A la surprise g�n�rale, et malgr� les d�clarations des officiels, la premi�re demande d�extradition alg�rienne de Abdelmoumen Khalifa aupr�s de la justice anglaise vient tout juste d��tre introduite. En plus d��tre tardive, cette demande alg�rienne d�extradition entra�ne un imbroglio judiciaire qui laisse pantois sur le niveau d�amateurisme de ses initiateurs. Petit retour en arri�re. Abdelmoumen Khalifa �tait, jusqu�au 26 octobre dernier, date de l�introduction de la demande alg�rienne d�extradition, sous le coup d�une demande europ�enne d�extradition vers la France. Le tribunal de grande instance de Nanterre, � l�origine de cette proc�dure, s��tait vu confort� par le tribunal anglais de Westminster qui avait estim� la demande fond�e et avait ainsi produit un jugement en faveur de l�extradition de Abdelmoumen Khalifa. Ce dernier s��tait alors pourvu en cassation aupr�s de la High Court ce qui a eu pour effet, au regard de la loi britannique, de suspendre l�ex�cution du jugement du tribunal de Westminster. La High Court fixe alors la premi�re audience qui devait regrouper les avocats de Abdelmoumen Khalifa et les avocats de la partie fran�aise au 16 novembre prochain avant de reporter celle-ci � une date non fix�e. Et c�est sur ces entrefaits qu�atterrit la demande d�extradition alg�rienne. Le cafouillage Le 26 octobre dernier, les avocats anglais de A. Khalifa sont inform�s par les autorit�s judiciaires britanniques que les autorit�s alg�riennes viennent de d�poser leur premi�re demande d�extradition. Qu�est-ce qui a bien pu pousser les services de M. Bela�z, d�abord, � mettre autant de temps pour cela, ensuite, � s�engager dans une proc�dure dont le moins que l�on puisse dire est qu�elle complique encore plus la gestion de ce dossier ? En effet, selon les connaisseurs de la l�gislation britannique, l�introduction de la demande alg�rienne fait tomber l�affaire dans le �completing claim�, ce qui signifie qu�au regard de la l�gislation anglaise, les demandes d�extradition de deux Etats diff�rents, donc vers deux destinations diff�rentes pour une m�me personne et une m�me affaire entra�nent des dispositions exceptionnelles. Le dossier ne rel�ve plus alors de l�appareil judiciaire classique. Cette situation induite par la partie alg�rienne a automatiquement entra�n� le dessaisissement de la High Court. Le dossier Khalifa est ainsi depuis quelques jours entre les mains des services du Premier minist�re britannique qui devra saisir aussi bien les Alg�riens que les Fran�ais en vue d�un compl�ment d�information. Parall�lement, un cabinet d�avocats britannique neutre a �t� charg� par le gouvernement britannique de l��clairer sur les tenants et les aboutissants de l�affaire et lui permettre de se prononcer sur la validit� de chacune des demandes d�extradition. Il semble que les Anglais soient particuli�rement �tonn�s de l�implication lourde de deux Etats face � une affaire de droit commun. Mais plus grave que cela, la demande alg�rienne, malgr� le tapage officiel qui l�entoure, est celle qui, au d�part, et actuellement, a le moins de chance d�aboutir. En effet, les usages en mati�re d�extradition ob�issent en Angleterre � des r�gles extr�mement strictes. Le dossier du pr�venu est �tudi� en fonction du pays d�origine de celui-ci. Dans le cas d�un pr�venu originaire de pays occidentaux, la demande est examin�e avec une relative bienveillance du fait du respect par ces pays des r�gles relatives aux droits de l�homme. Quant aux pr�venus, et c�est le cas de Abdelmoumen Khalifa, originaires de pays moins soucieux du respect des droits humains, les r�gles d�extradition deviennent drastiques. Les Britanniques craignent, en effet, que A. Khalifa (s�il venait � �tre livr� aux Alg�riens) puisse �tre menac� dans sa vie du fait que la l�gislation alg�rienne n�ait pas aboli la peine de mort. La condamnation de Khalifa � la prison � vie par la cour de Blida ne le pr�munit pas d�autres proc�s en Alg�rie o� il pourrait �tre condamn� � mort. Les Fran�ais sur le gril Maladresse ? Irritation des autorit�s alg�riennes ? Pr�cipitation ? Les observateurs se perdent en conjectures sur l�attitude r�cente de la justice alg�rienne qui semble avoir totalement chang� de strat�gie ces derni�res semaines. Jusque-l�, les autorit�s nationales semblaient observer d�un regard bienveillant la demande europ�enne d�extradition introduite par le tribunal de grande instance de Nanterre en misant tout d�abord sur ses chances �lev�es d�aboutir, puis sur la qualit� des rapports alg�ro-fran�ais qui auraient permis en retour d�envisager une extradition de Abdelmoumen Khalifa de Paris vers Alger. Cependant, les Fran�ais eux aussi semblent avoir chang� de strat�gie. L�arriv�e de Sarkozy et d�une nouvelle �quipe � la pr�sidence fran�aise est-elle totalement �trang�re � la r�vision du regard de Paris sur cette affaire ? On serait tent� de penser le contraire apr�s la mise en libert� de Mohamed Nanouche et Kebbache Ghazi, deux des plus proches collaborateurs de Abdelmoumen Khalifa. Par ailleurs, le changement intervenu au tribunal de grande instance de Nanterre, qui a vu la juge en charge du dossier Khalifa remplac�e, laisse croire �galement que les Fran�ais souhaitent se d�sengager d�un dossier aux facettes encore myst�rieuses. Alors, la justice alg�rienne a-t-elle anticip� sur un �ventuel �coup de Jarnac� des Fran�ais dont le recul sur ce dossier de Paris ne peut qu�avoir des implications sur leur propre demande d�extradition aupr�s des Britanniques ? L�hypoth�se pourrait se tenir m�me si le gouvernement fran�ais risque gros s�il �tait d�bout� par Londres. En effet, les dommages et int�r�ts qu�il aurait � r�gler � Khalifa, dans ce cas-l�, �quivaudraient au moins au montant du pr�judice qu�ils ont affirm� avoir subi du fait des �pratiques d�lictueuses� de A. Khalifa sur le sol fran�ais. Face � trois Etats en m�me temps, Khalifa appara�t aussi bien comme un homme pris en tenailles que comme un pr�venu plac� au milieu d�un immense imbroglio politique, financier et surtout judiciaire.