Avec une profondeur d'analyse et une hauteur de vue, l'écrivaine camerounaise Marie Julie Nguetse dissèque sans complaisance la société africaine avec ses préoccupations, ses problèmes et ses tares. D'une grande conscience politique, elle dénonce le regard européocentriste de la France sur le Maghreb. Dans ses écrits truculents, l'écrivaine chevronnée au regard de son dixième roman «Pour toi, je porterai le voile» met en garde contre le diviser pour régner si cher à tout colonisateur. Pour cette auteure, l'écriture interpelle tout un chacun. Enseignante, écrivaine et réalisatrice, cette dame à l'allure volontaire et déterminée bouscule les tabous et espère une grande mutation sociale de cette Afrique exubérante, chaude et riche. Dans cet entretien, Marie Julie évoque avec beaucoup de passion l'écriture au service des autres qui permet à tout écrivain de pointer du doigt ce qui dérange. Le Temps d'Algérie : Peut-on connaître votre aventure littéraire ? Marie Julie Nguetse : C'est une longue histoire qui immortalise l'écrivain en même temps qu'elle lui permet de dénoncer les maux sociaux. J'ai écrit à 17 ans mon premier poème récompensé par un prix national. Par la suite, mon premier roman a vu le jour en 1998. Il est intitulé D'amour et de flèches, et en l'an 2000, il est inclus au programme scolaire camerounais en classe de 4e des lycées. Cela a été un coup d'envol qui marqua la génération qui m'a propulsée dans la sphère littéraire. Actuellement, je suis au dixième roman dont tous les titres sont porteurs. Votre avis sur la littératureafricaine ? Actuellement, elle est beaucoup variée et on a une pléiade d'écrivains, mais je vais être dure. Il y a beaucoup d'écrivains mais peu de vrais auteurs. On rencontre de nombreux commerçants, vendeurs de papier, parce que le vrai auteur est un être d'une autre dimension. Pour aller au fond des problèmes sociaux et porter la charge du monde, on doit être un peu voyant et prophète et être doté d'un esprit de sacrifice. Or, peu d'écrivains ont ces vertus. C'est pour cela que beaucoup passent inaperçus. Nous devons repenser notre littérature et essayer d'aller dans la profondeur des problèmes qui minent l'Afrique. Que représente pour vous la littérature maghrébine ? La littérature maghrébine est un peu en avance, car il y a une facilité d'édition que l'on ne retrouve pas dans le reste du continent. Sur le plan mondial, la littérature maghrébine est représentative. Elle a un défi à relever qui est de faire ce que le reste de l'Afrique ne veut plus et le Maghreb par le biais des médias français puisque l'Europe nous a présenté à nous, l'Afrique subsaharienne, une autre image du Maghreb pas toujours positive. Et c'est la politique du mieux diviser l'Afrique pour mieux régner. Peut-on connaître vos travaux de réalisatrice ? J'ai un projet qui dure depuis cinq années ; mais je peux être fière car je viens de le finaliser avec l'adaptation de mon roman D'amour et de flèches.