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La menace «jihadiste» nourrit le sentiment anti-peul
Dans le nord de la Côte d'Ivoire
Publié dans L'Expression le 23 - 01 - 2022

«Je ne vais plus aux champs, j'ai peur de croiser des Peuls».
A Kafolo, petit bourg ivoirien tout près de la frontière burkinabè, les récentes attaques jihadistes ont exacerbé l'hostilité envers cette communauté, accusée de constituer le gros des groupes armés. Aux confins de la Côte d'Ivoire, l'entrée du village donne le ton: un vaste camp militaire, mirador pointé sur la piste poussiéreuse, accueille les rares visiteurs. Kafolo a été endeuillé à deux reprises par des attaques jihadistes, en juin 2020 (14 soldats tués) et en mars 2021 (2 soldats morts). A l'ombre d'un grand arbre, dans la fraîcheur matinale du vent sec de l'harmattan, le chef du village, Bamba Tiemoko, se souvient des conséquences de la première attaque. «La population était apeurée, c'était la première fois que cela nous arrivait. Les gens n'allaient plus aux champs ou à la pêche», affirme-t-il. Une crainte que partagent toujours certains villageois. «On a toujours peur mais on fait avec. On essaie de ne pas trop rester aux champs, de rentrer avant midi», explique Lamissa Traoré, président de l'association des jeunes de la région. «Je ne vais plus aux champs, j'ai peur de croiser des Peuls. La plupart de ceux qui sont venus faire les attaques sont des Peuls. On se méfie maintenant», ajoute Clarisse Siphoho, secrétaire d'une association locale de femmes.
Si les attaques de Kafolo n'ont jamais été revendiquées, les autorités ivoiriennes affirment qu'elles sont le fait de ressortissants étrangers. A mots à peine couverts, la communauté peule, éleveurs semi-nomades qui traversent souvent la frontière poreuse du Burkina Faso voisin pour faire paître leurs boeufs, est désignée.»On les cible», reconnaît un responsable de la région qui compte sur la
vigilance des populations pour alerter les autorités s'ils repèrent un individu suspect. «On est très méfiants quand un étranger arrive dans le village. On pose des questions sur son objectif de voyage, sa destination et on peut le conduire chez les militaires», confirme le chef du village. Après l'attaque de juin 2020, de nombreux Peuls sont partis du jour au lendemain.»Avant les actes terroristes, il y avait une très grande fraternité. Mais après l'attaque, il y a eu des interpellations et des Peuls sont partis. S'ils s'en vont c'est qu'ils se reprochent quelque chose», assène Bamba Tiemoko. «A cause des attaques, ils ont eu peur de représailles et ont abandonné le village», estime quant à elle Clarisse Siphoho.
Après avoir passé trois mois et demi en prison à Korhogo, la grande ville du nord ivoirien, car il était suspecté d'avoir un lien avec les assaillants, Amadou (le prénom a été modifié, ndlr), éleveur peul a été relâché et est retourné vivre dans la région. «Ici, quand les gens voient un Peul passer à moto dans le village, ils ont peur et voient en lui un jihadiste», regrette-t-il. Marié à une ivoirienne, il ne se sent toutefois pas «mis à l'écart» et s'interroge sur le départ brutal des autres Peuls. Ont-ils été poussés vers la sortie par les villageois? Tout le monde à Kafolo jure le contraire. Et le son de cloche est le même chez Issouf Dao, le sous-préfet dont dépend la commune. «On accueille les Peuls, ils sont implantés depuis très longtemps. Il n'y a pas de problème, mais il y a de la méfiance vis-à-vis des Peuls qu'on ne connaît pas», explique-t-il. Si la forte présence militaire rassure les populations, beaucoup déplorent les conséquences de ces attaques, notamment sur le tourisme dans la région, classée en zone rouge par la plupart des chancelleries occidentales. Le Kafolo Safari Lodge, ses autruches et ses safaris dans le parc voisin de la Comoé et ses 40 chambres, ont fermé depuis des mois.»Les gens n'investissent plus, plus personne ne dort ici, même pas les fonctionnaires de passage au village», regrette Paterne Diabaté, un villageois.
«Les jihadistes ont gagné cette bataille», peste t-il.


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