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«Les nouveaux coupables»
CHANGEMENTS CLIMATIQUES EN COURS
Publié dans L'Expression le 22 - 11 - 2007

«Nous voulons que la croissance de la Chine soit considérée comme une opportunité, non une menace. La Chine va-t-elle pouvoir être considérée comme un partenaire en termes de responsabilité globale, notamment au niveau de l'énergie et du changement climatique?» José Manuel Barroso, président de la Commission européenne
Depuis quelques années, l'actualité nous rapporte régulièrement des catastrophes. Nous nous souvenons tous de Katerina car la plus médiatisée. Mais combien de cyclones, de tempêtes du type El Nino ont dévasté des régions entières, voire des pays? Un exemple parmi tant d'autres nous vient du Bangladesh: le cyclone Sidr, qui a frappé ce pays, jeudi 15 novembre, a fait plusieurs milliers de morts. Lundi 19 novembre, le décompte officiel s'élevait à plus de 3000 victimes, mais, selon le Croissant-Rouge, le bilan devrait atteindre 5000 à 10.000 victimes. «Il n'y a ni eau ni nourriture. (...) Les corps flottent dans les rivières et jonchent les rizières», témoigne un instituteur, qui se désole de n'avoir vu aucun sauveteur. «Le cyclone Sidr, écrit Julien Bouissou, est la pire tempête qu'a connue le Bangladesh depuis seize ans: en 1970, le pays avait été ravagé par un ouragan qui avait fait un demi-million de morts, puis, en 1991, par un raz-de-marée qui avait tué 138.000 personnes.»(1)
D'ici à 2030, le monde dépend de l'énergie fossile. Le scénario de référence prévoit que les besoins mondiaux en énergie primaire augmenteront de 55% entre 2005 et 2030, à un taux annuel moyen de 1,8%. La demande atteint 17,7 milliards de tonnes d'équivalent pétrole (tep), contre 11,4 milliards en 2005. Les combustibles fossiles restent la source d'énergie primaire prédominante, puisqu'ils représentent 84% de l'accroissement total de la demande entre 2005 et 2030. Le pétrole demeure le principal combustible utilisé, en dépit de la baisse de sa part dans la demande mondiale, part qui passe de 35 à 32%. L'émergence de la Chine et de l'Inde sur les marchés énergétiques du monde et leurs besoins considérables en énergie sont les points sur lesquels se concentre l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans ses perspectives énergétiques mondiales 2007. L'Agence appelle à un changement radical des investissements vers des technologies énergétiques plus propres et plus efficaces. Le WEO 2007 établit des prévisions jusqu'en 2030 en utilisant trois scénarios différents: un scénario de référence (si les gouvernements du monde entier ne renoncent pas à leurs politiques actuelles), un scénario de forte croissance et un scénario de politiques alternatives. D'après les projections du scénario de référence de l'AIE, les besoins mondiaux en énergie primaire augmenteront de 55% d'ici à 2030 et 45% de ces besoins proviendront de l'Inde et de la Chine.
Dans le scénario de référence, les prévisions montrent que la demande d'énergie primaire de la Chine fera plus que doubler, passant de 1742 millions de tep en 2005 à 3819 Mtep en 2030 -soit un taux de croissance annuel moyen de 3,2%. La Chine, qui est quatre fois plus peuplée que les Etats-Unis, dépassera ces derniers pour devenir le plus gros consommateur mondial d'énergie peu après 2010. En 2005, la demande des Etats-Unis représentait plus du triple de la demande chinoise. Dans la période s'étendant jusqu'en 2015, la demande de la Chine augmente de 5,1% par an, le nombre de véhicules du parc est multiplié par sept, pour atteindre quasiment 270 millions. L'émergence de la Chine et de l'Inde sur les marchés énergétiques du monde et leurs besoins considérables en énergie sont les points sur lesquels se concentre l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans ses perspectives énergétiques mondiales 2007. Pas un mot sur le plus gros pollueur du monde qui caracole à 8 tonnes de pétrole par an. Ainsi, selon un rapport publié par le Center For Global Development (CGD), les Etats-Unis et la Chine sont les plus mauvais élèves en matière d'émissions de CO2 pour la production d'électricité. Selon l'étude qui porte sur 50.000 centrales électriques dans le monde, chaque année, les producteurs américains d'électricité émettent 2,8 milliards de tonnes de CO2, suivis de près par leurs concurrents chinois avec 2,7 milliards de tonnes.
