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«Fort heureusement, il y a le Sila...»
Slemnia Bendaoud, écrivain, à L'Expression
Publié dans L'Expression le 10 - 10 - 2023

L'Expression: Comment peut naître l'idée d'écrire un roman autobiographique?
Slemnia Bendaoud: L'auteur écrit d'abord sur des sujets porteurs ou véhiculant des messages pour faire la connaissance du public. Il s'attaque aux problèmes qui concernent en premier lieu son environnement immédiat, avant d'aborder les plus lointains et les très compliqués. Dans ces thématiques, il se met à l'essai, peaufinant son style et apprenant le verbe, pour maîtriser comme il se doit son sujet. Son regard est plutôt extraverti. Ce n'est qu'après deux ou trois décennies d'écriture intense, qu'il s'aperçoit que sa vision des choses penche plutôt vers l'introverti, si au demeurant les choses dont il sait les présenter accrochent le lecteur quant à leur thématique ou par leur importance. Il se découvre à son public. Là, on aborde d'emblée le volet subséquent à la première question, pour affirmer qu'on doit laisser longtemps mûrir le sujet, lui corriger son élan, lui redresser sa trajectoire, revoir le plan d'ensemble, prendre des notes et laisser venir le sujet.
Pourquoi avoir intitulé votre ouvrage «Le petit paysan»?
Je suis viscéralement attaché à ma terre, cette mère de toutes nos mères. Et rien que pour cela, elle mérite tous les efforts réunis, portés en sa seule faveur. C'est d'ailleurs ce qui a été le moteur de la Révolution, pour la conduire vers sa victoire amplement méritée. Lorsque mon géniteur, polygame, devait me scolariser, il est venu m'arracher à cette terre qui m'est restée si chère. Bien plus que cela, je devais laisser mon maigre troupeau de moutons et ma pauvre mère à leur triste sort. Je revois encore ma mère me saluer en cachette, à mon départ en calèche pour la ville. Je suis par la force des choses devenu une plume paysanne. Elle décrit le monde de la terre, qui a besoin d'eau et de travail. Et chaque matin, le paysan lève la tête vers le ciel. Il vit sur le qui-vive en cette période de disette
.
Tout le monde a un jardin secret dans sa vie qu'on ne peut étaler en public, qu'en est-il de vous en écrivant cette autobiographie?
Dès qu'on décide d'écrire son autobiographie, on ouvre son coeur. Mieux encore, on ouvre grand ouvert le portail de son jardin secret. On se définit, on essaie parfois de se cataloguer à une image ou à quelqu'un que tout le monde connaît. On donne des précisions sur tel ou tel problème ou phénomène auquel on s'estime être lié par la profession ou par la relation. Ecrire son autobiographie, c'est plutôt donner des détails sur «la façon d'embrasser» la littérature. Dans cette discipline, plusieurs facteurs concourent à la réalisation de cet objectif. Cela varie d'une personne à une autre. Mais il y a à la base des indices qui ne trompent pas. On peut citer l'intelligence, la mémoire, l'anticipation, la comparaison et bien d'autres... On ne peut s'en servir très tôt du rétroviseur. Il sera laissé en dernier.
Quel est le souvenir le plus douloureux que vous racontez dans ce livre?
Il y a plusieurs souvenirs. Le premier est que je n'ai pu supporter mon éloignement de ma pauvre mère qui passait son temps à pleurer, même si ma soeur ainée avait plutôt tout fait pour me préparer ce berceau familial et le lit douillet. Cela m'a poussé à faire des fugues pour rejoindre ma mère. Ensuite, comme tout Algérien de mon époque, j'ai vécu à ma façon la révolution et ses misères pour le peuple indigène. On dormait d'un seul oeil, la peur au ventre. J'ai failli être capturé par les soldats français, après qu'une balle me visant tirée à bout portant avait loupé sa cible.
J'ai grimpé sur la toiture de la maison pour récupérer quelques figues que ma mère salait et laissait sécher au soleil. Et dès que je descendis, j'ai trouvé les soldats français qui étaient en embuscade. Ils m'ont roué de coups, alors que j'étais gamin. Sur le chemin de l'école, je fus renversé par une voiture. Trop d'affaires douloureuses ont jalonné ma vie privée. Je suis passé près de la mort, à plusieurs reprises. Dieu m'a sauvé la vie.
Quel est votre but en écrivant ce livre?
J'ai mené une vie très difficile. Et pourtant elle ne m'a pas empêché de réaliser mon rêve d'enfant. En cours préparatoire, on nous a donné à lire à l'école dans un livre de la série «Je lis». J'ai appris par coeur ou sur le bout des doigts toutes les récitations qui s'y trouvaient. Plus tard, j'ai beau fouiller chez les bouquinistes pour retrouver le bouquin en question. Sans succès.
Ce livre est le manuel scolaire qui a levé en moi le désir d'écrire. Sa disparition a aussitôt refermé cette parenthèse. Plus tard, lorsque j'ai grandi, l'envie d'écrire me secouait terriblement. J'attendais ce déclic qui ne vint qu'à cinquante-quatre ans. Depuis ce jour-là, j'écris sans discontinuité. J'édite et traduit plusieurs livres dans l'année. Le but en écrivant ce livre est de casser les barrières pour faire éclore naturellement mon talent. Il est aussi une façon comme une autre de montrer aux gens que l'effort doit aller au plus profond de nos aspirations. On se doit de découvrir notre vocation, même à un âge aussi avancé que le mien.
