L'un s'en est all�, l'autre est revenu. Le d�part de l'un a suivi de pr�s le retour de l'autre. Mohamed Al-Maghout, po�te et dramaturge syrien nous a quitt�s lundi dernier. Il s'est �teint dans sa retraite de Damas o� il vivait en reclus, se d�pla�ant en fauteuil roulant ou � l'aide d'une canne. Sans doute en raison de sa maladie et de son infirmit�, il recevait rarement des journalistes ou encore quelques amis. Dans la Syrie des Assad, on ne garde pas beaucoup d'amis lorsqu'on est Maghout et qu'on a connu l'exil et la prison. Le po�te qui est mort � 72 ans a surtout connu la notori�t� dans le monde arabe gr�ce � ses pi�ces de th��tre et � ses sc�narios relay�s par la t�l�vision. L'acteur et r�alisateur syrien Dore�d Laham a transpos� au cin�ma deux de ses �uvres, Al- Houdoud (Les fronti�res) et Al- Taqrir (Le rapport). Toutefois, c'est incontestablement sa pi�ce Kassek ya watani (A la tienne, ma patrie!) qui est l'�uvre ma�tresse de l'auteur aux yeux du monde arabe (1). Maintes fois jou�e mais jamais �dit�e, la pi�ce �crite apr�s la d�faite (ou le revers) de 1967 �tait un pamphlet virulent contre les r�gimes et les divisions arabes. Lorsqu'elle a �t� pr�sent�e pour la premi�re fois � Damas, dans les ann�es soixante-dix, c'�tait en pr�sence de Hafedh Al-Assad lui-m�me. Le dictateur ne devait pas se sentir trop concern� par les critiques virulentes contre l'inertie du monde arabe. Il estimait sans doute avoir apport� sa contribution � la lib�ration de la Palestine en perdant le Golan et une partie notable de son arm�e. C'est d'ailleurs la lecture que sugg�rait fort habilement Mohamed Al-Maghout et c'est cette lecture qui justifiait, en partie, la pr�sence de Hafedh Al-Assad � l'avant premi�re. Toujours est-il qu'� la fin de la pi�ce, Assad est mont� sur les planches pour f�liciter Dore�d Laham et les autres interpr�tes. Le voyant venir vers lui pour le f�liciter, Dore�d a tendu vers Assad ses deux bras, poignets en avant comme pour les offrir aux menottes. A ce moment-l�, Al-Maghout �tait rentr� en gr�ce et le pr�sident Assad lui avait promis de le laisser �crire tout ce qu'il voulait. "Mohamed Al-Maghout avait fraternis� avec la pauvret� et le d�nuement. Il s'�tait r�sign� � l'errance et avait transform� son exil de Beyrouth en patrie aim�e et itin�rante(�). Il a pardonn� � ses amis et � la faiblesse humaine partout dans le monde. Mais il n'a pas pardonn� au destructeur qui a bafou� sa dignit�, il n'a pas pardonn� au ge�lier. Il n'a pas pardonn� � l'homme qui jette les po�tes en prison comme on jette les chats affam�s par la fen�tre (�). Il a transform� son emprisonnement en po�mes mais il n'a pas oubli� l'humiliation. Il a toujours poursuivi son ge�lier jusqu'� la mort. C'est ce policier qui l'a pouss� � dire: "Un jour, je trahirai ma patrie." C'est l'�crivain et journaliste Samir Attalah qui rend cet hommage � Mohamed Al-Maghout dans le quotidien Al-Charq-Al- Awsat. Samir Attalah avait c�toy� le po�te dans les colonnes du prestigieux et d�funt hebdomadaire Al- Moustaqbal. Al-Maghout y �crivait une chronique sous l'intitul� Alice au pays des merveilles, satire sociale et politique savoureuse que seul Al-Moustaqbal (2) pouvait publier. Pour ne pas �tre en reste, l'autre quotidien saoudien de Londres Al-Hayat a publi� une interview du po�te, recueillie quelques jours avant sa mort. Il y parle de sa po�sie qualifi�e commun�ment de "po�sie de la tristesse" et qu'il r�sumait par ce credo: "Je suis un rideau sur le portail du chagrin." C'est sans doute l'influence de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud qu'il dit avoir lus dans des traductions arabes. Al-Maghout confirme dans cette interview post mortem qu'il ne conna�t pas une seule langue �trang�re. "D'ailleurs, je suis plut�t flemmard, je ne lis pas beaucoup". A propos de son impotence, il dit qu'il a "toujours maltrait� son corps et que celui-ci