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Méditer les apports d'Ibn Khaldoun et d'Adam Smith
Sans une bonne gouvernance reposant sur la morale, point de développement
Publié dans La Nouvelle République le 02 - 02 - 2026

L'économie mondiale en ce XXIème siècle est caractérisée par l'interdépendance des économies et des sociétés, vivant dans une maison de verre,
du fait de la révolution dans le domaine des télécommunications. Aujourd'hui, nous sommes à l'aube d'une nouvelle transition de la société mondiale, avec de profonds bouleversements géostratégiques, ce qui supposera des ajustements sociaux douloureux et donc une nouvelle régulation sociale afin d'éviter les exclusions. Pour cela, il s'agira de réhabiliter un facteur stratégique du développement, la morale. Car existe des liens inextricables entre un développement durable et la morale – en fait la récompense
de l'effort par une lutte contre la corruption sous ses différentes formes.
Dans la lignée des enseignements de Platon et d'Aristote sur la morale des dirigeants, l'apport d'Ibn Khaldoun,(1332/ 1406), pionnier des sciences sociales modernes est d'une grande portée à la fois scientifique et opératoire. Pour Ibn Khaldoun, l'étude d'une société implique que trois dimensions soient analysées conjointement : la dimension économique, les besoins des groupes humains et la manière de les satisfaire ; la dimension culturelle qui comprend la régulation des rapports sociaux, mais aussi l'usage des techniques, les arts et la science ; enfin, la dimension politique, le pouvoir au sein des groupes et le pouvoir central au niveau de la société globale.
L'auteur montre clairement que la plupart des dynasties ont connu le même devenir : fondées par un groupe tribal qui a pu s'emparer du pouvoir central, ayant connu une période de prospérité puis une période de décadence jusqu'à ce qu'un autre groupe tribal ait acquis suffisamment de force et de maturité reposant sur la morale pour s'emparer à son tour du pouvoir central. Ibn Khaldoun distingue plusieurs phases. Dans une première phase, le chef du groupe tribal, fondateur de la dynastie consolide son pouvoir, soutenu par une forte 'açabiyya et obtient l'allégeance de groupes tribaux.
La deuxième phase le pouvoir est fort, la perception des impôts favorise une certaine prospérité ; l'architecture, les techniques, les arts et les lettres connaissent un certain essor et le peuple vit dans une certaine aisance . Au cours de la troisième phase, l'autosatisfaction s'installe ainsi que la dépendance à l'égard des biens matériels. Au cours de la quatrième phase les dépenses vont miner le trésor public d'autant plus que les hommes au pouvoir sont entourés de personnages qui recherchent des profits matériels. Les impôts augmentent et la population s'appauvrit.
Cinquième phase, le mécontentement s'installe et la dynastie perd le soutien du peuple. Ce qui va permettre à un autre groupe tribal doué d'une forte «açabiyya» et nourrissant un projet politique de s'emparer à son tour du pouvoir central et de fonder une nouvelle dynastie. Ces différents cycles de décadence sont dus essentiellement à l'absence de morale.
C'est dans la même pensée philosophique qu' Adam Smith(1723/1790) le fondateur de l'économie moderne a mis en relief les liens dialectiques entre morale et richesse des nations où il enseignait la morale à l'université de Glasgow, publiant en 1759 la Théorie des sentiments moraux, son premier ouvrage, l'objet étant de définir les principes de la morale, saisir les vertus nécessaires au bon fonctionnement de la société et comprendre d'où vient le sens moral, son œuvre mettant en relief la croisée de l'économie et de la philosophie morale. Ces apports fondamentaux seront approfondis par Karl Marx dans le Capital, Joseph Schumpeter dans «Réformes et Démocraties» et entre 1990/2018 la majorité des prix Nobel de sciences économiques ont été décernés aux économistes qui ont fait progresser la recherche en mettant en relief les liens dialectiques entre l'environnement, le social, le culturel le politique et l'économique.
En conclusion, le compromis des années 2026/2030 devra concilier l'impératif de productivité et la cohérence sociale, les principes d'une société ouverte et le devoir de solidarité, en un mot l'efficacité et l'équité. Car, il faut éviter toute ambiguïté, l'égalité n'est pas celle du modèle des années passées mais recouvre la nécessité d'une transformation de l'Etat par la formulation d'un nouveau contrat social, renvoyant à La morale, posant forcément la problématique de l'indépendance de la Justice. Mais force est de reconnaître que pour des intérêts étroits, les pays développés ne favorisent pas forcément cette trajectoire, souvent appelée « bonne gouvernance et état de droit », car si existe la corruption dans un pays donné, il y a forcément des corrupteurs.
Professeur des universités,
Expert international


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