Même après l'annonce de la convocation, à la hussarde, du corps électoral par un Bensalah encore tout chaud sur le siège présidentiel, tout le monde ou presque savait que cette élection relevait de l'impossible. On le savait bien avant et, du coup, on s'était mis à spéculer et, par endroits, espérer : ils ne vont pas nous faire ça, c'est ridicule. Mais on a quand même attendu que les choses se formalisent, histoire d'en avoir le cœur net. Même quand les choses semblent d'une criante évidence, les Algériens aiment «l'officiel» ou, si vous préférez, les formules du cru, «poursuivre le voleur jusqu'au seuil de sa porte». On ne savait pas comment on avait fait pour déjà oublier mais on l'avait quand même fait : on avait aussi fait miroiter la possibilité, quand ce n'était pas la certitude, que, intérim constitutionnel ou non, Abdelkader Bensalah ne sera jamais chef d'Etat. Se profilait alors une autre formule de transition qui pouvait être la première initiative politique sérieuse dont on désespérait. Et Bensalah est… devenu Président, et il a convoqué le compte électoral dans les délais «légaux», c'est-à-dire fous et on a même trouvé des «candidats» rapidement rentrés dans la clandestinité. Aussi rapidement que Gaïd Salah, prenant déjà ses aises dans l'essentiel de la décision politique, avait quand même commencé par mettre de la nuance dans la précision de l'échéance. Mais s'il s'était aménagé cette porte de sortie un peu facile, il n'a pas, pour autant, renoncé à l'essentiel : «il n'y a pas d'autre issue à la crise que la voie constitutionnelle», disait-il à chaque fois qu'il parlait. Pourtant, pour quelqu'un qui insistait sur l'accompagnement des demandes populaires, il avait, chaque vendredi et en milieu de semaine, un retour d'écoute qui pouvait l'en dissuader. Le pays entier est dans la rue à lui dire que l'élection n'aura pas lieu et, plus important, le problème ne peut pas faire la solution. Dans la foulée, y compris le minimum formel d'un scrutin même cousu de fil blanc et une participation microscopique était devenu impossible à imaginer. Les magistrats se sont rebiffés, les maires pour l'essentiel de Kabylie ont annoncé leur refus d'organiser le vote, le personnel technique est déjà problématique et il faudra quand même trouver des… votants. Ça fait déjà longtemps que les taux de participation sont grossièrement usinés, on imagine ce que ce sera dans les conditions actuelles. La perspective devenant de plus en plus sombre, la possibilité que cette «absence de candidat» dans les délais soit une autre… porte de sortie destinée à sauver la face n'est pas totalement exclue, même si elle est trop farfelue. Au sein de l'opinion la plus lucide, on ne concédera même pas ça aux décideurs. Même pas la thèse des signatures non obtenues, ils pouvaient très bien faire… comme avant. L'échec de la manœuvre reste donc entier et la victoire populaire aussi. S. L. P. S. : au moment où se termine la rédaction de ces lignes, le Conseil constitutionnel a annoncé la réception des dossiers de candidature de deux illustres inconnus. Cela ne change pas grand-chose à l'esprit du texte.