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Les entrailles d'oran au grand jour
Drogue, délinquance, crimes et délits
Publié dans Liberté le 07 - 05 - 2005

1 503 crimes et délits, 1 445 personnes arrêtées dont 847 écrouées et 598 autres mises sous contrôle judiciaire ou en liberté provisoire. Tel est le bilan du 1er trimestre 2005. Ces chiffres qui font d'Oran la capitale du crime.
La brume côtière qui enveloppe en cette fin d'après-midi de mai le sommet du Murdjadjo n'altère en rien la beauté de la Corniche qui a toujours su garder son secret pour charmer ses visiteurs. La bénédiction de Sidi El Houari a longtemps plané sur Oran, la protégeant de la violence terroriste qui a marqué au rouge Alger et plusieurs wilayas du pays. Mais il faut reconnaître que cette particularité n'est pas perçue ici comme un avantage. On pense même qu'elle a contribué négativement en donnant lieu à la prolifération de fléaux sociaux devenus aujourd'hui un véritable problème contre lequel les autorités ont décidé de mener une lutte sans merci, même si beaucoup d'obstacles restent à surmonter. La sortie pendant deux jours, initiée par la cellule de communication du commandement de la Gendarmerie nationale avec le concours des responsables du groupement régional, de la wilaya et de la compagnie, dénote on ne peut plus clair la ferme volonté des institutions compétentes d'en finir avec ces fléaux. Outre le bilan des crimes et délits, le lieutenant-colonel Mohamed Tahar Benâamane, commandant le groupement d'Oran, expliquera dans une conférence de presse que les zones chaudes de la mégapole sont l'USTO, qui compte 120 000 habitants et près de 20 000 étudiants avec 3 cités universitaires. “C'est une cité cosmopolite où seule une brigade de gendarmerie opère, d'où une charge importante”, précisera-t-il. Il dira qu'en moyenne 900 arrestations sont enregistrées chaque année au niveau de cette cité. “A sidi Belbachir (50 000 habitants), les choses ne sont pas meilleures. De Sidi Chahmi à Chtaïbi, il faut savoir que c'est une zone illicite où toutes sortes de trafics s'effectuent”, confiera-t-il.
À la question de savoir un peu plus sur la mauvaise réputation de la ville d'Oran en matière de délinquance, le conférencier expliquera que cette dernière est surpeuplée en raison des nombreux visiteurs des 47 wilayas qui y viennent et finissent par s'y installer. Oran est en effet un chantier ouvert et un pôle d'intérêt immense. Il y a aussi les gens qui se rendent dans cette ville pour s'éclater en dépensant beaucoup d'argent. La Corniche connaît chaque soir une animation particulière créée par la kyrielle de boîtes de nuit visitées essentiellement par des gens de passage. Avec 1,6 million d'habitants, Oran voit sa population doubler en été avec l'arrivée en masse des estivants des wilayas limitrophes (Mascara, Sidi Bel-Abbès, Chlef, Tiaret). C'est vrai que dès le 1er juin, le plan Delphine est mis en place, mais disons que les autorités éprouvent durant les trois mois d'énormes difficultés.
Il est 9h ; le capitaine Mohamed Zerrag, chef de compagnie, nous attend pour une descente à Haï Essabah, un des points chauds d'Oran. Une immense cité de la zone dite USTO (Université des sciences et techniques d'Oran). Le coin est connu pour sa criminalité élevée : 10 arrestations en moyenne par jour.
