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1er Novembre (suite), Alger-Rabat, la guerre froide
Publié dans Le Soir d'Algérie le 04 - 11 - 2021

Ne travestissons pas l'Histoire. Dans LSA du 27 juin 2019, j'avais écrit ceci : « Aucun des six membres fondateurs du FLN – Boudiaf, Ben M'hidi, Krim Belkacem, Didouche Mourad, Ben Boulaïd, Rabah Bitat – n'a été membre de l'association des Oulémas ou s'en revendiquait. Bien au contraire. Ce qui ne veut pas dire que les Oulémas étaient dénués de tout esprit patriotique. Alors ne travestissons pas l'Histoire. Et n'essayez pas, à travers cette falsification de l'histoire du mouvement national, de nous imposer un renversement radical de perspective historique en faisant de Ben Badis, comme l'a écrit Ahmed Halli, le 23e membre du groupe des 22 à l'origine du 1er Novembre 1954. J'en parle aussi parce que j'en ai beaucoup discuté avec feu Mohamed Mechati (que j'ai interviewé en 2012), ancien du «groupe des 22» et de l'OS (Organisation spéciale) mise en place par le PPA-MTLD alors dirigé par Messali Hadj. »
C'était-là mon point de vue à propos du slogan « novembria-badissia » brandi en plein Hirak par des manifestants près du lycée Arroudj-Kheireddine, rue Abdelkrim-el-Khettabi, à Alger-Centre. Et le président du Sénat Salah Goudjil a eu bien raison de remettre les pendules à l'heure, en qualifiant le slogan « novembria-badissia » de « mensonge » !
Ajoutons pour clore ce chapitre sur la mémoire, que les tenants d'une « république badissia » sont ceux-là mêmes qui s'obstinent à vouloir tirer un trait sur le passé berbère et néo-punique de l'Algérie. Et ce, comme si Massinissa, Jugurtha, Juba, Syphax... venaient d'une autre planète ou avaient été étrangers à leur terre natale qui s'appelait alors la Numidie, puis la Mauritanie césarienne, qui englobait l'actuelle Algérie et une partie du nord-est du Maroc, avec Cherchell pour capitale. Ce que nos enfants ignorent...
Alger-Rabat, la guerre froide. Les faits. Fin octobre, l'Algérie a décidé à de ne plus fournir de gaz à l'Espagne via le gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui passe par le Maroc. L'Espagne sera désormais approvisionnée par le gazoduc Medgaz reliant le port de Béni Saf au port espagnol d'Almería en passant sous la Méditerranée. Reste que Medgaz ne peut transporter que 10 milliards de m3 alors que le GME disposait d'une capacité de 13,5 milliards de m3, soit un manque à gagner de plus de 3 milliards de m3 que l'Algérie s'est engagée à compenser, sans doute, par des livraisons de GNL (gaz liquéfié).
L'arrêt du GME va priver de fait le Maroc de 97% de ses besoins en gaz naturel, soit près d'un milliard de m3 achetés à un prix avantageux et grâce auquel Rabat produisait quelque 17% de son électricité. Et si le Makhzen en minimise l'impact sur son économie, c'est parce qu'en théorie, il semble disposer d'autres atouts dont le Qatar. Ce dernier, premier producteur mondial de gaz, est en train de se positionner sur un marché européen de GNL en forte croissance. Et dans cette perspective, Rabat, avec son projet de terminal pétrolier Nador West Med, veut devenir la plaque tournante du GNL dans les années à venir ! Y parviendra-t-il ? Autre projet sur lequel le Maroc parie à long terme, le projet de gazoduc Nigeria-Maroc dont la réalisation s'étalera sur une vingtaine d'années et dont le coût de réalisation est estimé à 25 milliards de dollars ! Alors qu'à l'origine, il était question d'un gazoduc reliant le Nigeria à l'Algérie via le Niger et dont on ne sait pour quelles raisons, autres que les menaces terroristes, il a été abandonné !
Cela dit, dans ce bras de fer algéro-marocain, la reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental a, qu'on le veuille ou non, rebattu les cartes géopolitiques de la région et mis Alger face à une situation compliquée. En atteste la dernière résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara Occidental adoptée avec l'appui de l'Arabie Saoudite et du Qatar, résolution que l'Algérie a qualifiée à juste titre de « partiale » et qu'elle a rejetée. À quoi s'ajoute le fait que le Maroc bénéficie, malgré ses déboires avec l'Espagne et l'Allemagne, d'un statut avancé auprès de l'Union européenne et d'allié majeur de l'Otan, sans compter Israël.
Comme on peut s'en douter, la partie est loin d'être gagnée. Le plus dur ne fait que débuter pour l'Algérie, qui a pris tardivement, après la chute de A. Bouteflika, la mesure de la percée marocaine en Afrique, y compris au sein des fédérations sportives africaines !
H. Z.


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