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Le premier martyr du Mouvement national
Rezki Kehal mort, il y a 80 ans, à la prison de barberousse
Publié dans L'Expression le 18 - 04 - 2021

Qui se souvient de Rezki Kehal, un militant nationaliste jusqu'au rachis? On l'appelait déjà «l'héritier de l'illustre El Mokrani», celui qui avait assuré la direction du PPA, dont il fut membre fondateur, en mars 1937 à Nanterre (France), après l'arrestation de Messali Hadj. Kehal vint à Alger le 3 septembre 1937 pour continuer l'action du parti. Militant engagé pour la cause nationale, infatigable, depuis son adhésion à L'Etoile Nord-Africaine en 1932, il n'a eu de cesse de militer dans le combat pour la liberté. Il devint membre du Bureau politique, président du Comité central, trésorier général et secrétaire général de la rédaction. En 1931, date à laquelle il rejoignit L'Etoile Nord-Africaine, en compagnie de grands militants tels que Amar Imache, Belkacem Radjef et tant d'autres, ils publient «El Oumma», organe par lequel ils diffusent les idées des milieux ouvriers en France.
Avec son compagnon Mohamed Guenaneche qui devait l'aider dans sa mission de prendre en charge la publication du journal Ach-Chaâb dont le premier numéro venait de paraître, il rencontre en fin septembre 1937, la prestigieuse figure des Ouléma en la personne de Cheikh Ibn Badis qui affirmait qu'il aspirait à l'indépendance de l'Algérie et que l'épreuve faite avec le Front Populaire était suffisamment «édifiante» pour ce faire et les deux parties opérèrent alors un rapprochement entre le PPA et l'Association des Ouléma algériens.
Le 25 février 1938, il fut arrêté et écroué à Barberousse où il a été longtemps malade et ne fut hospitalisé qu'après d'énormes difficultés et suite à l'intervention d'avocats et la pression de l'opinion publique. A l'hôpital Mustapha Pacha, il fut mis sous isolement complet avec policier de garde H24. Il s'éteint en avril 1939 à l'hôpital et son corps fut transporté à Guenzet après avoir été déposé au domicile de Cheikh Ahmed Bouda au boulevard Cervantès, à Belcourt, Sidi M'hamed actuellement. Sa dépouille avait été accueillie à une heure avancée de la nuit par une grande foule composée de la population de Guenzet et des alentours.
Pour éviter que le combat mené par ce grand militant ne tombe dans l'oubli, nous avons choisi de livrer sur ces colonnes les témoignages de trois personnages pour cerner au mieux ce Grand Homme qui a dédié sa vie au combat libérateur
«Un génie en matière d'organisation»
Militant du PPA, et chercheur en histoire du Mouvement National Algérien, Mohamed Guenaneche a bien connu Arezki Kehal. J'ai connu son nom à travers le journal parisien El Oumma J'ai appris de ses nouvelles par des personnes qui l'ont côtoyé en France. Ma première rencontre avec lui fut le jour de mon arrivée à Alger, le 3 septembre 1937. Lui-même était arrivé le même jour de Paris, dans la matinée, avec pour mission de remplacer les dirigeants arrêtés. Une harmonie totale nous a unis comme je l'avais connu depuis fort longtemps.
Il était calme, il parlait avec pondération. Rien en lui ne laisse apparaître qu'il était un responsable, un révolutionnaire ou qu'il croyait en la violence (révolutionnaire). Il se distinguait par un air de dérision, mais empreint de bonté et de gentillesse - À tous ceux qui l'approchait, il inspirait confiance, respect et amitié sincères.
Un jour, nous marchions ensemble et allions à une réunion de l'administration (du parti). À peine arrivions-nous à l'hôtel dit palais d'Hiver, devant la place des Martyrs (aujourd'hui), alors que nous nous préparions à traverser la place en direction du siège (du parti, nous vîmes un groupe de militants et responsables se dirigeant vers la Casbah pour donner «une correction» à une personne qui avait critiqué le parti. Kehal s'arrêta, s'adossa à un mur et me dit: «Ya si Guenaneche, sont-ce là des gens capables d'arracher l'indépendance? Non jamais!»
