Campagne référendaire : le projet d'amendement constitutionnel consacre l'avènement de l'Algérie nouvelle    Amendement constitutionnel : renforcer la liberté de la presse et d'expression    Des peines allégées pour Ouyahia et Youcef Yousfi    Un texte réglementaire pour fusionner les services du cadastre et de la conservation foncière    Le port de Skikda renforcé    Le conflit persiste au sein de la CNR    7,9 milliards de DA de créances à récupérer    La liberté dans le respect de l'autre    Macron et l'arabe    Rashford encore bourreau du PSG, Barça et Juve déjà lancés    Le grand bond en arrière, Tuchel contesté    L'AC Milan et Tottenham de retour    Séisme de Mila: les listes préliminaires des concernés par l'indemnisation élaborées    Le mur, la blessure du Sahara s'invite au Festival de Lugano    Disney ajoute un avertissement à ses classiques contenant des clichés racistes    Prix Marcel Duchamp à l'artiste franco-canadienne Kapwani Kiwanga    On vous le dit    L'école de la vie    Equipe Nationale : U20 Bensmaïn satisfait du stage    Le RAJA interdit de quitter le Maroc pour cause de Covid-19 : Menace sur la demi-finale retour de la LDC    COA : Journée Sports et médias ce samedi    Mustapha Benfodil . Journaliste, écrivain : «Je dédie mon prix à Khaled Drareni et à tous les détenus d'opinion et politiques»    Le projet d'amendement constitutionnel contribuera au renouvellement de la classe politique et au changement escompté    Djerad plaide pour une réelle ouverture dans le domaine de l'industrie    Les aliments à ne jamais mélanger avec des sodas    Les chaines qui diffuseront les rencontres de nos Pros, ce jeudi    La peur au ventre    Musulmans de France, tous coupables ?    Communication et impérialisme    Partenariat université-industrie pharmaceutique: Vers la création d'un «Hub biotechnologie»    L'ambassadeur de France à la Chambre de Commerce et d'Industrie de l'Oranie: Les intérêts réciproques réaffirmés    El Tarf: L'attribution des aides au logement rural fait des mécontents    Centre anti-cancer Emir Abdelkader: Plus de 5.000 hospitalisations en huit mois    Réalisées sur les abords d'un oued asséché: Démolition de constructions illicites à Aïn El Turck    Bouira: Le ministre met en garde les commerçants spéculateurs    Qui veut juger Aboubakr Benbouzid ?    Le projet révision de la Constitution, le CNDH et les Principes de Paris    Procès de manifestants: Des libérations, des condamnations et des reports    Complaisances    LES CHEMINS EPINEUX    Djerad donne le coup d'envoi à partir de Batna    Le bilan poursuit sa hausse en Algérie    Règlement de comptes au FLN    La CNEP-Banque prête à commercialiser ses produits    Libye: l'ONU relève des signes d'apaisement quant à un règlement définitif de la crise    Une journée d'étude sur le droit à l'expression des peuples en lutte pour l'indépendance à Tindouf    "La langue maternelle est une langue naturelle que rien ne peut effacer"    Professeur décapité en France: La confrérie alawyya condamne    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





La faute de goût de Nasser
Publié dans Le Soir d'Algérie le 21 - 09 - 2020

Que ceux qui n'ont pas écouté La Voix des Arabes, la nuit, et en plein cimetière d'El-Kettar, sur un poste à transistor, et n'ont pas vibré aux harangues d'Aïssa Messaoudi me lapident ! Je vais parler de Djamal Abdenasser, la star arabe des années cinquante et soixante, l'idole du peuple d'Egypte, qui nous a soutenus dans notre guerre de Libération et en a payé le prix fort. Bon, le Nasser que j'ai connu, admiré, aimé et aime encore n'a rien à voir avec les cris des 150 pleureuses qui hurlent au loup, alors que les vrais prédateurs ont déjà décimé la bergerie. Mon idole à moi, comme dirait une éminente consœur excavatrice, n'est pas seule comptable des actes de ces dirigeants algériens qui regardaient Nasser mais ne voyaient que Fethi Dib.(1) J'utilise à dessein le mot idole qui correspond le mieux à l'image que notre patriotisme d'adolescents se faisait du Président de l'Egypte, un pays qui incarnait alors pour nous l'avenir. Bien sûr, depuis l'indépendance et la montée en puissance d'une idéologie racialiste et uniciste, qui n'a enfanté, en réalité, que deux jumeaux Al-Qaïda et Daesh, ce regard a changé. Je dirais même qu'on a pris notre revanche sur Farid Al-Atrache et son tapis volant(2), en survolant désormais l'Egypte, avec juste un regard de mépris vers le bas et en allant plus loin. Destination : Riyad, Ghaza, Téhéran, Lahore.
