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Quand Jodie Foster leur taille un short
69E FESTIVAL DE CANNES
Publié dans L'Expression le 15 - 05 - 2016

Cette gynéphobie que la star américaine dénonce dans le temple du cinéma mondial, ici, à Cannes, est, à vrai dire, la posture la mieux partagée par un grand nombre
Elle avait débarqué à Cannes pour présenter «Money Monster». Le film avait été annoncé «Hors-Compétition», en langage initié, «soirée people garantie, avec tapis rouge de première classe et tutti quanti». C'est l'usage à Cannes. Sauf que «Elle», c'est Judie Foster, qui n'est pas n'importe qui. Certes, elle avait commencé précocement sa carrière, dès l'âge de 3 ans. A quatorze, elle crève l'écran aux côtés de Robert de Niro, dans «Taxi Driver» de Martin Scorcese.
Deux Oscars au compteur, avant d'avoir atteint l'âge «canonique» (pour une précoce) de la trentaine, avant de passer derrière la caméra.
Mère de deux enfants, elle fera un bouleversant coming out, en 2013, en pleine cérémonie des Golden Awards, avant de convoler en secondes noces, coup de foudre frappant, à plus de cinquante ans... Confirmant l'adage, qui dit, qu'on a l'âge de ses sentiments (et donc pas de ses artères)...
Jodie Foster a donc gravi les marches du Palais des festivals, aux côtés des protagonistes de son film, «Money Monster», Julia Roberts et George Clooney.
Occasion en or que la merveilleuse interprète de «Pretty woman» ne rata pas, histoire de rappeler ce fameux «talongate» de l'an passé, où selon des sources concordantes (pourtant démenties illico, par le maître de céans, himself, Thierry Frémaux), on avait refoulé, en plein tapis rouge, des femmes qui avaient eu la «mauvaise» idée de penser au confort de leurs pieds, avant tout, se présentant donc, à la montée des marches, avec des chaussures à talons plats! Sacrilège! Ce qui fit dire à la Québécoise Emily Blunt, venue présenter l'an passé, «Sicario» de son compatriote Denis Villeneuve, «On pense que l'égalité fait des progrès», et qui ne manqua pas de faire réagir, une année après (quand même!), le critique d'un quotidien français qui a été «grand», une période, «rappelle-moi brièvement, ce que vient foutre la question de l'égalité là-dedans?»...
Un aveu des plus pathétiques, en fait de l'existence avérée d'un zeste de machisme chronique.
Inutile de chercher donc dans les colonnes de ce genre de quotidien, la recette du plat de résistance, servie par Jodie Foster, lors d'une conférence de presse, avant le «dessert», offert royalement, par Julia Roberts, la veille, en se présentant pieds nus face aux flashes des centaines de photographes et autres télés, comme, un bras d'honneur à la bêtise ambiante, que d'aucuns auraient voulu décréter en règle de savoir-vivre, applicable aux seules femmes.
Sous les lambris d'un palace cannois et à un jet de «Repetto» du Palais, Judie Foster, toute beauté, annonça la couleur du «film» qui allait occuper les journées du festival jusqu'à la fin: l'opération «Women in Motion».
D'une voix douce et ferme, elle plante sa première banderille: «Je ne sais pas qui sont ces gens. Je veux observer des vies. Je ne connais personne qui pourrait se désintéresser de la moitié de la race humaine.» «Si, un wahhabite!», étions-nous tentés de lui souffler...
Alors Foster parlera avec précision de cette absence de parité dans les métiers du cinéma à Hollywood.
«Je pense que les cadres des studios ont peur, en cette période, ils sont tentés de regrouper toutes les femmes dans la catégorie ' trop risqué! '
Rappelant que ce dysfonctionnement est aussi révélateur du refus des législateurs mâles dans la presque totalité des pays dans le monde, d'admettre qu'une femme est égale à un homme.
Il ne s'agit pas d'embrouiller son monde avec la notion de «complémentarité» qui est hors sujet, voire insultante.
Cette gynéphobie que la star américaine dénonce dans le temple du cinéma mondial, ici, à Cannes, est, à vrai dire, la posture la mieux partagée par un grand nombre, et comme elle le dit, en américain et dans le propos: «That's enough!», «Ça suffit», «Khlass»!
Une enquête menée dans sept pays européens, révèle que quatre films sur cinq ne sont pas réalisés par une femme...
En Europe, toujours par exemple 84% des financements des films reviennent aux hommes, alors que l'on compte 44% de diplômées d'école de cinéma!
Même en France, dont la politique cinématographique reste une référence mondiale, les choses restent partiales.
De 2009 à 2013, selon un rapport du Centre national du cinéma (CNC), les subventions nationales étaient largement favorables aux réalisateurs hommes, au détriment des femmes, selon un ratio moyen de... 80/20! Sans commentaire...
Pire, et en dépit de (légers) changements opérés, le CNC, avouera en 2014, que le budget moyen des films de réalisatrices est 1, 7 fois moindre que celui des hommes...
Comme si la virilité (supposée) est un label de bonne qualité... Ne pas sourire, merci.
Mais sourions plutôt avec Judie Foster qui, sur ce même sujet sur la pseudo primauté de l'homme sur la femme, assènera, tel un coup de grâce: «Je me souviens avoir tourné dans un film, dont le réalisateur - qui était vraiment un type intelligent -, a passé la totalité du tournage dans la salle de bains, à appeler sa femme!».
Une petite consolation, une femme, une cinéaste, une Oranaise d'origine, va (un peu) bousculer l'ordre établi, à Cannes: Nicole Garcia présente ce jour «Mal de pierre»...


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