se venge bien aujourd'hui". Lucide, il s'adapte � son fauteuil roulant et va m�me jusqu'� lui trouver des avantages. Ainsi, lorsqu'on l'interroge sur l'hymne national, il souligne qu'il ne l'a jamais �cout� jusqu'au bout. "Ce qu'il y a de bien avec un fauteuil roulant, c'est qu'au moment de l'ex�cution de l'hymne national, les autres se mettent debout alors que moi je reste assis". Patriote sans l'�tre mortellement, Mohamed Al-Maghout avoue avoir �t� choqu� par la d�faite de 1967. "Je n'ai pas vers� une seule larme apr�s la d�faite mais je pleure en �coutant une chanson de Abdelhalim Hafez ou Nadjat Essaghira". Chez Nizar Qabani, il aime le po�te des �l�gies amoureuses, mais il n'appr�cie pas les vers politiques. "Je suis un po�te de r�sistance, mais je ne suis pas un po�te des tribunes qui crie et vocif�re. La po�sie, c'est la r�sistance". Parlant de Gamal Abdenasser, il raconte qu'un jour une revue litt�raire lui avait demand� d'�crire un article �logieux sur le pr�sident �gyptien." J'ai refus� parce que je n'aimais pas Gamal Abdenasser. J'�tais contre l'union �gypto-syrienne qui a �t� une catastrophe pour nous. Je n'ai aim� Nasser qu'apr�s sa mort. Lorsqu'il �tait vivant, j'ai �crit des articles contre lui dans Essada al-arabi (Liban)". Sur la censure, il affirme qu'il l'a toujours affront�e. "Aujourd'hui, le censeur est en moi", avoue-t-il. Vient alors la question que tout le monde pose aujourd'hui : "Etes-vous croyant ?". Al- Maghout r�pond (3) : "Bien s�r, je suis tr�s croyant, mais je ne fais pas la pri�re. Je n'aime pas les rituels. Il me suffit d'�crire." Et il ajoute:" J'ai trois constantes: la libert�, le pain, l'amour." Interrog� enfin sur le temps qui passe, le po�te l�che, d�sabus�: "Laissez-le passer et s'en aller tout seul." Le revenant de la semaine derni�re, c'est l'historien �gyptien Sayed Qimni. Apr�s plus de neuf mois d'une gestation silencieuse, il s'est remis � l'�criture avec un texte critique � l'�gard des "Fr�res musulmans". On se souvient que Sayed Qimni avait d�cid� de renoncer � �crire, que ce soit en Histoire ou en politique. Il avait re�u des menaces d'un groupe islamiste qui le sommait, sous peine de mort, de se repentir et de cesser d'�crire. La d�cision de Qimni d'obtemp�rer aux injonctions int�gristes avait divis� les intellectuels arabes. Le voil� revenu avec la volont� d�clar�e d'apporter la contradiction aux tenants de l'Islam politique. Sayed Qimni, pour rappel, a publi� de nombreux ouvrages sur l'histoire de l'Islam et des conqu�tes musulmanes. Dans cette contribution publi�e par Middle East Transparency, Sayed Qimni �voque le nouveau langage des "Fr�res musulmans". Il leur d�nie, en particulier, le droit de s'exprimer au nom de la soci�t� civile qu'ils ont toujours combattue et accus� d'apostasie. A moins, note-t-il, que les "Fr�res musulmans" aient d�cid� de donner � la soci�t� civile une d�finition autre que sa d�finition universelle. Rappelant les multiples trahisons et volte-face du mouvement int�griste, l'historien promet de r�pliquer du tac au tac � leurs mensonges et � leurs arguments de propagande. Ce qui nous promet de chaudes empoignades en perspective. A. H. (1) L�g�rement r�actualis�e, cette pi�ce pourrait servir aujourd'hui d'�pitaphe au sommet de Khartoum. Si un lecteur poss�de un enregistrement de cette pi�ce, je serais heureux de la revoir. (2) Dans les ann�es soixantedix, Al-Moustaqbal�tait la revue phare du monde arabe. Son directeur Nabil Khoury n'h�sitait pas � monter au cr�neau, notamment contre Khaddafi. Ce dernier affirmait qu'un bon Arabe ne pouvait �tre que Musulman. (3) Dans un tout autre contexte, l'universitaire Ali Bencheneb, recteur de l'acad�mie de Reims, avait r�pondu � la m�me question : "�a ne vous regarde pas." Il est vrai que cela se passait en France. (4) http://www.metransparent. com/texts/sayyed_qimni_ brotherhood_in_democracy.h tm