"Ainsi soit-il, amine ya Rab El-Alamine !" C'est par cette prophétie que se termine le dernier texte posthume de ce juste parmi les justes, en prologue de la présentation du dernier album de Rédha Doumaz. Cela fait quarante jours que nous a quittés M'hand Kasmi, à 60 ans. Conscient de la gravité de sa maladie, il s'était drapé d'une dignité et d'un courage qui nous ont sidérés, en usant de son humour décapant pour nous donner du courage. M'hand est né et a vécu pour alléger les souffrances des autres. Il a vécu pour apprendre et transmettre avec talent et générosité, sans attendre ni lauriers ni privilèges. Sa vision limpide sur tous les sujets qui touchent à notre pays. Sa lucidité sur le déclin de notre pays, rattrapé par la prébende et les prédations multiples et variées. Son infinie douceur à évoquer les martyrs, qui ont sacrifié leur vie et leur corps meurtri pour que vive l'Algérie libre et indépendante. L'immensité abyssale de ses connaissances sur la culture et l'histoire dans toutes leurs formes d'expression. Son honnêteté intransigeante et son sens élevé de l'Etat et du devoir, son rire tonitruant qui cache son mal-être de toutes les souffrances subies à cause d'une administration qui avait programmé sa mort avant l'heure. Son infinie patience, douloureusement entachée par les traîtrises et le dédain d'un système qui l'a arraché à son destin de haut cadre de la nation algérienne. Sa fierté à évoquer ses années à l'ENA côtoyant ceux qui ont eu plus de "chance" que lui, son itinéraire de commis de l'Etat, durant lequel il a bravé le terrorisme en s'acquittant de ses missions avec brio, ne concédant rien, ni aux difficultés ni à la fatalité. Son immense énergie féconde à diriger des projets littéraires associés à une intransigeance sans concession ni sur le fond ni dans la forme. Son amitié fraternelle qui m'a servi de repère, qui m'a interpellé sur les valeurs humaines en perdition, sur le regard qu'il portait sur les hommes dans leur magnificence et leurs faiblesses. Toutes ces richesses sont parties à jamais et ne subsisteront que les souvenirs de moments extraordinaires d'intensités partagées avec un grand Monsieur que toute l'Algérie a perdu. Il était ainsi, discret, charmeur, usant de mots et métaphores en finesse pour "rendre la politesse à ceux qui en manquaient". Ayant eu le privilège de l'avoir côtoyé régulièrement et d'avoir sollicité avec bonheur son expertise sur les projets touchant à l'édition, je suis en deuil de l'ami, du grand frère que nous perdons, et sa disparition aura pour effet d'éteindre une voix irremplaçable pour clamer à la face du monde entier la grandeur de son pays et la beauté de son village natal, Toudja, dont il a contribué à l'essor de son Musée de l'eau. Son souvenir me hante et sa disparition me laisse orphelin. Je fais le serment de raviver sa mémoire autant que mon énergie puisse me le permettre. Djamel Touati, Editeur Nom Adresse email