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La France refuse la repentance
DESCENDANTS DE BOUGNOULS ET AUTRES BAMBOULAS
Publié dans L'Expression le 14 - 05 - 2007

«Nul lieu du Monde ne peut s'accommoder du moindre oubli d'un crime, de la moindre ombre portée. Nous demandons que les non-dits de nos histoires soient conjurés pour que nous entrions tous ensemble, et libérés, dans le Tout-Monde. Ensemble encore, nommons la traite et l'esclavage perpétrés dans les Amériques: crimes contre l'humanité.» Wole Soyinka (Prix Nobel de littérature)
Le 10 mai était fêté à Paris et en grande pompe l'abolition de l'esclavage. Deux présidents côte à côte, le sortant celui qui fit de sa présidence une certaine humilité envers les fautes de la France, et le fraîchement élu, qui ne renie rien de la grandeur de la France et qui demande aux Français de tourner le dos à la repentance. Qu'est-ce que l'esclavage? Cette plaie qui nous vient des âges et que tous les peuples et toutes les religions ont, d'une façon ou d'une autre et à des degrés divers, appliqué.
Le terme esclavage vient du latin sclavus déformation de slavus (le slave). Il serait apparu au Haut Moyen âge à Venise, où la plupart des esclaves étaient des Slaves. Selon la définition du dictionnaire Larousse, être esclave signifie: être une «personne de condition non libre, considérée comme un instrument économique pouvant être vendu ou acheté, et qui est sous la dépendance d'un maître». L'esclavage existait déjà dès l'avènement des civilisations,notamment, dans l'Egypte des pharaons. Dans l'antiquité gréco-latine, les esclaves européens étaient presque toujours Européens eux-mêmes. À l'apogée de l'empire romain, Rome comptait environ 400.000 esclaves, le plus connu fut Spartacus. Certains artistes de l'Antiquité, comme le fabuliste Esope, étaient des esclaves affranchis. À Rome, l'écrasante majorité des gens de métiers, des paysans aux intellectuels les plus reconnus, étaient esclaves. «La démocratie» grecque des Patriciens fonctionna grâce à...l'esclavage.
La légitimation de l'esclavage
Tout commence avec la malédiction de Cham qui fait l'objet de l'épisode rapporté en: Genèse 9,22 -27: Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et avertit ses deux frères au-dehors. Mais Seon et Japhet prirent le manteau, le mirent tous deux sur leurs épaules et, marchant à reculons, couvrirent la nudité de leur père; leurs visages étaient tournés en arrière et ils ne virent pas la nudité de leur père. Lorsque Noé se réveilla de son ivresse, il apprit ce que lui avait fait son fils, le plus jeune. Et il dit: Maudit soit Canaan! Qu'il soit pour ses frères le dernier des esclaves! Le Judaïsme a admis l'esclavage pourvu qu'il ne soit pas au détriment d'un autre Juif. De fait, toutes les grandes compagnies négrières au XVIIe et XVIIIe siècles avaient comme intendants et banquiers des Juifs, notamment dans les Indes néerlandaises
Dans la religion chrétienne, les Noirs faisaient l'objet du même ostracisme; Bossuet- un homme d'Eglise au XVIIIe siècle, par une rhétorique alambiquée se fait le confident de Dieu, il écrit: «Condamner un Etat qui pratique l'esclavage, ce serait condamner le Saint Esprit qui ordonne aux esclaves, par la bouche de Saint Paul, de demeurer dans leur état, et n'oblige point les maîtres à les affranchir»! Les papes sont complices de cette haine raciale. Ils sont même parmi les ténors. En 1454, le pape Nicolas V autorise au roi du Portugal à pratiquer la Traite. Une bulle du pape condamne en théorie, l'esclavage mais dans les faits, c'est différent. Le Pape Grégoire XVI n'avait pas condamné l'esclavage. En 1885, les puissances européennes se partagent l'Afrique. Le pape Léon XIII sanctifie la rencontre de ces nations: «Dieu a créé cette terre pour nous, Amen». Entre 1939 et 1958, pendant son pontificat, Pie XII ne voudra jamais des gardes noirs au Vatican.
