité du pays, à laquelle a adhéré la classe politique nationale, la France officielle, ébranlée certes, a poursuivi sa fuite en avant et ses atermoiements donnant seulement l'impression de lâcher quelque peu du lest en reconnaissant du bout des lèvres ses crimes. L'ex-ambassadeur de la France en Algérie, Bernard Bajolet a en effet donné le ton il y a deux années de cela. A partir de l'université de Guelma où il a pris part à un colloque ce diplomate, qui n'est plus en poste à Alger, maintenant, ce diplomate n'a pas hésité à qualifier les événements du 8 Mai 1945 de "massacres". Il a mieux fait que l'ambassadeur qui l'a précédé, Hubert Colin de Verdière. Ce dernier avait qualifié ces douloureux événements de «tragédie inexcusable». La loi du 2 février 2005, qui glorifie la colonisation, a mis en froid les relations entre les deux pays et l'Algérie s'est mise désormais à exiger de la France qu'elle reconnaisse ses crimes et à présenter ses excuses au peuple algérien. Ce préalable, on s'en souvient, a été à l'origine du refus d'Alger de signer le traité d'amitié proposé par l'ex-président Jacques Chirac. Car la France ne semble pas encore prête à exorciser ses vieux démons et son passé colonialiste. Même si le successeur de Chirac, Nicolas Sarkozy, fait de très timides pas lorsque il dira, à partir de Constantine, que «le système colonial était injuste et il ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d'asservissement et d'exploitation».
Ce contentieux historique ne favorise pas, il faut le reconnaître, l'amélioration des rapports par trop passionnés entre les deux pays. Et tant que la France n'a pas répondu favorablement à la demande de l'Algérie, la situation ne risque pas d'évoluer.
Guelma
La ville se souvient
Par HAMID BAALI
Durant les évènements tragiques du 8 mai 45, comme à Sétif et Kherrata, les enfants de Guelma ont subi les pires sévices. Tous les membres de l'AML (Amis du manifeste et de la liberté ) furent arrêtés. L'un des premiers martyrs fut Djerbouh Abdelmadjid, assasiné dans les locaux de la police, par la main même du commissaire Toquart.
Le redoutable sous-préfet, Achiary, proclama l'état de siège dans la ville de Guelma et l'appel au massacre fut lancé dans la matinée du 10 mai de la bouche mème du sous-préfet : les fonctionnaires, les ouvriers, les colons, les jeunes, les femmes, les Maltais et mème les Italiens réquisitionnent des armes pour "chasser les ratons, ces va-nu-pieds faits pour nous servir, qui osent parler de la dignité humaine et qui poussent la prétention jusqu'à vouloir être nos égaux et vivre comme des hommes sur cette terre d' Algérie qui doit nous appartenir pour l'éternité ! " Tel est l'appel du sinistre et félon sous-préfet . La série des exécutions froidement perpétrées est inaugurée tôt le matin par le commissaire de police sur la personne de A. Djerbouh.
Les armes automatiques entrèrent en action partout à intervalles réguliers, jetant l'effroi dans tous les quartiers musulmans. Le soir, vers 17 heures , le maire, Aubert, tenta , auprès du sous-préfet , de calmer les esprits et obtint une liberté relative des conseillers municipaux musulman. Hélas le génocide avait déjà commencé. Combien d'Algériens tombèrent ce jour-là ? Des milliers à en croire les témoignages !
