Le président de la Cncdpdh a déclaré être favorable au maintien de l'état d'urgence jusqu'au rétablissement total de la sécurité. L'affaire des disparus connaîtra-t-elle un jour son épilogue ? Son traitement hasardeux et plein d'a priori ne préfigure guère une issue rapide et à la hauteur des revendications et des espérances des familles. Pourtant, en intervenant, hier, au forum hebdomadaire d'El Moudjahid, le responsable de la formation ad hoc mise sur pied par le chef de l'Etat a affirmé qu'il “est nécessaire de dire la vérité aux parents des disparus”. “Cette question n'est plus taboue”, a assuré maître Farouk Ksentini. Egalement en charge de la Commission nationale consultative de défense et de promotion des droits de l'Homme (Cncdpdh), l'avocat a profité de sa présence au forum pour donner un aperçu du rapport annuel sur la situation des droits de l'Homme qu'il présentera incessamment au président de la République. Tout un chapitre est consacré à l'inextricable problème des disparitions forcées. À titre d'indication, le nombre de dossiers en cours d'examen s'élève, selon lui, à 5 200. Outre la polémique suscitée par les chiffres, la prise en charge de cette affaire prête à confusion. En effet, si Me Ksentini s'engage à dire la vérité aux familles et leur promet réparation, il ne précise pas de quelle façon il compte retrouver les traces de leurs enfants. “Ce n'est pas une commission d'enquête”, a-t-il précisé devant une nombreuse assistance constituée de représentants du corps diplomatique, de personnalités, de magistrats et d'avocats. C'est d'ailleurs l'un de ses confrères qui l'interpellera sur le rôle exact de la formation ad hoc. L'animateur du forum s'est contenté de révéler qu'il a exploré le sujet il y a deux ans avec le chef d'état-major, le général Lamari avec lequel il a eu un entretien d'une heure et demie et tout récemment avec des membres du gouvernement, Yazid Zerhouni et Tayeb Belaïz, respectivement ministres de l'Intérieur et de la Justice. Après avoir également rencontré l'ex-Chef de gouvernement Redha Malek et la porte-parole du Parti des travailleurs Louisa Hanoune, il compte élargir la consultation à d'autres partis politiques et à des personnalités comme l'ancien président Ben Bella et les avocats Mohand Issad, Ali Yahia Abdenour et Miloud Brahimi. Qu'en sortira-t-il ? Les responsabilités seront-elles établies ? D'après Me Ksentini, contrairement aux “allégations” des familles, l'Etat n'est aucunement coupable. En guise d'argumentaire, il a fait un bref exposé de la décennie noire durant laquelle le pays a été projeté dans un climat de chaos si bien que “la chaîne de commandement a déraillé”. “C'est à des agents de l'Etat que sont imputables les disparitions”, a-t-il certifié. À en croire le président de la Commission des droits de l'Homme, il s'agit donc de responsabilités individuelles. “Les institutions sont hors de cause. On ne saurait reprocher à l'Etat d'avoir combattu le terrorisme par un contre-terrorisme”, a-t-il martelé. En revanche, l'orateur a chargé les groupes armés qu'il rend coupables d'une partie des enlèvements. Certains des disparus sont, selon lui, des terroristes ayant gagné le maquis. La mise à contribution de repentis pour la localisation de charniers conforte ses assertions. Sur un tout autre sujet, la liberté de la presse, l'avocat nourrit presque les mêmes certitudes. L'emprisonnement du directeur du quotidien Le Matin n'est pas lié à “ses écrits”. “Il lui est reproché un transfert illégal de fonds à l'étranger”, a-t-il expliqué. Contestant vaguement le motif de la détention du journaliste, il s'élève, en revanche, contre sa mise sous mandat de dépôt. La détention préventive abusive et l'irrespect de la présomption d'innocence constituent d'ailleurs deux des griefs contenus dans son rapport sur la situation des droits de l'Homme. Les autres insuffisances se rapportent pêle-mêle au dysfonctionnement du système judiciaire, l'usage de la torture par les services de sécurité, la pratique de la corruption à grande échelle… En dépit de ces atteintes, Me Ksentini est favorable au maintien de “l'état d'urgence” jusqu'au rétablissement total de la sécurité. Sur un autre chapitre, il approuve l'abolition de la peine de mort. S. L.