La prolongation du mandat présidentiel traduit la consécration de la dictature et renforce la corruption. «La révision de la Constitution ne doit pas seulement concerner le prolongement du mandat présidentiel à sept ans. A mon avis, cerner la révision juste autour de ce volet est une erreur et démontre effectivement la faiblesse de la visibilité politique de l'Etat». C'est par ces propos que le président du Mouvement du renouveau national, (MRN), M.Abdallah Djaballah donne son opinion sur la modification de la Constitution, un sujet brûlant qui occupe le devant de la scène politique et médiatique nationale. Il dira que le prolongement du mandat présidentiel et le renforcement des pouvoirs du chef de l'Etat sont les principaux objectifs qui motivent le FLN pour aller vers une réforme de la loi fondamentale. Or, une bonne lecture de la Constitution de 1996, explique-t-il, permet de distinguer que le texte actuel offre les pleins pouvoirs au premier magistrat du pays. «Le président de la République est le véritable responsable de l'appareil législatif», signale M.Djaballah qui fait remarquer que le président de la République dispose de prérogatives constitutionnelles lui permettant de bloquer toute loi, grâce au tiers présidentiel du Sénat. Ce qui explique clairement, dit-il, que l'argument avancé par le FLN ne tient pas du tout la route. «Dire que la Constitution renferme des lacunes et n'octroie pas assez de pouvoir au chef de l'Etat est une sorte de manoeuvre pour arriver à ses fins», lâche-t-il sur un ton sévère. Critiquant la vision du chef du gouvernement, le leader du parti d'El- Islah n'a pas omis de révéler que le prolongement du mandat du Président à sept ans est une erreur en soi, tout en s'appuyant sur l'échec de l'expérience française. La prolongation du mandat présidentiel traduit, à ses yeux, la consécration de la dictature et renforcera la corruption. Se basant sur la vision de M.Belkhadem, M.Djaballah ne voit aucun intérêt à aller vers une révision si on ne s'attaque pas aux questions primordiales. «A mon avis c'est une manière pure et simple d'instaurer la dictature qui contredit le principe de la réforme constitutionnelle», pense M.Djaballah. Selon lui, il y a cinq points essentiels qui devraient constituer le noyau de la constitution. Celle-ci doit renforcer davantage les constantes de la nation et protéger l'identité nationale, consacrer le principe de l'alternance au pouvoir entre les partis politiques, garantir les libertés individuelles et collectives, renforcer le contrôle des institutions de l'Etat et enfin réaliser l'équilibre des prérogatives entre les trois pouvoirs. Cela dit, le leader d'El Islah soutient que l'idée d'une nouvelle Constitution pour garantir un troisième mandat au chef de l'Etat a été «soufflée» par le dirigeant libyen Mouammar Al Kadhafi qui, rappelons-le, avait prolongé son séjour à l'issue du Sommet arabe qui s'est tenu l'année dernière à Alger.