Déjà bien en hausse avant le Ramadan, les prix des produits de première nécessité ont tout bonnement triplé durant ces premiers jours du mois de jeûne. A Béjaïa, comme ailleurs à travers le pays, les commerçants n'ont pas hésité à prendre les devants du gain facile et à étrangler les petits boursiers. Que ce soit au niveau du vieux Bougie ou ailleurs, les fruits et légumes deviennent carrément intouchables pour plus d'un. L'abondance de certaines victuailles auraient pu pourtant dissuader les commerçants à mettre les bouchées doubles ; hélas, les raisons des uns alliées au manque de scrupules des autres n'ont fait qu'aggraver les choses, au point que certains pères de famille ont préféré rentrer chez eux sans avoir au préalable terminé leurs achats. L'ambiance des marchés de Béjaïa pour ce Ramadan, est bien différente de celle des années précédentes. Entre le couffin et la bourse une course semble s'installer tous les jours chez les consommateurs qui se surprennent souvent à compter leurs dernières pièces avant de se hasarder à demander le prix d'achat d'un aliment. Ceci dit, il faut préciser aussi, que le plus vieux marché de la ville - le marché Philippe-demeure l'endroit préféré de plus d'un citoyen du vieux Bougie. En fin de journée on se sent attiré par l'ambiance toute particulière de cet endroit en plein mois de Ramadan. Il faut dire que quelques vendeurs de poissons, et quelques commerçants qui disposent leur marchandises tout autour de la placette, les café limitrophes forment toujours ce cercle d'amis, où les «ouled l'bled» continuent à affluer en attendant l'adhan. Une façon comme une autre de passer le temps, tout en s'informant sur les derniers événements qu'a connus la ville. Depuis que ce marché n'existe plus, la place Sidi Soufi, semble avoir perdu son charme. Autour de cette mosquée pourtant, quelques fidèles s'agglutinent quotidiennement pour entamer maintes discussions, entre les relents de café (torréfié) et l'odeurs de la zalabia, dégagée des confiseries alentour. «La zalabia aussi a pris les devants... dira l'un d'eux...» et à l'autre de renchérir: «Et comment... du moment que même le navet arrive à atteindre la barre des 45 DA...» Plus bas des ménagères rôdent autour de quelques étalages à même le sol. Des herbes, des oeufs, et quelques douzaines de «diouls» vous sont proposés à des prix plus ou moins abordables par des gamins pas plus hauts que trois pommes. Lassées de tourner en rond, quelques femmes, finissent par se rabattre sur les «diouls». «Je vais les farcir à la pomme de terre...», dira l'une d'elle. «Au prix où elle est, autant acheter de la viande...», répond sa compagne. Une bonne odeur de pain frais, attire irrésistiblement plus d'un à l'intérieur d'une des plus vieilles boulangeries de l'endroit. Pain de seigle, pain d'orge, pain normal, pain gâteau... La variété du choix, et les prix pratiqués poussent les consommateurs à s'approvisionner sans hésitation aucune. Une chaîne se forme aussitôt, et la boulangerie s'avérera bientôt trop exiguë pour contenir foule qui grossit sans cesse. Le soleil commence à décliner... la journée a été bien chargée... et c'est les bras chargés, que d'aucuns se décident à rentrer enfin chez eux... car c'est bientôt de la rupture du jeûne.