La Chine a simulé des frappes contre des «cibles-clés» à Taiwan hier, au deuxième jour d'un exercice «d'encerclement total» programmé jusqu'à aujourd'hui et présenté par Pékin comme un «sérieux avertissement» aux autorités de l'île après la rencontre de sa présidente avec un haut responsable américain. Baptisée «Joint Sword», l'opération a été vivement dénoncée par Taiwan et les Etats-Unis ont appelé Pékin à la «retenue», assurant garder «ouverts» ses canaux de communication avec la Chine. Ces manoeuvres ont été lancées après la rencontre mercredi en Californie de la présidente taiwanaise Tsai Ing-wen avec le Speaker de la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, à laquelle Pékin avait promis de réagir avec des mesures «fermes et énergiques». Elles visent à établir les capacités chinoises à «prendre le contrôle de la mer, de l'espace aérien et de l'information (...) afin de créer une dissuasion et un encerclement total» de Taiwan, a affirmé samedi la télévision d'Etat chinoise. Hier, le ministère de la Défense taiwanais a détecté onze navires de guerre et 70 avions chinois autour de l'île, après avoir repéré autant de bateaux et 71 aéronefs la veille. Il a affirmé suivre les mouvements de l'armée chinoise grâce à un «système de renseignement et de reconnaissance conjoint», précisant que des avions de combat et des bombardiers figuraient parmi les appareils volants détectés jusqu'à midi heure locale (4h00 GMT). Egalement hier, l'armée chinoise a simulé des «frappes de précision» contre des «cibles-clés sur l'île de Taiwan et dans les eaux environnantes», impliquant des dizaines d'avions et des troupes au sol, selon la télévision d'Etat. Des destroyers, des vedettes rapides lance-missiles, des avions de chasse, des ravitailleurs et des brouilleurs sont notamment mobilisés selon Pékin, au cours de ces manoeuvres qui doivent durer jusqu'à aujourd'hui. La Chine réaffirme constamment que Taiwan (23 millions d'habitants) est une de ses provinces qu'elle entend réunifier avec le reste de son territoire. Les manoeuvres «servent de sérieux avertissement contre la collusion entre les forces séparatistes recherchant ''l'indépendance de Taïwan'' et les forces extérieures, ainsi que leurs activités provocatrices», a averti un porte-parole de l'armée chinoise, Shi Yi. Washington a réitéré samedi son appel à «ne pas modifier le statu quo». «Nous sommes confiants dans le fait que nous avons des ressources et des capacités suffisantes dans la région pour assurer la paix et la stabilité», a indiqué le Département d'Etat. Des exercices à tirs réels se tiendront aujourd'hui dans le détroit de Taiwan à proximité des côtes du Fujian (est), la province qui fait face à l'île, ont par ailleurs indiqué les autorités maritimes chinoises locales. Ces exercices, qui revêtent une dimension «opérationnelle», sont destinés à démontrer que l'armée chinoise sera prête, «si les provocations s'intensifient», à «régler une fois pour toutes la question de Taiwan», a indiqué l'expert militaire Song Zhongping. Mme Tsai a assuré que Taiwan «continuerait à travailler avec les Etats-Unis et d'autres pays (...) pour défendre les valeurs de liberté et de démocratie». La Chine voit avec mécontentement le rapprochement ces dernières années entre les «autorités» taiwanaises et les Etats-Unis qui, malgré l'absence de relations officielles, fournissent à l'île un soutien militaire substantiel. Pour Pékin, ces exercices militaires sont «une nécessité» pour «marquer des points politiquement» auprès de la population chinoise, a affirmé James Char, expert de l'armée chinoise à l'université de technologie de Nanyang à Singapour. Pour autant, une escalade de la même intensité que celle d'août 2022 semble a priori écartée, selon M. Char. Pékin tente de «réchauffer» ses relations avec l'Europe et a attendu la «fin» d'une visite d'Etat du président français Emmanuel Macron pour lancer ses exercices, relève-t-il. L'été dernier, la Chine avait engagé des manoeuvres militaires sans précédent autour de Taiwan et tiré des missiles en réponse à une visite sur l'île de la démocrate Nancy Pelosi, qui occupait alors le poste de M. McCarthy au perchoir de la Chambre. Les Etats-Unis ont reconnu la République populaire de Chine en 1979 et ne doivent en théorie avoir aucun contact officiel avec la République de Chine (Taiwan) en vertu du «principe d'une seule Chine» défendu par Pékin.