Les avions de chasse survolèrent un moment à basse altitude les quartiers arabes avant de quitter la ville pour se diriger vers les campagnes , lachant leurs bombes et mitraillant en rase motte, tuant de nombreux paysans non encore au courant du drame de Guelma. L'épouvante gagna les douars et les mechtas dans la nuit du 10 au 11 mai, alors que Guelma fut épargnée par les bomberdements aériens pour la simple raison que tous les Européens de la région s'y étaient rendus. Les coups de feu continuèrent tandis que les arrestations se multipliaient. Outre la prison civile, la gendarmerie, le local des scouts musulmans, d'autres lieux sont réquisitionnés pour servir de géoles où"l'Arabe " subissait des sévices et des tortures dignes de la gestapo. Beaucoup de musumans incarcérés ont vu des parents, des amis, emprisonnés comme eux , partir au petit matin pour ne plus revenir. Le soir, quelques détenus étaient désignés pour enterrer, à la faveur de la nuit, des dizaines de cadavres dans les fosses communes alors que des centaines d'autres étaient incinérés dans le four crématoire tristement célèbre du côté de "Kef El Boumba", situé à l'entrée sud du village d' Hélliopolis. Pour honorer la mémoire de ces martyrs, une stèle a été érigée à cet endroit. Bien plus tard, vers la fin du mois de juin 1945 , le ministre de l'Intérieur, Adrien Tixier , dans un discours, usa humour, un humour noir et sordide, pour annonçer le chiffre global de 2.000 victimes de la représsion coloniale dans la région de Guelma, Sétif et Kherrata, rejetant la responsabilité des troubes sur l' AML et le PPA. L'Histoire allait démentir ce sinistre personnage et retenir le chiffre de 45.000 victimes, plus plausible.
Mme Nicole Dreyfus, avocate de la fondation du 8 mai 45 et des anciens militants FLN au Midi Libre
«A défaut de poursuites judiciaires, le devoir de mémoire est un minimum»
Faut-il judiciarisé l'Histoire ? Alors que la France ne daigne même pas faire le mea culpa, peut-on ester en justice la France pour les massacres de population ? Nicole Dreyfus, ancienne avocate des militants FLN et de la Fondation du 8 mai 45, invoque l'imbroglio judiciaire qui profite à l'impunité de la France, ce qui rend toute action judiciaire contre l'ancienne puissance coloniale caduque. Ce témoin privilégiée des atrocités coloniales, qui est à la fois «une rebelle française et une patriote algérienne» a eu l'amabilité de nous recevoir dans son appartement parisien pour cet entretien où elle évoque le devoir de mémoire qui reste le minimum que peut faire la France. Ce geste déterminera, selon elle, la sincérité des futures relations apaisées avec l'Algérie.
Interview réalisée par notre correspondant à Paris Mounir Cheriffa
Peut-on poursuivre la France pour le massacre du 8 Mai 45 et d'une manière générale, doit-on judiciariser l'Histoire ?
S'il on prend la façon d'indiquer de quoi il s'agit, il y a deux possibilités, la juridiction nationale et l'autre internationale qui est le Tribunal pénal international qui existe relativement depuis peu de temps. Or, l'une et l'autre juridiction ne peuvent poursuivre que des personnes, mais pas les Etats. Il va, par l'intermédiaire du Conseil de sécurité, créer chaque fois une juridiction qui sera compétente pour juger les crimes de ce genre et leurs responsables. D'ailleurs, on connait les responsables du massacre du 8 mai 45. Ce sont le préfet de Constantine, Destrel- Carbonel, le préfet de Guelma Achiary, et c'est le pire de tous, et le responsable militaire le général Duval. Evidemment, ils sont tous morts. Mais est-ce qu'on pourrait les poursuivre s'ils étaient vivants ? La réponse est oui. Ils sont responsables de deux sortes d'incrimination. D'une part pour crime contre l'humanité qui, pour l'une et l'autre juridiction, est imprescriptible. C'est-à-dire qu'il peut y avoir cent ans ou mille ans. Ça ne sert à rien que le crime soit imprescriptible dès l'instant où les responsables ont quitté ce bas-monde. Or, aucune juridiction ne peut poursuivre des morts. Le Tribunal pénal international va plus loin puisqu'il considère le crime de guerre est également imprescriptible. D'autre part, en ce qui concerne la juridiction française, ça ne pourrait marcher dans aucun cas. Prenons un autre exemple pour comprendre de quoi il s'agit. Etant avocate de la Fondation du 8 Mai 45, j'ai introduit une action devant la juridiction française contre Papon qui est responsable d'un autre massacre commis à Paris, il s'agit de la ratonnade du 17 octobre 1961 dont je me suis beaucoup occupé avec l'historien M. Le Cour Grand-Maison. La cour de cassation m'a opposé un