À partir de quel moment avez-vous décidé de devenir écrivain?
Personne ne peut décider ou choisir le moment de devenir écrivain. Il y a d'abord une très lourde mécanique à mettre en place. Ensuite, il faut bien la huiler, de sorte qu'elle atteigne une vitesse d'exécution qui la rend capable de se transcender. C'est à partir de là, qu'on se sent être capable d'écrire. Généralement, cela reste insuffisant. Il faut, à titre d'exemple, s'accrocher à un média et longtemps y demeurer, pour se faire très largement connaitre. Toutes ces longues étapes m'ont accompagné dans mon expérience littéraire. Aujourd'hui l'expérience est moins pénible.
L'internet et le micro correcteur favorisent cet état de fait. Mais la chose fondamentale dans la narration reste la lecture. Et pas n'importe quelle lecture! Il faut énormément lire. Lire les best-sellers, les livres réussis, et au fur et à mesure des lectures, on apprend le verbe, les tournures et les syntaxes utilisées.
Vous écrivez des livres en abordant divers sujets. Pourquoi cette envie de toucher à tout?
J'ai commencé par m'intéresser aux études et essais. Dans le style littéraire, cela obéit à un autre type de style, où la description tient une grosse partie du texte. Au fil des jours, j'ai dû revoir le style d'écriture et la forme avec. Je me suis reconverti dans la nouvelle et le roman qui obéissent à une toute autre forme de narration. Dans mon écriture, je suis passé par différentes formes narratives, et donc j'ai atteint le stade de polygraphe, touchant à différents domaine de la littérature. J'ai fait plusieurs tentatives dans l'écriture en toust genres pour acquérir la main. Aujourd'hui, je suis en mesure d'écrire avec aisance et non moins de performance dans pratiquement tous les styles littéraires.
Avez-vous été influencé par d'autres écrivains?
C'est sûr que des écrivains de renom ont marqué ma vie littéraire. Je cite dans cette discipline Jean Giono. Vous me direz pourquoi? Tout simplement parce que c'est une plume paysanne qui a marqué le paysan que je suis. Chez lui, le héros du roman peut facilement devenir un ruisseau, un vieil arbre, une colline et bien d'autres choses propres au monde rural. Dans mon ouvrage autobiographique «Le petit paysan» j'en parle avec délectation de ses chefs-d s'oeuvre. Il y a aussi Henri Troyat et Henry Bosco pour les excellents romans-cycles. Leurs textes sont truffés de phrases superbes. On est happé dès l'incipit jusqu'à perdre la raison. Dans la littérature italienne il y a également Dante Alighieri et Alberto Moravia qui m'intéressent beaucoup. À côté de cela, quelques Algériens sortent du lot.
Justement, quel est votre avis sur la littérature algérienne d'aujourd'hui?
Concernant les auteurs algériens, quatre écrivains occupent le haut du pavé. Il y a le duo Mohamed Dib et Mouloud Feraoun dont l'écriture est plus ou moins semblable. Et il y a Kateb Yacine et Rachid Mimouni qui écrivent très bien, mais deux styles complètement différents. Chez la gent féminine, on retrouve Assia Djebar, avec sa plume superbe. Quant aux autres écrivains, notamment ceux qui ont eu la latitude d'être publiés en France, ils n'écrivent pas pour les Algériens. Leur lectorat s'identifie à la classe huppée et surtout moyenne de la «métropole» moyennant quelques menus strapontins. Ils ont vendu leur âme au diable. Ils n'éprouvent aucun besoin de s'identifier à la société Algérienne. Ils ont honte de défendre leur problème et autre point de vue.
Que signifie l'acte d'écrire pour vous, surtout de nos jours où le nombre de gens qui lisent ne cesse de se rétrécir?
La littérature est un combat permanent pour imposer votre point de vue. C'est à travers l'échange des idécès qu'il se conçoit et se développe. Il faut se battre continuellement et savoir convaincre par les idées novatrices à même d'ouvrir davantage le champ politique aux différents intervenants. On écrit d'abord pour soi-même, pour affiner son point de vue et se développer. Mais aussi pour «distraire» le public et lui apprendre à ne jamais s'écarter de la morale citoyenne qui fait notre force, en dépit qu'il consolide cette ancestrale tradition. La plume savante fait fonction d'ambassadrice de la région, en dehors de la culture qu'elle ne cesse de véhiculer. Les plus belles plumes du pays sont comme un jeu de lumière dans un ciel bleu azur.
Nous sommes à la veille du Sila, auquel vous participez régulièrement, peut-on avoir votre avis sur cet évènement culturel grandiose?
Fort heureusement, il y a le Salon International du Livre Alger (Sila) où se croisent, se réunissent et se rencontrent toutes les plumes du pays. C'est un espace privilégié d'échanges et de concertation sur les questions qui touchent au plus haut point la profession avec l'ensemble de ses démembrements. Nous abordons une pente très dangereuse de l'édition qui se répercutera forcément sur l'écrivain, le dernier de la chaîne à subir les contrecoups de la crise latente qui secoue de plein fouet le monde de l'édition. Le monde de l'édition n'est pas lucratif que tout un chacun connaît. Il se doit d'être soutenu par l'Etat. Seulement il doit profiter à ces plumes humbles et dans le besoin.


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