Plusieurs villes du monde, dans tous les continents, se sont mises hier à l'heure de Paris, qui abritait ce qu'il convient d'appeler une marche mondiale contre le terrorisme. Une marche qui fera date. Et qui changera bien des choses. Paris était la capitale du monde, pour la journée d'hier, à l'occasion de "la marche républicaine" contre le terrorisme à laquelle ont pris part environ 1,5 million de personnes de tous bords, qu'ils soient chefs d'Etat et de gouvernement de pays étrangers, des personnalités politiques ou de simples citoyens, en hommage aux victimes des attaques terroristes perpétrées mercredi, jeudi et vendredi derniers à Paris. "Je suis Charlie, juif, policier" ; "Liberté, égalité, dessinez, écrivez" ; "Je suis musulman mais pas terroriste". C'est en scandant ces slogans et d'autres que les marcheurs ont battu le pavé des rues de Paris, tandis que d'autres capitales européennes et mondiales connaissaient d'autres manifestations pour dénoncer le terrorisme et rendre hommage aux 17 personnes tuées dans les attentats ayant frappé la capitale française. Fait inédit dans l'histoire de l'humanité, plus de 44 chefs d'Etat ou de gouvernement étrangers ont défilé, côte à côte, lors d'un même événement. Ils formaient une rangée compacte et soudée autour du chef de l'Etat français, François Hollande, qui était en tête de file des marcheurs aux côtés du président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, et de la chancelière allemande, Angela Merkel. Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas marchaient derrière le président français, à quelques mètres l'un de l'autre. Ce fut incontestablement l'une des images marquantes de cette marche. Derrière eux avançaient aussi les manifestants qui ont investi les places publiques dès les premières heures de la matinée, en attendant l'heure "H" à laquelle allaient s'ébranler les marches suivant les itinéraires qui leur ont été réservés. Et dans bon nombre d'autres villes, notamment Lyon, Bordeaux, Marseille et Perpignan, ainsi que Nice, pour ne citer que celles-là, des marches ont également regroupé environ un million d'autres personnes, autour des mêmes mots d'ordre de dénonciation du terrorisme et de défense de la liberté d'expression. Presque simultanément, partout en Europe et dans le monde, des manifestants ont battu le pavé en ce dimanche qui fera certainement date. La Marseillaise chantée à Madrid, le drapeau français hissé à Londres et les fameuses pancartes "Nous sommes Charlie" brandies un peu partout en Europe et dans d'autres villes du monde : un élan de solidarité spontané s'est incontestablement tissé autour de la France endeuillée. À Bruxelles, quelque 20 000 personnes ont marché sous le slogan "Ensemble contre la haine", à l'appel d'un rassemblement citoyen. À Berlin, ils étaient 8 000 à 9 000 devant l'ambassade de France, où des bougies et des fleurs avaient été déposées depuis mercredi. Dans la matinée, c'est Madrid qui a donné le coup d'envoi avec plusieurs centaines de personnes rassemblées à la Puerta del Sol pour observer plusieurs minutes de silence, avant d'entonner l'hymne français et de déployer un grand drapeau bleu-blanc-rouge. À Stockholm, ce sont 3 000 personnes qui ont bravé la neige et des températures en dessous de zéro - tout comme les quelques centaines à Oslo - pour brandir des stylos ou allumer des bougies, en une vigile silencieuse. À Vienne, 12 000 personnes ont défilé. En Grèce, 500 personnes ont marché à Athènes sur la place Syntagma, au pied du Parlement, et un millier à Thessalonique, avec des pancartes en grec et en français, "Eimai Charlie" (je suis Charlie). À Londres, plus d'un millier de personnes se sont réunies à Trafalgar Square, dressant leurs crayons vers le ciel et munis de pancartes "Je suis Charlie". Le vice-Premier ministre britannique, Nick Clegg, était également présent, et à partir de 16h GMT, la mairie de Londres devait illuminer la façade de National Gallery, les fontaines de Trafalgar Square, ainsi que le Tower Bridge aux couleurs du drapeau français. Hors Europe, 500 personnes ont participé à une cérémonie d'hommage organisée par la mairie de Jérusalem. En Afrique, 200 à 300 personnes ont manifesté à Bujumbura, la capitale burundaise, pour "un refus de la violence". En Amérique, des marches silencieuses étaient prévues à Washington et New York, ainsi que dans plusieurs villes du Canada. A. R.