En terre d'Islam - l'esclavage existait bel et bien- Cependant, l'esclave est, dit-on, victime d'un malheur temporaire, il peut recouvrer sa liberté s'il paye la rançon ou s'il s'acquitte par sa force de travail de sa dette pendant un certain nombre d'années. Il est dit dans le Coran «Il n'y a pas de différence entre un Arabe et un Noir [a'djami] sinon par la piété». On peut globalement avancer que l'idéologie n'intervient pas. Nous avons, d'ailleurs, vu des «esclaves» refuser de repartir dans leur patrie d'origine, mais s'installer définitivement et faire souche à Alger du temps de la régence. Certains eurent de hautes charges honorifiques. D'Aranda rapporte, d'ailleurs, que les Chrétiens avaient la possibilité de s'acheter eux-mêmes.(1) Dans le même ordre d'idées, Fisher rapporte le cas de l'esclave américain, James Cathcart, qui, à la fin du XVIIIe siècle, après avoir aussi exercé des activités commerciales, se hissa au poste de «secrétaire chrétien» du Dey(2)
En Europe, la règle des 3 C [Christianisation, Commerce, Civilisation] s'applique plus que jamais aux Noirs et aux colonisés. Le pont est jeté avec la Grèce et Rome: l'esclavage romain était une déshumanisation de la personne, Aristote fut le premier à parler de «cheptel humain». Par la suite, dans ce fameux siècle des lumières dont il faudra bien un jour faire l'autopsie, des philosophes que nous avions -à tort- mis sur des piédestaux tant ils sont brillants étaient...de vulgaires «négriers». Voltaire participe, ainsi, à la bestialisation du Noir.: «Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Les Nègres et les Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce.» (Essai sur les moeurs et l'Esprit des Nations) Dans le livre «De l'esprit des Lois», Montesquieu montre ses insuffisances: «Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre...» L'ambiguïté du discours des philosophes français pourrait se résumer ainsi: L'esclavage est un mal nécessaire. C'est une institution barbare, mais elle est juste pour certains hommes -les non-blancs-. Montesquieu, dans L'esprit des lois, décrète que l'esclavage est inadmissible et justifié pour des sociétés non européennes: «Il faut borner la servitude naturelle à certains pays particuliers de la Terre». Il fonde l'esclavage sur la raison économique: «le sucre coûterait très cher si on ne faisait pas travailler des esclaves dans les plantations».
Diderot suggère de faire bêcher les Noirs en cadence pour lutter contre leur mélancolie et accroître en même temps leur rendement. Rousseau ne souffle pas un mot sur l'esclavage lié à la traite franco-africaine. Le cas de la traite triangulaire ne figure pas dans l'inventaire de son livre «Le Contrat social» et dans le «Discours sur l'origine de l'inégalité». Pour Hegel: «L'homme en Afrique noire, vit dans un état de barbarie et de sauvagerie qui l'empêche encore de faire partie intégrante de la civilisation...» En définitive, ont peut affirmer que ce «siècle des Lumières» fut, en réalité, un véritable «siècle des ténèbres» pour la dignité humaine des colonisés.
Pour codifier les relations devant prévaloir dans les colonies, sous l'impulsion de Colbert, Louis XIV promulgue le Code Noir. Ce dernier est un recueil d'une soixantaine d'articles promulgués en 1685. Il rassemble toutes les dispositions réglant la vie des esclaves noirs dans les colonies françaises. L'article 44 proclame: «Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n'avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers». Il ne jouit d'aucune capacité juridique, à la différence des serfs du Moyen âge.
C'est la mère qui transmet la condition juridique précisant que «si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles suivent la condition de leur mère, et que si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement» et donc par évidence, «les enfants qui naîtront de mariage entre esclaves seront esclaves». L'écrasante majorité des articles concernent les devoirs des esclaves, et les punitions qui leur sont réservées s'ils les enfreignent. Parmi elles, la peine de mort pour avoir frappé son maître, pour vol, pour la troisième tentative d'évasion, ou enfin pour réunion. L'amputation d'une oreille ou d'un «jarret», le marquage au fer chaud de la fleur de lys et évidemment la mort sont autorisés. «Pourront seulement les maîtres, lorsqu'ils croiront que leurs esclaves l'auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes».
Le professeur Louis Sala-Molins, écrit que le Code noir est «le texte juridique le plus monstrueux qu'aient produits les Temps modernes. Le Code noir table sur une possible hégémonie sucrière de la France en Europe. Pour atteindre ce but, il faut prioritairement conditionner l'outil esclave.»(4).
La Révolution française redécouvre, pour un temps, la nécessité de la dignité de l'homme. Le 4 février 1794, la convention républicaine décrète l'abolition de l'esclavage. Le 30 florial an X (1802), les décrets d'annulation sont annulés par Napoléon Bonaparte. Ce n'est que le 4 mars 1848 que l'esclavage est aboli sur le papier. En fait, dès le 26 octobre 1848, l'Administration montre sa duplicité. En réalité, il n'est fait aucun cas du décret de 1848 comme le confirme une décision du gouverneur du Sénégal du 14 novembre 1857 favorable à ce négoce qui souligne que l'application du décret du 27 avril 1848 est intempestive. En 1912, le gouverneur Angoulvant écrit: «La principale raison d'être de notre établissement dans ces régions est la mise en valeur du pays par l'indigène qui l'habite et à son profit...»(5).
L'une des preuves, a contrario, de la continuité de l'esclavage est l'animalisation du noir colonisé. Pendant près d'un siècle, les «zoos humains», exposition ethnologique, restent des sujets tabous dans les pays des droits de l'homme et de «l'Habéas Corpus».