La consommation d'énergie de l'Inde devrait elle aussi, afficher une croissance rapide. La vive expansion économique continuera également à tirer la demande énergétique de l'Inde à la hausse, augmentant ainsi la part du pays dans la consommation mondiale d'énergie. Dans le scénario de référence, la demande d'énergie primaire de l'Inde fait plus que doubler d'ici à 2030, son taux de croissance étant de 3,6% par an en moyenne. Le charbon reste le principal combustible utilisé en Inde, et sa consommation sera presque multipliée par trois entre 2005 et 2030. Le nombre d'Indiens qui utilisent la biomasse pour le chauffage des locaux et la cuisson des aliments chute de 668 millions en 2005 à environ 470 millions en 2030, tandis que la proportion de la population ayant accès à l'électricité progresse pour atteindre 96% à cet horizon, contre 62% en 2005. Même si les recommandations du scénario de politiques alternatives sont appliquées, «le monde dépend de l'énergie fossile d'ici à 2030», et les émissions globales de CO2 en 2030 seront encore supérieures de 25% par rapport à celles d'aujourd'hui. La Chine et l'Inde sont les géants émergents de l'économie mondiale. Le rythme sans précédent de leur développement économique nécessitera toujours plus d'énergie mais transformera les conditions de vie de milliards de personnes.(2)
Pourquoi l'AIE et l'Union européenne diabolisent ces pays qui font des efforts louables pour augmenter l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, tout en ne compromettant pas leur développement? A juste titre, la Chine estime que son développement ne doit pas être entravé et que les pays industrialisés portent une responsabilité historique plus importante dans le réchauffement climatique. D'après un rapport du Worldwatch Institute: «Powering China's Development: The Role of Renewable Energy» publié mercredi 14 novembre 2007, la superpuissance asiatique émergente devrait dépasser les leaders mondiaux dans la production d'énergie éolienne et solaire en Europe, au Japon et en Amérique du Nord dans les trois prochaines années. A partir de 2020, 15% de l'énergie serait d'origine renouvelable et en 2050, ce chiffre serait de 30%. Plus de 50 milliards de dollars ont été investis dans le monde pour les énergies renouvelables et la Chine prévoit de dépenser à elle seule, 10 milliards de dollars. En 2006, les capacités en énergies éoliennes ont été doublées.La Chine est le leader mondial avec 40 millions de chauffe-eau solaires. D'ici 2020, les capacités seront multipliées par 3!
Que prévoit le Giec?
Selon les meilleures estimations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), la concentration en CO2 correspondrait à une élévation de la température moyenne de quelque 3 ºC en regard du niveau de l'ère préindustrielle. Pour limiter à 2,4 ºC au maximum la hausse moyenne des températures mondiales -à savoir la plus faible de tous les scénarios du Giec- la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère devrait être stabilisée à environ 450 ppm. Une action collective s'impose pour relever les défis planétaires dans le domaine de l'énergie. L'arrivée de la Chine et de l'Inde comme acteurs majeurs sur les marchés énergétiques mondiaux devrait inciter encore plus tous les pays à prendre d'urgence des initiatives décisives en vue de modérer la demande galopante d'énergie. C'est le temps, et non les ressources naturelles ni les capitaux, qui manque le plus au regard de la situation de la planète. Nombre des mesures qui sont à notre portée pour pallier l'insécurité énergétique peuvent également contribuer à atténuer la pollution locale et le changement climatique, et inversement. On remarquera que le Giec, contrairement à l'AIE, demande à tous les pays de réduire leurs consommations
Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) a publié son «miniguide», samedi 17 novembre, son 4e rapport, en prévision des négociations-clés à l'ONU appelant à une action rapide pour éviter une augmentation catastrophique du niveau des mers et l'extinction des espèces. Le rapport de synthèse rassemble les travaux des trois précédents rapports AR4 publiés courant 2007, concernant: l'origine anthropogénique du réchauffement de la planète, les répercussions probables du changement climatique, notamment sur la population pauvre, et les options pour lutter contre le changement climatique.
