Soigné à Alger, à l'hôpital militaire Mohamed Seghir-Nekkache, où il est décédé samedi soir des suites d'une longue maladie, il sera enterré aujourd'hui à Batna, sa ville natale, sans doute parce qu'il a insisté qu'il en fut ainsi : la vie de Liamine Zeroual s'est terminée à l'identique de ce qu'elle fut, exemplaire, sans tache.Moudjahid à 16 ans, en 1957, au sein de l'Armée de libération nationale (ALN) puis officier de l'Armée nationale populaire (ANP, digne héritière de l'ALN), à des postes les plus sensibles et aux plus hauts niveaux, puis ministre de la Défense nationale ; il est Président de l'Etat en janvier 1994 et élu président de la République en 1995, à l'issue du scrutin historique du 17 novembre, une victoire électorale éclatante saluée par des manifestations populaires. En effet, la première élection présidentielle pluraliste a porté Liamine Zeroual, alors Président de l'Etat, à la Présidence de la République avec une forte majorité (60 %), et un taux de participation élevé (75 %). Avant son élection, Liamine Zeroual annonçait ce qu'il allait être comme Président algérien, en refusant de rencontrer le président français, Jacques Chirac, à cause de déclarations d'officiels français irrecevables par le peuple algérien. Liamine Zeroual est décrit comme un homme consensuel, aux qualités humaines et politiques indiscutables : intègre, patriote, un sens élevé de l'Etat. Seul compte pour lui, l'intérêt national. Il a eu la confiance de larges secteurs de la société civile et de la classe politique. Le défunt était connu pour sa personnalité alliant fermeté dans la prise de décision et rigueur dans la gestion des crises. Ces qualités se sont particulièrement illustrées lors de la conduite de l'une des périodes les plus difficiles qu'a traversées l'Algérie durant les années 1990, marquées par le terrorisme qui a endeuillé le pays. Il s'est, en outre, distingué par ses positions souveraines, tant sur le plan international que dans la gestion des dossiers économiques, veillant à préserver l'autonomie de la décision nationale. La Constitution de 1996 limitant à deux mandats l'exercice de la Présidence de la République et créant le Conseil de la nation, est à son actif. Le 11 septembre 1998, il a décidé d'écourter son mandat prévu jusqu'à 2000 et annonce son départ et l'élection présidentielle anticipée avant la fin de l'année 1998. A la demande de partis politiques, il a ensuite reporté l'élection présidentielle anticipée de quelques mois, à avril 1999. Pour Liamine Zeroual, il s'agissait de la consolidation de la démocratie pluraliste et de donner à l'alternance au pouvoir une concrétisation réelle. C'est- à-dire ancrer le processus électoral pluraliste et l'alternance au pouvoir. Après avoir quitté son poste de président de la République, le défunt a choisi de mener une vie simple dans sa ville natale à Batna, une attitude qui reflète son humilité et sa vision personnelle de la responsabilité. En 2019, au début du hirak, il a annoncé avoir rejeté la proposition de présider une instance de transition. Position très juste quand on sait que la «période de transition» était une revendication portant le risque, recherché ou involontaire, de pousser le pays vers l'instabilité, voire le chaos. Il avait déclaré faire confiance au peuple. Et il a eu raison. Au cours de son entrevue accordée, en janvier 2020, à des responsables de médias nationaux publics et privés, au cours de laquelle il a évoqué plusieurs questions nationales et internationales, et à propos de la série de rencontres avec des personnalités nationales et des dirigeants de partis qu'il venait de mener, le Président Abdelmadjid Tebboune avait eu à répondre à une question concernant l'ancien Président Liamine Zeroual : «Liamine Zéroual, c'est un homme pour qui j'ai beaucoup d'estime, je l'ai connu lorsqu'il était directeur de l'Ecole militaire de Batna, c'est un pur nationaliste et d'une droiture exemplaire. Il a des circonstances particulières pour lesquels il n'a pu faire le déplacement à Alger mais nous avons eu des échanges téléphoniques et il m'encourageait. J'étais prêt à le rencontrer au siège de la Présidence ou en son lieu de résidence, et toute discussion avec lui ne sera que bénéfique».