refus en vertu de la jurisprudence «Boudarelle». Le fait est le suivant : l'incrimination de crime contre l'humanité dépend du statut du Nuremberg qui prévoit de sanctionner les vaincus de la grande guerre. Mais c'était la loi du plus fort sur le plus faible. Et les crimes qui étaient visés concernaient uniquement les pays de l'axe (Allemagne, Italie et Japon). Donc, seuls les responsables de ces pays là et leurs complices, comme Papon, peuvent être poursuivis. Mais, ça ne s'applique pas aux crimes, fussent-ils les mêmes, qui ont été produits dans d'autres circonstances par d'autres puissances. Et c'est une lacune dans le code pénal français. On a repris la définition du statut de Nuremberg sans indiquer que ce même crime peut être appliqué dans tous les sens. C'est dans ce cas que notre plainte a été déboutée. C'est ainsi que je me suis adressée à l'Union européenne qui admet qu'il s'agit d'un crime de guerre. Mais la législation européenne n'est appliquée qu'à partir du moment où la France a adhéré à la convention européenne des droits de l'Homme. C'est-à-dire en 1971 alors que les faits sont de 1961. Donc, on se trouve dans cette situation paradoxale. Des gens devraient être poursuivis pour des crimes contre l'humanité alors qu'ils ne le sont pas à cause de ce vide dans le code pénal. Pour revenir à la possibilité du Tribunal pénal international, sachez qu'il est crée pour des cas spécifiques pour chaque entorse aux droits de l'Homme. Ainsi, le Conseil de sécurité est saisi et il constitue un tribunal et il en désigne les membres. Or, on voit mal le Conseil de sécurité qui n'existait pas en 1945 saisir l'affaire. Par conséquent, le conseil de sécurité ne peut prendre en main des crimes commis dans une période antérieure à sa création. Donc, c'est trop tard ! En général, le Conseil de sécurité désigne, suivant les faits, les responsables et par conséquent, on créera un tribunal qui s'occupera de cette affaire. Jusqu'ici, il y en a deux. Ce sont les tribunaux qui ont statué sur le Rwanda et l'ex-Yougoslavie. Il se trouve qu'à ce moment, des Etat ont demandé à ce que des tribunaux soient créés pour statuer sur d'autres massacres comme celui des Amérindiens éradiqués par les Etats-Unis, la guerre du Vietnam et la guerre d'Algérie. Mais, ça été refusé. Donc dans les deux possibilités, on se heurte à des blocages qui résultent du fait qu'on ait attendu 64 ans.
La France a voté, par l'intermédiaire de ses députés, une loi pénalisant la négation du génocide arménien alors qu'elle-même fait du négationnisme concernant le massacre du 8 mai 45…
Pour le génocide arménien, c'est exactement la même chose. On ne peut pas aller devant les tribunaux. Certains Etats ont reconnu le génocide, mais il n'y a pas eu de sanction…
Ce que j'ai dit pour le tribunal de Nuremberg est aussi vrai pour le génocide arménien de 1905. Par conséquent, votre allusion au génocide arménien est intéressante dans la mesure où si l'on n'a rien fait sur le plan judiciaire et ce, au niveau international et national mais on a beaucoup fait concernant l'expression publique, notamment la France qui a été le fer de lance des condamnations de ce génocide. Ce qui nous amène à dire qu'à défaut de poursuites judiciaires, il reste le devoir de mémoire qui est autant une exigence morale qu'impérative. En France, il a fallu attendre la fin de la législation Chirac pour obtenir qu'on ne parle plus d'évènements d'Algérie mais de Guerre d'Algérie. Il me semble que la seule chose qui reste à faire concernant le 8 Mai 45, c'est le devoir de mémoire. Il ne nous reste qu'à exiger des plus hautes autorités françaises de reconnaître la vérité sur ce massacre dont le nombre des victimes avancé par la France reste en deçà de ce qui s'est déroulé lors de la répression à Sétif, Guelma et Kherrata. Le général Duval qui a dirigé la répression parlait de 1.150 morts. A la demande du gouvernement de l'époque, le général Tubert a effectué une enquête qui fait état de 15.000 victimes. De leurs côtés, les autorités américaines à Alger avancent un nombre entre 40.000 et 45.000. La répression d'une manifestation pacifique des Algériens était d'une sauvagerie singulière. Il faut savoir qu'il y a eu deux opérations. D'abord l'attaque militaire avec les chars et les troupes à terre, les avions et le bateau qui a attaqué les douars depuis la mer. Ensuite, il y a eu les moyens de la population des colons encouragés par le préfet de Guelma qui les a armés en leur ordonnant de se venger. Après cette chasse à l'Arabe, on amenait les victimes près des gorges de Kherrata d'où on les jetait, les privant de sépulture.
