Tunis affirme disposer d'informations que d'autres attaques de grande ampleur pourraient avoir lieu dans les jours et semaines à venir. Les forces de sécurité tunisiennes ont poursuivi hier leurs opérations de traque, à Ben Guerdane et ses environs, des terroristes qui se sont échappés, après la triple attaque de lundi matin. Le nombre de terroristes en fuite se situerait entre 10 et 15 personnes, selon les autorités, sur un total d'une cinquantaine qui auraient mené des attaques inédites contre une brigade de la gendarmerie, un poste de police et une caserne militaire. Des engins explosifs ont pu être neutralisés dans plusieurs endroits de la ville, a rapporté la presse locale. Des caches d'armes, trois au total, ont été découvertes, a indiqué le Premier ministre Habib Essid, lors d'une conférence de presse, a rapporté l'agence officielle la TAP. "Des informations très importantes" ont été arrachées aux sept terroristes qui ont été capturés lundi, a ajouté le Premier ministre. Quatre assaillants ont pu être identifiés sur les 36 terroristes tués. Ils sont de nationalité tunisienne, dont certains ont reçu une formation au maniement des armes et en guérilla urbaine, lit-on sur les sites d'informations tunisiens. La triple attaque de lundi n'est pas étrangère à l'affaire du démantèlement d'une cellule de cinq terroristes, cinq jours auparavant dans la même localité de Ben Guerdane. La découverte de cinq véhicules lourdement équipés de mitrailleuses et d'autres armes a mis les forces de sécurité tunisiennes en état d'alerte maximale. C'est grâce à cette vigilance accrue des corps constitués que l'attaque de l'organisation autoproclamée Etat islamique (Daech) a été repoussée, toutefois, au prix de la mort de 12 membres des forces de sécurité, entre policiers, militaires, ainsi que deux douaniers et sept civils, au moins. Cela a fait dire au gouvernement tunisien que le pays a "remporté une bataille" contre Daech. "Nous sommes prêts pour les autres", a indiqué Habib Essid qui n'a pas manqué d'associer la population de Ben Guerdane à cette victoire. Dans un sens, le gouvernement a toutes les raisons de se réjouir d'une telle victoire. Les membres sécuritaires et militaires ont montré un engagement infaillible lors de leur riposte aux attaques de lundi. Mais cela ne suffit pas pour vaincre le terrorisme dans une Tunisie où la classe politique est trop divisée et pauvre de la confiance du peuple tunisien. Certes, la population tunisienne fait quasiment bloc derrière les forces de sécurité et l'armée, en soutenant leurs actions et en fournissant des informations précieuses pour prévenir des attaques d'ampleur. Mais elle n'observe pas la même attitude face aux agissements d'une classe politique, en manque de vision sociale et économique sur le long terme, et minée par des rivalités personnelles qui amplifient les ressentiments des citoyens. Cinq ans sont passés depuis la fuite de l'ancien président Zine al-Abidine Ben Ali, période durant laquelle le pays a sombré dans la crise économique, causée en partie par la dégradation de la situation sécuritaire. L'incapacité du gouvernement à apporter des solutions rapides et fiables aux problèmes posés ont creusé le fossé qui le séparait avec le peuple, ouvrant une brèche à Daech et à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) pour renforcer leur présence et puiser leur force chez les éternels laissés-pour-compte de l'ancien régime et les déçus de la "révolution du Jasmin", majoritairement issus de l'arrière-pays. C'est dans cette partie de la Tunisie que les mouvements terroristes ont eu le plus de recrues et disposent de nombreuses positions de repli, d'où ils ont préparé les attaques qui ont visé Tunis et Sousse en 2015. Les attaques de Ben Guerdane sont donc loin d'être un cas isolé. Tunis affirme disposer d'informations que d'autres attaques de grande ampleur pourraient avoir lieu dans les jours et semaines à venir. Beaucoup d'éléments permettent aujourd'hui d'anticiper ces attaques de Daech qui voulait installer son "émirat" à Ben Guerdane. Mais tout est téléguidé de Sebrata, la ville libyenne la plus proche de la frontière tunisienne. D'où l'urgence de résoudre la crise libyenne pour faire taire le bruit des bottes qui réserverait à la Tunisie et toute la région sahélo-nord-africaine le pire des avenirs. Lyès Menacer