Il répugnait la violence qui caractérisait certains militants, de même qu'il s'indignait du manque de sérieux et du manque de considération qu'ils réservaient à la notion de
«responsabilité».
Il était grand de taille. De dos, il ressemblait à Messali, mais sa démarche était différente. Il était plutôt maigre et la fatigue se lisait en lui.
Quand il rédigeait des tracts, il évitait les termes et les formules extrémistes. Mais il y mettait toutes les idées qu'il voulait transmettre - lorsqu'il en exposait le texte à la direction du parti, on lui demandait de les rendre plus incisifs. Le frère Boukadoum lui disait:
«Ajoutes-y du piment.»
C'était un génie en matière d'organisation. Il avait su conquérir la confiance de tous les militants.
En prison, lorsque le juge d'instruction vint à nous pour l'interrogatoire, et alors que les arrestations se succédaient, de sorte que chaque jour apportait son lot de militants arrêtés, il me dit: «Nous allons dire au juge: ''Moi et toi sommes les seuls responsables de tout dans le parti. Et, puisqu'il s'agit des écrits, eh bien j'assumerai moi, tout ce qui a été écrit en français, et toi, tout ce qui a été écrit en arabe. Ainsi nous mettrons fin aux arrestations.» C'est ce que nous fîmes et nous dîmes au juge de libérer toutes les personnes arrêtées, puisque non responsables. Le juge nous demanda une lettre manuscrite en ce sens, avec tous les noms des personnes incriminées - Quelques semaines plus tard, ils furent libérés. Nous, nous restâmes à Barberousse - les militants condamnés furent transférés à la prison
d'El Harrach.
Nous nous entendîmes pour faire à tour de rôle un exposé (sur un thème donné) lors de chaque promenade hebdomadaire. Le 1er thème traitant du syndicalisme en Algérie fut exposé par le frère: Ahmed Mezghenna.
Le second exposé fut fait par le frère Arezki Kehal et avait pour thème: «comment faire la révolution: conditions nécessaires, méthode à suivre, points névralgiques à tenir entre nos mains, etc...». Son discours laissait entendre que nous étions sur le point de déclencher la révolution, et que nous devions étudier tous les détails.
Au cours de la promenade, je lui chuchotais à l'oreille: «Etais-tu sérieux lors de ton exposé? Pouvons-nous faire la révolution, alors que nous sommes en prison, et que notre nombre est encore réduit?». Il me répondit avec son sourire habituel: «Et pourquoi sommes-nous donc ici? Est-ce pour la gamelle?». Quelques jours après, il fut hospitalisé. Lorsque je fus libéré et que je lui rendis visite, il n'était plus qu'un «amas d'os». Son image est toujours là devant mes yeux... Ce fut la dernière fois que je le vis, car il ne tarda pas à s'éteindre, à peine quelques semaines plus tard.
Abou Ali: « Il est mort au champ d'honneur»
Le 12 avril 1939, notre frère Kehal Arezki est mort, après 6 mois d'atroces souffrances et 14 mois d'emprisonnement. La triste nouvelle de sa mort s'est répandue dans tout Alger comme une traînée de poudre et partout la population musulmane commentait son décès en maudissant l'impérialisme français. «Ta mort nous afflige profondément et nous prive de ta bonté, de tes conseils et nous te reverrons... Tu as souffert pour nous, tu as donné en partie ta jeunesse, ton intelligence, ta force et ta vie. Pour nous, Kehal n'est pas mort, il reste le symbole vivant de la lutte et de la libération du peuple algérien des servitudes du colonialisme.
Près de 1500 personnes, c'est-à-dire la population de Guenzet et de tous les villages avoisinants, étaient présentes pour accompagner le défunt dans son dernier «voyage».
Nombre de discours élogieux furent alors prononcés en langues arabe et kabyle devant une foule étreinte de sanglots qui, malgré tout, éclatèrent en ce triste moment. Arezki Kehal a été le premier martyr du PPA et le premier à avoir été honoré d'obsèques nationales et dont le cercueil fut recouvert de l'emblème national...en 1939. Ainsi meurent les héros pour rester éternels.


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