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Des régimes en sursis
Publié dans L'Expression le 20 - 03 - 2003

Depuis des semaines, des dirigeants du monde entier, y compris le pape Jean Paul II, s'élèvent contre l'aventure meurtrière que l'administration américaine compte lancer contre l'Irak. Tous les dirigeants? Non, les Arabes manquent à l'appel. Ou plutôt les dirigeants arabes ne disent mot préférant observer un profil bas dans une affaire qui, pourtant, les concerne non seulement de très près, mais pouvant, très probablement, influer négativement sur la carrière de nombre d'entre eux. Faisant le dos rond, les dirigeants arabes ont choisi de se faire oublier, laissant à la communauté internationale le soin de batailler pour éviter le désastre annoncé. Pour faire bonne mesure, les citoyens de la communauté internationale ont marché partout dans le monde contre la menace américaine, sauf dans les pays arabes où de telles marches, -fussent de solidarité avec l'Irak-, sont interdites. Faut-il relever que le dénominateur commun entre ces pays est qu'ils vivent tous, peu ou prou, sous l'état d'urgence? Ceci, sans doute, explique cela. Mais encore? En vérité, l'administration américaine, forte d'une puissance qui n'a pas eu de précédent dans le monde, veut faire le ménage, singulièrement en «nettoyant» les régimes pouvant devenir demain un obstacle à ses desseins, et à la normalisation qu'elle envisage, notamment dans le Moyen-Orient où sont concentrées les richesses énergétiques de la planète. Dès lors que Washington n'a jamais caché que son objectif primordial demeurait le changement du régime irakien, changement qui sera accompagné, ultérieurement, par le «remodelage», -dixit le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell-, de la carte géopolitique du Moyen-Orient, il ne fait pas de doute que les jours des régimes autoritaires et des monarchies absolues arabes sont comptés. L'après-Saddam Hussein, -Washington compte installer dans un premier temps un commandement militaire américain, ensuite un gouvernement «civil» irakien totalement à sa botte- sera indicatif du genre de normalisation réservée à une région véritable éponge à pétrole. Cette manne, Washington veut en avoir le contrôle absolu. Que pèsent, dès lors, les régimes arabes si l'on considère la manière avec laquelle les Etats-Unis ont réduit l'ONU au silence? Les dirigeants arabes n'ont pas compris que dans la nouvelle stratégie américaine de «sécurité nationale» et ce champ de sécurité embrasse quasiment l'ensemble de la planète, il n'y avait plus place pour les souverainetés nationales, notamment lorsque celles-ci pouvaient mettre en danger la sécurité énergétique des Etats-Unis. La souveraineté «limitée» est une doctrine déjà mise en pratique, pour l'Europe de l'Est, par Léonid Brejnev, secrétaire général du PCUS, dans les année 60 et 70. Les Américains n'innovent guère mettant seulement cette théorie, revue et corrigée par George W.Bush, au goût du jour. En effet, dans leur nouveau rôle impérial, les Etats-Unis n'auront besoin que de gouverneur pour gérer, en leur nom, des pays arabes indociles. Car, il y aura un après-Irak qui pourrait bien être l'Arabie saoudite, Washington ne se satisfaisant pas du fait que Riyad contrôle de fait la manne pétrolière mondiale, contrôle pouvant, à brève échéance, tomber aux mains d'un futur roi réputé hostile, le prince héritier Abdallah Ben Abdelaziz qui, contrairement au roi Fahd, ne passe pas pour être un pro-américain. Les dirigeants arabes, -plus ou moins dictatoriaux n'enviant rien à Saddam Hussein sur le plan de la répression de leurs peuples-, n'ont pas saisi qu'ils vivaient un tournant historique, et qu'il fallait, en ces moments charnières, -qui vont sans doute changer l'image du monde-, qu'ils disent à tout le moins qu'ils existent, à défaut d'avoir le poids ou les moyens nécessaires pour influer sur la situation. En ouvrant, de gré ou sous la contrainte, leurs territoires aux troupes américaines qui vont porter la guerre en Irak, les monarques du Golfe savaient, outre qu'ils n'ont pas su dire non quand il le fallait, qu'ils n'avaient pas droit de parole du fait que leur trône ne tenait que grâce à la protection que leurs octroyaient les Etats-Unis.
Le honteux mutisme arabe, à quelques heures du début de la guerre, est révélateur du fait que ces régimes arabes que ce soit du fait, probable, des Américains, ou plausible, de leur population, sont aujourd'hui tous en sursis.

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