Nous avons élargi nos horizons pour des idées plus étroites, la légende des cordonniers-instituteurs, le football et d'autres jalousies nous ont fait chasser la proie pour l'ombre. Nous avons oublié Nasser, accueilli triomphalement par le peuple d'Alger, et son Président plébiscité sur une tourelle de char, et qui rêvait déjà d'une union égypto-algérienne. C'est précisément de cette période que date l'un de mes plus sérieux griefs contre Nasser: lors de la réception officielle du Président égyptien, un responsable lui a présenté Elie Kagan. Il a expliqué que M. Kagan était le photographe français qui avait filmé la sauvage répression déclenchée par la police parisienne contre les manifestants algériens, le 17 octobre 1961. Ce sont les photos d'Elie Kagan qui avaient apporté la preuve accablante de l'extrême violence avec laquelle la police de Maurice Papon, alors préfet de Paris, avait traité les Algériens. Au lieu de le remercier et de le féliciter, pour avoir contribué à révéler l'un des nombreux crimes de la colonisation, Gamal Abdenasser a interrogé sèchement Elie Kagan : «Vous êtes juif ?» Quelque peu désarçonné par l'abrupte question, ce dernier répondit qu'il était effectivement juif, et sans lui laisser le loisir de demander pourquoi une question aussi incongrue, Nasser ajouta : «Chez moi, les juifs et les communistes, je les mets en prison !»
C'est ainsi qu'Elie Kagan, qui était venu en Algérie comme invité officiel, et qui sait, comme citoyen éventuel du pays nouvellement indépendant, quitta Alger et n'y revint plus jamais. Cet incident avec Nasser, j'en ai eu connaissance plus tard, en 2011, cela faisait 41 ans que le «Raïs» était mort, précisément le 21 septembre 1970, laissant à Sadate les rênes de l'Egypte.(3) Elie Kagan, lui, était décédé depuis 1999 et je ne pouvais donc plus avoir confirmation de vive voix auprès de lui, j'arrivais trop tard, et pour ce fait précis et pour un autre travail. Mais je n'étais pas au bout de mes surprises : en 2013, je préparais un article sur Elie Kagan, à l'occasion d'un colloque sur les photographes de guerre, organisé à Alger par le Musée d'arts modernes. Quelques semaines auparavant, j'avais replongé dans les mémoires de Didar Fawzi,(4) l'une des six militantes du FLN/ALN, évadées en février 1961 de la prison de la Petite Roquette. Pour rappel, il s'agissait, outre l'auteure, de membres des réseaux Jeanson, Micheline Prouteau, Joséphine Carré, Hélène Cuénat, et de deux Algériennes, Zina Harraigue et Fatima Hamoud. Après son évasion, Didar Fawzi, militante communiste égyptienne, mariée un temps à un officier libre, cousine éloignée et élève en politique d'Henri Curiel, avait rejoint l'Algérie en 1962.
Elle avait notamment travaillé au ministère de la Jeunesse et des Sports où elle s'est occupé notamment de l'organisation des chantiers de volontariat, dans le cadre de l'option socialiste. Et c'est en cherchant à la joindre pour avoir plus d'infos sur la fameuse réception du 5 mai 1963 que j'ai appris que l'alacre et inusable nonagénaire n'était plus de ce monde. Elle avait été heurtée par une voiture alors qu'elle traversait une rue de Genève, sa ville refuge en Suisse, où elle mettait la dernière main à la traduction en arabe de ses mémoires. Comment? Cinquante ans après sa mort, Nasser ne suscite que de tels mauvais souvenirs : le choix d'un vice-président comme Sadate et ses propos injurieux à l'égard d'un confrère français, parce que juif ? Non ! Malgré tout ce qui a été entrepris pour dénaturer l'image de l'idole des masses, comme le chantait Abdelhalim Hafez, il y a toutes ses réalisations, comme vient de le rappeler Azzat Al-Alaïli. L'acteur qui vient de célébrer ses 88 ans, contemporain et ami d'Ahmed Rachedi, a affirmé qu'il restait toujours nassérien, et a rappelé ce que l'Egypte devait à Nasser et à la Révolution de 1952. Pas rancunier du tout, il a raconté dans quelles circonstances il a passé trois semaines dans les geôles égyptiennes, précisément parce qu'il aimait trop Gamal Abdenasser.
Il s'était inscrit auprès d'un avocat sur une liste de volontaires pour combattre les adversaires extérieurs de Nasser, et cette liste avait été saisie chez l'homme de loi, impliqué dans un complot. L'avocat était en réalité un militant des Frères musulmans qui avaient organisé l'attentat manqué d'Al-Menchia contre Nasser, et trouvant le nom d'Azzat Al-Alaïli, la police l'avait arrêté. Finalement, il avait été libéré sur intervention d'un dignitaire du régime, grâce à qui il a pu venir plus tard en Algérie et jouer un rôle clé dans le film Le Moulin de Monsieur Fabre, du susnommé Rachedi. Sans compter les nombreuses séries dont il nous a régalés durant ces dernières décennies. Non, Nasser n'est pas mort pour tout le monde !
A. H.
(1) Chef des services secrets égyptiens qui a publié ses mémoires, dont je n'ai lu, hélas, que quelques extraits assez instructifs.
(2) Bien qu'il ait été cornaqué par une splendide danseuse algérienne, Farid Al-Atrache n'a pas échappé au jet de tomates pourries à Alger, pour avoir ignoré l'Algérie du haut de son tapis volant.
(3) J'ai même applaudi après son assassinat, pensant naïvement que l'Egypte de Nasser allait ressusciter, et je le regrette.
(4) D. Fawzy-Rossano, Mémoires d'une militante communiste (1942-1990) du Caire à Alger, Paris et Genève. Lettres aux miens. L'Harmattan, Paris 1997.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.