«En moyenne mondiale, le niveau de la mer a cru depuis 1961 à une vitesse moyenne de 1,8 mm/an et depuis 1993 de 3,1 mm/an, à cause de la dilation thermique et de la fonte des glaciers, des inlandsis et des calottes glaciaires polaires.» Le résumé met également en garde contre une baisse de 5% du PIB mondial, une diminution de 50% du rendement agricole en Afrique, la destruction de la forêt amazonienne, les sécheresses importantes, la désertification, les inondations et les violentes tempêtes. Par ailleurs, encore plus alarmant, le Giec avertit les dirigeants de la planète des risques du réchauffement climatique à l'approche de la conférence qui se tiendra du 3 au 18 décembre, à Bali, en Indonésie. Le Giec prévoit une hausse de température moyenne comprise entre 1,8 et 4 degrés, pouvant aller jusqu'à 6,4 degrés en 2100 par rapport à 1990. «Tous les pays» en subiront les conséquences. Des événements climatiques tels que les canicules, les sécheresses ou les inondations seront plus fréquents. Une fonte accélérée des glaces des pôles, due au réchauffement de la planète, sera responsable de la montée du niveau de la mer. De plus, une étude de l'université américaine de l'Ohio révèle que la montée du niveau des mers en raison du réchauffement climatique pourrait absorber l'eau potable souterraine. Il estime ainsi que la perte d'eau douce peut être de 40% supérieure à ce que l'on s'attend. Ce constat est d'autant plus alarmant quand on sait qu'il faut très peu d'eau salée pour rendre l'eau potable impropre à la consommation...Par ailleurs et pour tenter de protéger la biodiversité, quatre-vingts spécialistes de la biodiversité ont appelé les gouvernements à se joindre à un mécanisme international d'expertise créé sur le modèle du Giec (Groupe intergouvernemental sur l'évolution climatique), à l'issue d'une réunion qui s'est tenue, du jeudi 15 au samedi 17 novembre, à Montpellier. Une telle structure permettrait de fournir aux hommes politiques et aux acteurs économiques une expertise scientifique sur la biodiversité et les dangers qui la menacent. Le comité de pilotage d'IMoSEB souhaite que le nouvel organisme tienne compte des avis de l'Evaluation des écosystèmes pour le millénaire. Lancé à la demande du secrétaire général des Nations unies, en 2000, ce programme de recherches a abouti à un rapport, dressé par 1360 experts, recensant les connaissances sur les services que les hommes tirent de la nature. Son bilan est très pessimiste: il relève qu'environ 60% des services fournis par les écosystèmes et qui permettent la vie sur Terre sont déjà dégradés ou surexploités.(3)
Et l'Algérie dans tout ça?
«L'Algérie dispose vraiment d'un important potentiel de développement, mais je vois qu'il n'y a pas un processus pour mettre à profit ce potentiel, par exemple, un vrai projet pour les jeunes pour qu'ils voient leur avenir ici dans leur pays.» C'est en ces termes que le président de la République fédérale d'Allemagne, M.Horst Köhler, en visite à Alger, décrit l'Algérie, ses potentialités et sa jeunesse. L'importance de l'Algérie, le président allemand la voit aussi dans «sa force intellectuelle». «L'Allemagne ne veut pas être seulement un acheteur de pétrole et de gaz, mais elle veut également ouvrir son marché énergétique à l'Algérie», explique M.Köhler.
Outre l'installation des centrales solaires dans le Sud algérien, le projet de réalisation d'un câble électrique long de 3000km, devant relier Adrar à la ville allemande d'Aachen, sera lancé. L'Algérie et l'Allemagne s'engagent dans la coopération dans le domaine de la «sécurité énergétique et la protection de l'environnement». Le projet prévoit l'installation de centrales solaires dans le Sud algérien. Celles-ci auront une capacité de production pouvant aller jusqu'à 6000MW d'énergie électrique. Ce projet nécessite, selon les Allemands, un budget oscillant entre 12 et 18 milliards d'euros. Une stratégie énergétique qui miserait sur le solaire ne compromettrait pas l'avenir des générations futures en leur laissant une part des ressources fossiles.
En conclusion, le monde industrialisé qui veut freiner la Chine, l'Inde et les PVD ne veut rien céder de son confort. A titre d'exemple, la consommation d'électricité double et sa part dans la consommation énergétique finale est portée de 17 à 22%. Un investissement de quelque 22.000 milliards de dollars est nécessaire. Ce sera un défi majeur que de mobiliser un tel volume de capitaux. Il faut savoir qu'au plus 1000 milliards de dollars seront investis durant les 20 prochaines années dans les énergies renouvelables.
C'est dire que les énergies fossiles continueront à mobiliser la quasi-totalité des investissements (95%). Pourtant, Fatif Birol, l'économiste en chef de l'OCDE, pense: «Si les Etats se mettent à encourager les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique ou développent le nucléaire, la demande n'augmentera que de 1,3% par an au lieu de 1,8%. Ce qui représenterait, en 2030, une économie de 14 millions de barils par jour!» La question qui se pose est de savoir si l'Américain qui consomme 8 tep/an est deux fois plus heureux que l'Européen -même niveau de vie- qui n'en consomme que 4.
Que devient alors l'Africain qui consomme 0,4 tep? Est-il heureux et est-il responsable des changements climatiques provoqués par les pays occidentaux? Les grands de ce monde qui se réuniront à Bali en décembre seraient inspirés de poser le problème éthique suivant: ne peut-on pas penser un fonds mondial contre les catastrophes climatiques dans lequel les pays contribueraient au prorata de leur consommation énergétique. Au-delà du slogan «Pollueur-payeur», ce serait assurément pour le monde le commencement de la sagesse.
1.Julien Bouissou Bangladesh: «Le cyclone Sidr fait plusieurs milliers de morts et dévaste la mangrove». Le Monde du 19.11.2007
2.World Energy Outlook 2007 China and India 7 novembre 2007
3.Christiane Galus. Des experts appellent les gouvernements à créer un «Giec de la biodiversité»: Le Monde du 19.11.2007


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