Le Congrès du peuple chinois débutera le 16 octobre 2022. Les principales organisations politiques, à leur tête le Parti communiste chinois, entreront en conclave à l'occasion de ce 20e congrès. Il portera sur la politique future du pays et le choix de celui qui mènera le destin de la Chine pendant les cinq prochaines années. Sauf surprise, la réélection de Xi Jinping à la présidence de la République populaire de Chine est attendue. Ses deux derniers mandats ont apporté de profondes évolutions. Dès 2013, il a apporté une rupture de gouvernance avec l'ancien président Hu Jing Tao. La lutte contre la corruption, la politique de transparence dans les affaires de l'Etat et dans l'économie, la rigueur budgétaire ont été le socle de la nouvelle dynamique mise en oeuvre. La campagne anticorruption s'est étalée sur plusieurs axes et sur plusieurs années. Le développement des provinces de l'ouest et de certaines du sud comme celle du Guizhou, est devenue une priorité nationale. Dans l'ouest, l'axe Chengdu-Chongqing est devenu l'un des plus grands hub logistiques chinois. Dans les provinces de l'intérieur, l'éradication de la pauvreté a été un marqueur important de la politique de Xi Jinping. Sur le plan culturel, la protection du patrimoine a revêtu une grande importance politique, permettant de projeter la Chine dans l'espace mondial. L'organisation en juillet 2021 de la 44e session du Comité du patrimoine mondial de l'Unesco à Fuzhou a illustré l'attention de la Chine à faire connaître au monde entier son patrimoine matériel et immatériel. À cette occasion plusieurs sites chinois ont été inscrits à la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. À la suite de la politique d'ouverture initiée par Deng Xiaoping dès 1978, qui a permis une plus large coopération avec le reste du monde, et dont l'essor économique de la Chine, Xi Jinping propose désormais à la communauté internationale des accords d'associations dans le domaine des affaires et du commerce dans lesquels chaque partie trouvera son intérêt, c'est-à-dire «gagnant- gagnant «. L'Initiative des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road initiative) a été la colonne vertébrale de sa politique dès la fin de son premier mandat. Elle a consisté à développer des liaisons maritimes et terrestres entre la Chine, l'Asie, l'Afrique et l'Europe, appuyées sur des hubs régionaux où la Chine a massivement investi. Des campagnes de communication ont été organisées par les autorités chinoises à travers le monde et de nombreux économistes et géopolitistes internationaux ont reconnu que ce projet portait une ambition de long terme contribuant à une organisation nouvelle des rapports mondiaux. Actuellement plusieurs dizaines de pays y ont adhéré. Bien sûr, certaines voix se sont élevées pour qualifier de volonté hégémonique, voire de néo-impérialisme, cette initiative chinoise. Mais elle a été accueillie positivement par de nombreux pays, notamment ceux qui aspirent aux bienfaits du développement économique. S'est ajoutée à ce grand projet la proposition de la construction d'une «communauté de destin pour l'humanité «. Ce concept a un caractère plus universaliste et diplomatique, et s'appuie aussi sur la protection de l'environnement et de la biodiversité, la redistribution de la richesse dans les sociétés et sur l'équité intergénérationnelle. La Chine qu'on avait désignée pendant longtemps comme le mauvais élève dans la transition énergétique a redoublé d'efforts dans ce domaine pendant les mandats de Xi Jinping. La Chine a été un acteur majeur dans le succès de l'Accord de Paris pour le Climat, qu'elle a ratifié dès le début et dont elle a assuré la promotion dans le monde, à un moment où les Etats-Unis s'en retiraient au contraire.Une autre perspective intéressante a été l'accord de partenariat sur les investissements Chine- Europe. Malheureusement, la ratification a été bloquée en Europe par des milieux politiques prenant prétexte d'accusations sur la politique intérieure de la Chine à l'égard de ses minorités ethniques. D'autre part, l'Accord de partenariat stratégiques entre les Nations du sud- est asiatique et du Pacifique, l'ASEAN, et la Chine a été adopté en novembre 2018. L'ensemble de ces accords ont ouvert la voie à un meilleur accès des entreprises étrangères sur le marché chinois, et une intégration approfondie des économies. L'inauguration en octobre 2018 de la China International Import-Export de Shanghai, la CIIE, a également témoigné de cette nouvelle politique d'ouverture économique et commerciale. L'incompréhension, ajoutée à un manque de communication, de ces propositions commerciales ont suscité à l'extérieur tantôt une peur, tantôt un mécontentement. Au niveau économique, les experts occidentaux ont commencé à dénoncer les prêts accordés à certains pays africains, les qualifiant de toxiques lorsque les emprunteurs n'arrivaient pas à les rembourser. La Chine, qui reste l'un des principaux investisseurs en Afrique, vient pourtant d'annuler pour 17 pays africains des prêts arrivés à échéance. Pendant la 8e Conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine (la FCSA), la Chine a réitéré sa disponibilité pour venir en soutien à ce continent très prometteur en matière de croissance économique. Et sans compter sur le dynamisme de l'Organisation de Coopération de Shanghai qui ne cesse de s'étoffer, et qui pourrait à terme redonner du souffle à l'historique Conférence des pays non alignés? Bien sûr, la crise liée à l'épidémie mondiale de Covid-19 depuis 2020 a isolé davantage les pays, et plus particulièrement la Chine qui reste l'un des derniers pays à n'avoir pas encore ouvert son trafic aérien. Le climat dans lequel se dessine le troisième mandat de Xi Jinping est très instable. Les défis à l'intérieur du pays sont grands. Le taux de croissance du PIB, honorable même pendant le pic de la crise de Covid- 19 en 2020 et 2021, semble se réduire considérablement. Certains pays occidentaux ont manifesté une volonté de rapatriements de leurs investissements de production de certains produits fabriqués en Chine. C'est l'idée d'une réindustrialisation destinée à réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine. Il est évoqué aussi des raisons de coûts et d'impact environnemental liés aux transports intercontinentaux. L'impossibilité de se rendre en Chine en raison de la crise sanitaire depuis 2020 a conduit certains observateurs occidentaux à pronostiquer un repli du pays sur lui-même, qui durera dans les années à venir. À mon sens, c'est une mauvaise analyse, contraire à l'histoire. La Chine restera accessible et ouverte à l'égard du reste du monde. En revendiquant son nouveau rôle et les responsabilités que lui apporte sa position économique croissante, la Chine tend à se positionner comme un acteur international qui assume entièrement son histoire nationale et sa politique de non-ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays. Certes, la transformation de la production au profit du marché intérieur de plus en plus important pourra à terme réduire la réponse à la demande internationale. Le soutien d'une politique favorisant les naissances devrait à terme amoindrir l'effet grandissant de la population âgée dans la société chinoise. Mais, un nouvel ordre mondial se dessine, dont la guerre entre la Russie et l'Ukraine n'a fait qu'accélérer la perception. Ce nouveau monde aura-t-il raison de la vision multilatéraliste chère à la Chine, au profit d'une dualité bipolaire sino-américaine? En tout cas, la Chine ne pourra pas rester à l'écart de ces mouvements planétaires et le prochain mandat du président chinois est éminemment stratégique.