Après deux décennies de patience et de travail minutieux, l'Egypte a enfin assisté à un moment attendu depuis longtemps : le retour à la verticale de deux statues monumentales d'Amenhotep III, au cœur de la nécropole thébaine, à Louxor. Redressés dimanche dernier, ces géants de pierre dominent à nouveau le paysage, offrant à l'ancienne Thèbes une part de sa splendeur perdue. Ces statues jumelles, hautes respectivement de 14,5 et 13,6 mètres, représentent le pharaon Amenhotep III assis sur son trône, les mains posées sur les cuisses. Elles le montrent coiffé du némès et de la double couronne, vêtu du pagne royal plissé et portant la barbe postiche, attribut de la royauté divine. Leur posture immobile et solennelle incarne la puissance et la stabilité que ce souverain entendait projeter de son règne. Les colosses n'ont pourtant pas toujours offert cette image majestueuse. Il y a environ douze siècles, un violent séisme a provoqué l'effondrement du temple funéraire d'Amenhotep III ainsi que la chute et la fragmentation de ces statues monumentales. Lorsque les archéologues ont entrepris leur étude, les éléments étaient dispersés, brisés et profondément endommagés par le temps. « Nous avons retrouvé les statues dans un état extrêmement fragmentaire. Il a fallu près de vingt ans pour rassembler, identifier et restaurer chaque pièce », a expliqué Mohamed Ismail, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, saluant l'achèvement d'un chantier hors norme. Le temple funéraire d'Amenhotep III, surnommé le « Temple des millions d'années », fut édifié au XIVe siècle avant notre ère, à une période considérée comme l'apogée de la civilisation égyptienne. Ce pharaon, l'un des plus puissants du Nouvel Empire, régna entre 1390 et 1353 av. J.-C., durant une ère marquée par la prospérité, la stabilité politique et un foisonnement artistique sans précédent. Son règne est parfois évoqué comme un âge d'or, tant l'Egypte rayonnait alors sur le plan diplomatique et culturel. Le redressement des colosses marque ainsi bien plus qu'une prouesse technique : il symbolise la renaissance d'un patrimoine menacé. Aujourd'hui, tandis que la momie d'Amenhotep III repose dans un musée du Caire, ses statues veillent à nouveau sur la plaine thébaine, rappelant la grandeur d'un souverain et la capacité de l'Egypte moderne à préserver les traces monumentales de son passé.