De fait, dans ces «zoos» des individus exotiques sont exposés en même temps que des animaux sauvages derrière des grilles pour un public avide de sensations fortes. Frantz Fanon, décrit le comportement du colon vis-à-vis du colonisé comme celui d'un maître en face d'un animal. «Parfois, écrit-il, ce manichéisme va jusqu'au bout de sa logique et déshumanise le colonisé. A proprement parler, il l'animalise. Et, de fait, le langage du colon quand il parle du colonisé est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, au grouillement, au pullulement, aux gesticulations.
Le colon, quand il veut bien décrier et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire»(3). Il n'est pas étonnant que plus tard, on parle du beur et de sa tribu, et un ministre de gauche parle de «sauvageons» pour désigner les descendants, qu'il faut naturellement karchériser pour les faire rentrer dans la cage, je veux dire dans le rang...
Certain d'être la créature parfaite, l'Européen toise cet Autre, qui ne peut être qu'un brouillon ou une copie bâclée, ou une ébauche, comme l'avait écrit Gobineau. Le Docteur Charles Richet, prix Nobel de médecine en 1913, dans la foulée du susdit Gobineau, écrit: Avant tout, il faudra éviter tout mélange des races (...) Nous créons parmi les races qui peuplent la Terre une véritable aristocratie, celle des Blancs de race pure, non mélangée avec les détestables éléments ethniques que l'Afrique et l'Asie introduisent parmi nous.(6) Pour Renan: La nature a fait une race d'ouvriers. C'est la race chinoise sans presque aucun sentiment d'honneur; une race de travailleurs de la terre, c'est le nègre: une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. (7)
Par la suite, pour le remplacer, une autre forme d'asservissement est mise en pratique, le Code de l'indigénat en Algérie [1880] copié dans ses fondements sur le Code noir. Le Code de l'indigénat distinguait deux catégories de citoyens: les citoyens français (de souche métropolitaine) et les sujets français, soumis au Code de l'indigénat. Les Algériens étaient privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques; ils ne conservaient au plan civil que leur statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière. Le Code de l'indigénat en Algérie était assorti de toutes sortes d'interdictions dont les délits étaient passibles d'emprisonnement ou de déportation. Ce système d'inégalité sociale et juridique perdura jusqu'en 1946, soit plusieurs années après que les accords de Genève (le 23 avril 1938) eurent interdit toute forme de travaux forcés. Cette assignation à l'origine ethnique ou religieuse, qui maintient le musulman converti dans le statut de l'indigénat tant qu'il n'a pas fait l'objet d'une naturalisation, montre le caractère ethnico-politique, voire religieux de ce statut.
Le mythe de la race blanche
Le XIXe siècle n'a fait que prolonger un mythe qui était dans l'air: la race blanche supérieure et son devoir de Civilisation au nom des idéaux du Christianisme et du Commerce. On s'étonne ensuite de l'avènement du IIIe Reich. Pour parler moderne, le nazisme n'est pas une rupture d'avec un long fleuve tranquille, mais assurément une filiation d'un état d'esprit. L'Europe des Renan, Ferry Kipling, Chamberlain, du roi des Belges de l'époque, n'a cessé de marteler ce mythe. Que serait une histoire de France monolithique sans le sang ni les larmes qu'elle a provoqués et que les politiques se devraient d'assumer pour le meilleur et non pour le pire, pour l'apaisement et non pour l'affrontement. L'antirepentance écrit Nicolas Offenstadt, que M.Sarkozy veut construire est une vision globale de l'Histoire de France, en gommant toutes ses aspérités, en laissant dans l'ombre la complexité des événements, les rapports de pouvoirs, les luttes sociales qui les ont forgés. Cela permet de ramener l'identité nationale à une essence, alors même qu'elle est en construction permanente(8).
Les mots d'Aimé Césaire résument plus que tout autre la réalité de l'esclavage et de la colonisation: Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Les «sauvageons» français et européens d'origine ne sont pas dépourvus de Culture et d'histoire. Les «sauvageons» français originaires d'Afrique possèdent un héritage culturel et historique dont ils ignorent les fondements. Seule une histoire apaisée, tolérante, juste et objective permettra de faire le deuil de cinq siècles de barbarie.
1.D'Aranda dans le livre de Sir G; Fisher. The barbary Légend. Editions OPU. Alger. 1991.
2.J.B. Newkirk: The captives. Editions Laporte, Indiana. 1899.
3.F. Fanon: Les Damnés de la terre. Editions Maspéro. 1968.
4.Louis Sala-Molins: Le Code noir ou le calvaire de Canaan, - 1987
5.Claude Garrier: L'abolition de l'esclavage: du mythe de 1848 à la victoire de 1905...1946. http://www.dhdi.free.fr/recherches/etudesdiverses/ articles/garrier.htm
6.Charles Richet. La sélection humaine, Paris, Ed. Alcan, 1919.
7.Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et morale, - 1871
8.L. Van Eeckhout: Opposé à la repentance, M.Sarkozy participe à la commémoration de l'abolition de l'esclavage Le Monde du 10 mai 2007


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