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Pourquoi les coachs allemands dominent l'Europe
Klopp, Flick, Tuchel...
Publié dans Le Soir d'Algérie le 21 - 10 - 2020

Klopp et Flick, derniers vainqueurs de la Ligue des champions, Tuchel finaliste et Nagelsmann demi-finaliste : les entraîneurs allemands règnent sur l'Europe, grâce à une culture tactique et une obsession du détail au service d'un football offensif et spectaculaire.
Historiquement pourtant, les techniciens allemands n'ont pas toujours fait rêver. Pendant plus de cinq décennies d'après-guerre, le football germanique a été synonyme de football de combat: gagner les duels était l'alpha et l'omega des consignes des coachs. Le mot «tactique» était quasi-inconnu. La révolution est arrivée par Jürgen Klinsmann, l'ancien attaquant bombardé sélectionneur national pour préparer le Mondial-2006 en Allemagne. Klinsmann et son adjoint Joachim Löw, son futur successeur, incarnent alors une nouvelle génération d'entraîneurs : décontractés, à l'écoute des joueurs, soucieux de pédagogie avec les médias. En quelques années, la Mannschaft va diffuser en Bundesliga sa philosophie : une recherche d'un jeu à forte intensité, mêlant possession, travail défensif des dix joueurs de champ, et «contre-pressing», cette expression typiquement allemande popularisée en France par Tuchel (presser à la seconde même où l'on a perdu le ballon, pour le récupérer et jouer très vite vers le but avant que l'adversaire ne puisse se réorganiser). Les méthodes ? Une exploitation systématique des données, pour analyser les matchs et peaufiner la condition physique des joueurs. Et la création d'une véritable culture tactique, avec l'assimilation par les jeunes joueurs de plusieurs systèmes, parfois utilisés au cours d'un même match, comme le fait Tuchel au Paris SG.
Comparés à Guardiola
Jürgen Klopp (Liverpool), Hansi Flick (Bayern Munich), Thomas Tuchel (Paris SG) et Julian Nagelsmann (Leipzig) sont les héritiers de cette époque. L'aîné du quatuor est Flick, 55 ans, arrivé au sommet sur le tard, après avoir longtemps été l'adjoint de Joachim Löw en équipe nationale. Le cadet est Julian Nagelsmann, 33 ans, qui a au contraire battu des records de précocité: plus jeune entraîneur d'une équipe de première division d'un grand championnat européen à 28 ans, plus jeune entraîneur d'un match de Ligue des champions à 31 ans avec Hoffenheim, plus jeune demi-finaliste de la Ligue des champions à 33 ans, avec Leipzig. Klopp a 53 ans, Tuchel 47. L'entraîneur du PSG, comme Nagelsmann d'ailleurs, a parfois été comparé à Pep Guardiola, pour sa minutie tactique. «Tuchel aime un football organisé par positions, c'est le ballon qui se déplace et le joueur doit être dans ses zones déterminées pour le trouver. Il n'a rien à voir par exemple avec Marcelo Bielsa, un entraîneur qui favorise aussi le jeu offensif, mais qui recherche un football en mouvement continu, où tu dois casser les lignes, aller chercher le ballon toi-même», expliquait récemment Ander Herrera, joueur du PSG.
«18 touches différentes»
Klopp et Flick, eux, laissent plus de liberté à leurs joueurs, tout en créant un cadre rigoureux pour conserver l'équilibre de l'équipe : «Notre jeu n'avait pas été aussi bien organisé depuis Pep Guardiola» (2013-2016), apprécie d'ailleurs Thomas Müller, qui a vu défiler neuf techniciens dans sa longue carrière au Bayern. L'obsession du détail est un autre point commun de ces quatre hommes. Klopp, par exemple, n'hésite pas à spécialiser des coaches pour travailler les coups de pied arrêtés, ou... les touches. «Nous sommes bien plus concentrés sur ces aspects et les résultats sont remarquables», se félicite-t-il, «quand les gens parlent de touche, ils imaginent qu'on envoie un long ballon pour la tête de quelqu'un. Non. On a 18 touches différentes selon les zones...» L'autre point commun entre Klopp, Flick et Tuchel, s'il n'est pas spécifiquement allemand, est cependant un gage de réussite: tous les trois sont très proches de leurs joueurs et s'efforcent de créer un état d'esprit à la fois stimulant et rassurant, sans mettre publiquement leurs joueurs en difficulté. Nagelsmann, plus impétueux, n'a pour l'instant pas toujours été aussi protecteur avec ses hommes.


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