Jamais élection régionale - prévue le 27 septembre dans la région autonome de la Catalogne (Espagne) - n'aura suscité autant d'appréhensions de la part des puissants de ce monde. D'Obama à Cameron en passant par Mme Merkel, ces hommes et femme puissants ont eu des mots pour l'Espagne et son «unité». Ah, bah! L'unité de l'Espagne? Il appartenait au pouvoir central espagnol de travailler à la préserver par une gouvernance équitable envers les régions. En fait, une majorité de Catalans s'estime désormais prête à la scission. Cependant, la Catalogne constitue la colonne vertébrale de l'économie espagnole. Or, Madrid - qui a longtemps ignoré et minimisé le mouvement - s'alarme désormais que les Catalans aillent au bout de leur volonté d'émancipation. Sans doute que là n'est pas le problème [qui reste une question espano-espagnole] mais bien la manière avec laquelle les Occidentaux interprètent les événements qui se déroulent ici ou là. Quand c'est là-bas, chez les autres, on vous oppose les droits des minorités, quand cela se passe, ici, chez eux, cela devient contestable et irrecevable. Que l'on charcute le Monde arabe en Etats confessionnels, ethniques, tribaux, relèverait du normal: c'est pour le bien des minorités et la stabilité de la région. De fait, beaucoup de pays européens - et évidemment les Etats-Unis et Israël maîtres d'oeuvre de l'actuelle désintégration du Moyen-Orient - appuient (et appellent de leurs voeux) l'accomplissement de ce démembrement des régions arabes. Or, l'Europe des minorités - qui résiste à l'homogénéisation - est une véritable bombe à retardement. L'Espagne et ses 27 régions autonomes, l'Allemagne et ses lands, la France et ses régions, la Belgique, l'Italie, la Grande-Bretagne... vivent de fait sur un volcan qui peut exploser à tout moment. Aussi, les minorités, notamment européennes, qui ont été déçues l'année dernière par l'échec du oui au référendum sur l'indépendance de l'Ecosse attendent avec beaucoup d'intérêt le résultat de la consultation électorale catalane, qui pourrait avoir l'effet d'un séisme, bouleverser la carte géopolitique européenne et reconfigurer les relations entre les Etats. Le scrutin catalan, au même titre que celui écossais l'an dernier, constitue d'ores et déjà un «casse-tête institutionnel» pour l'Union européenne qui menace d'exclure immédiatement la Catalogne de l'UE si elle venait à faire scission de l'Espagne. Sans doute que l'on n'en est pas encore là. Mais les institutions européennes (UE et Etats) qui ont recours à l'intimidation ont très peur de ce qui pourrait être un fâcheux précédent et le font savoir. De fait, l'UE et les pays européens confrontés aux pétitions indépendantistes et/ou autonomistes de leurs minorités [Espagne, Grande-Bretagne, Belgique en particulier] redoutent la contagion. Or, c'est là, à juste titre, que les Athéniens s'atteignirent (cela n'a absolument rien à voir avec les Grecs encore récemment persécutés par de riches et puissants membres de l'UE), si l'on peut oser cette métaphore traduisant la vision étriquée et dominatrice de la manière avec laquelle les puissants conçoivent le «politiquement correct» pour les uns [qui auraient tous les droits] et pour les autres [qui doivent savoir se tenir à la place qui leur est prescrite]. Sans revenir sur les guerres que des pays de l'UE (France, Grande-Bretagne notamment) et les Etats-Unis, incitent et/ou imposent depuis quatre ans et demi aux peuples de Syrie, de Libye et du Yémen, on ne peut ne pas relever la participation des certains pays européens à la détérioration de la situation en Europe même. Ainsi, les forts en thème européens n'avaient certainement pas conjecturé - quand ils ont mis les pieds dans l'engrenage par la reconnaissance empressée de la province serbe du Kosovo qui s'est autoproclamée «Etat indépendant» - qu'ils créaient de la sorte un précédent risqué. Seuls ceux qui ont piétiné le droit international et la Charte de l'ONU refusent de l'admettre. Ils ont aussi dénié à la Crimée ce qu'ils ont reconnu pour le Kosovo. Ainsi, les Européens décident de ce qui est légal (Kosovo) et illégal selon eux (Crimée). Les velléités indépendantistes de l'Ecosse, de la Catalogne, des Flandres, du Tyrol sont induites par le laxisme dont l'Europe de l'Ouest a fait montre ces dernières années dans la prise en charge des questions des minorités (ethniques, religieuses et/ou linguistiques). Qu'a fait l'Europe de ses minorités que sont les Roms [expulsés par charters, comme le fait la France], les Vlachs, les Ruthènes et les Gorani persécutés, opprimés, considérés comme une sous-race par une Europe donneuse de leçons, se réjouissant de sa «supériorité»? En fait, des pays de l'UE ont joué avec le feu, qui n'ont pas su, surtout voulu, écouter les revendications, légitimes, des grandes régions et méprisé leurs minorités. Il y a comme ça des retours de bâton qui font mal.