Mais, en même temps, il y a des signes qui laissent croire que la France ne veut pas de traité d'amitié avec l'Algérie, notamment par la loi du 23 avril 2005 qui s'apparente à du révisionnisme.
Cette loi du 23février est absolument honteuse. Même si elle a été modifiée par la suite sous la pression des associations de gauche. Mais c'est tout de même scandaleux de l'avoir laissé passer une première fois. Ils insistent sur le caractère positif de la colonisation française notamment sur les droits de l'Homme alors qu'elle y a massacré les populations. Un des enseignements du massacre du 8 Mai 45, c'est que le colonialisme et le nazisme c'est la même chose. Il y a eu des équipements mais pour permettre aux colons de pérenniser l'exploitation de la population d'en tirer le maximum possible. C'est honteux de proférer un seul instant ce raisonnement. Je ne suis pas particulièrement ami de Sarkozy mais il faut reconnaitre qu'il a reculé. Sauf que le mal a été fait. Les visées étaient d'ordre politique, on a fabriqué une loi pour faire plaisir à des nostalgiques de l'Algérie française qui ne sont par conséquent que des frustrés. Cette loi n'est pas le fruit du hasard puisque le désir était de saboter le traité d'amitié.
Est-ce qu'on doit cesser d'être optimiste par rapport au devoir de mémoire, du moins sous l'ère Sarkozy. Ou au contraire, il y a des raisons d'être optimiste du fait du rapprochement entre l'Algérie et la France ?
C'est vrai qu'il y a un rapprochement, il y a une histoire douloureuse qui n'est pas un amas de bons souvenirs. Actuellement qu'il n'y a plus de rapports de colons à subordonnés mais d'Etat à Etat, je pense qu'il y a des deux côtés le souhait d'une amitié réelle. Mais, maintenant, il y a aussi une crise mondiale qui change la donne. Les effets sur les deux pays rendent difficiles de faire des prévisions. Des gens comme moi qui se sont occupés de militants algériens ce qui n'était pas exclus de tout danger à cette époque, nous considérons l'Algérie comme une deuxième patrie et je reste très attachée à mon pays qui est la France. S'il pouvait y avoir un traité d'amitié, ça comblerait tous mes vœux. Un participant à un colloque sur le 8 Mai 45 il y a deux ans disait qu'il a été touché par le discours d'une fille qui est à la fois une rebelle française et une patriote algérienne. Ça m'avait fait très plaisir. En fait, c'est parce que je suis une rebelle française que je ne supporte pas que mon pays ne reconnaisse pas des faits horribles dont il coupable.
Doit-on aller vers une repentance, des excuses et c'est ce que réclament justement les autorités algériennes ou juste une reconnaissance des faits ?
Il faut avant tout reconnaitre. D'une part pour les Français puisque personne en France ne sait ce que c'est que le 8 Mai 45, si ce n'est la victoire des alliés. Malheureusement, c'est une victoire sur la barbarie du nazisme et en fait la France a repris les mêmes moyens. Ce qui souligne l'identité qui peut y avoir entre le nazisme et le colonialisme. Le devoir de mémoire dans une telle situation où il n'est pas possible d'ester en justice la France est un minimum. La France a essayé de réparer un peu les choses. C'est à ce moment que sont intervenues la départementalisation et l'institution des deux collèges. Même si en apparence c'est un progrès, mais en réalité non. C'est même pire, la population était divisée en deux, une catégorie de colons avec 800.000 personnes et la deuxième celle des Algériens avec 8 millions de personnes. Le principe des deux collèges instituait droit égal entre les deux. Mais, en réalité c'est manifestement une conception de deux poids deux mesures. Le 8 mai 45 a été un traumatisme et un éveil à la fois. Larbi Ben M'hidi disait que le massacre du 8 mai 45 avait éveillé sa conscience. En rendant compte de la répression du 8 mai 45, le général Duval disait à ses interlocuteurs français « je vous ai seulement gagné dix ans de paix». Il ne s'est pas trompé puisqu'à peine 9 ans après, éclata la guerre de libération.


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