Haï Essabah : mission éclair
Dès notre arrivée, les éléments de la gendarmerie quadrillent le quartier. Les chiens renifleurs excités, mais maîtrisés par leurs propriétaires, sont à l'œuvre. Dans le café, les clients semblent surpris par notre présence. La Betacame oblige certains à se voiler le visage. Les jeunes suspects sont repérés. L'un d'eux, adossé au mur mitoyen au café essaie de se dérober discrètement. Il est vite rattrapé par deux gendarmes qui le passent à la fouille. Ils trouvent un cutter dissimulé dans la poche de son jogging au même moment, un autre jeune fouillé avait un couteau à cran d'arrêt. Ils sont tous les deux embarqués dans le panier à salade. Le scénario se poursuit au niveau de la station de taxis interwilayas. C'est là que le trafic se fait, nous dit-on. Les chiens tenus en laisse vont dans tous les sens. Rien n'est laissé au hasard. Les vendeurs de cigarettes sont fouillés et leurs tables passées à la loupe. “Il y a constamment des prises ici, fera savoir un adjudant de ladite compagnie. La semaine dernière, on a saisi à cet endroit 2,5 kg de kif et différentes devises étrangères. C'est le groupe d'intervention (GIR) qui cerne le périmètre. Il y a quelques jours dans ce quartier, 1 200 comprimés psychotropes ont été saisis. La drogue suit l'axe Oran-Tiaret-Ghardaïa”. Il est vrai qu'Oran n'est qu'à 150 bornes de la frontière marocaine, source de kif, de cannabis et autres drogues. Retour au siège de la compagnie à 10h30. Cinq jeunes descendent du panier à salade. Après les photos, ils passent à l'identification. Quelque peu apeurés, ils sollicitent du regard notre aide. L'un d'eux se tord de douleurs, remis à l'ordre par le gendarme qui lui demandera de cesser la comédie. Il est connu par les services de police et de gendarmerie. L'adjudant nous confie que lui et ses deux frères sont des repris de justice. Et dire que leur sœur est une brillante avocate à la cour d'Oran ! Au cours de l'interrogatoire, on saura qu'il est recherché pour coups et blessures volontaires. Trois jeunes hommes sont en même temps identifiés dans une affaire de trafic de stupéfiants et d'association de malfaiteurs à Sidi Mahfouf. Des armes blanches trouvées sur les lieux d'une rixe sont posées sur la grande table. Une épée et une machette appartenant à deux d'entre eux ont été utilisées lors de la rixe. Un officier dira que ces armes sont souvent laissées sur place. L'Usto demeure le fief des repris de justice et des délinquants de tout acabit. En juin 2004, un groupe de malfaiteurs a été arrêté sur les lieux en possession de 5 kg de TNT. La poudre explosive est enrobée dans des sacs en forme de boudin. Elle avait été volée dans une carrière de plâtre à Fréha. Il faut dire que des choses invraisemblables et inouïes sont quotidiennement constatées ici. Comble du trafic, l'officier de la gendarmerie nous montre un faux billet de 1 million de dollars US, saisi au cours d'une fouille. “Nous sommes constamment sur le qui-vive. Sans ces descentes quotidiennes, la ville plongerait dans l'insécurité totale”, intervient le gendarme. Le capitaine Zerrag sort un album de photos. Un corps humain de sexe féminin, découpé en morceaux. Il s'agit d'un matricide, un crime commis par une femme de 39 ans sur sa mère de 67 ans, aidée dans son horrible forfait par sa fille de 19 ans. Ne pouvant rembourser les bijoux volés à sa vieille maman, la jeune femme prémédite le coup avec sa fille. Elles l'endorment avec 30 comprimés de Temesta mis dans un pot de yaourt. Le reste est un travail de boucher. L'enquête révèle un véritable drame social. La jeune femme (M.S.) est née sous X, sa fille est dans le même cas. Elle appartient a une famille de plusieurs frères et sœurs dont les pères sont inconnus.
À L'Usto, la nuit tous les chats sont gris
La brigade de gendarmerie de l'Usto (19 éléments) est dépassée bien que la situation soit maîtrisable. En 2004, 380 personnes ont été arrêtées. Un chiffre qui représente le tiers de toutes les arrestations de la wilaya d'Oran. Durant le 1er trimestre 2005, il a été procédé à l'arrestation de 176 personnes dont 142 écrouées. 14 kg de kif, 1 026 comprimés de psychotropes, 60 millions de centimes et 2 000 faux dollars ont été saisis. Pour la fausse monnaie, les ressortissants africains sont mis en cause dans la majorité des arrestations.
L'immigration clandestine se pose à Oran avec la même acuité que les villes réputées du sud du pays. “Au cours d'un interrogatoire, deux ressortissants étrangers ont avoué avoir fait le voyage du Bangladesh via le Pakistan, l'Iran, l'Arabie Saoudite, l'Egypte, la Libye pour rejoindre enfin l'Algérie”, dira le chef de compagnie. Bien sûr la situation s'améliore de plus en plus dans ces quartiers grâce notamment au travail de la police. Il y a une complémentarité.
21h30, les véhicules de la gendarmerie font irruption dans la grande cité. L'éclairage public est inexistant. Les gendarmes courent en groupes dispersés. Nous avons du mal à les suivre dans le noir. Les fouilles commencent. Les jeunes constitués en petits groupes devant les bâtiments sont interpellés. On supplie le cameraman de ne pas filmer. Son projecteur éclaire des visages hagards. Certains déclarent n'avoir pas vu de telles scènes auparavant. Les chiens reniflent tous les coins et recoins. Deux suspects sont embarqués pour la compagnie. “C'est la seule moisson pour ce soir”, fera remarquer un gendarme mais il expliquera que ces descentes permettent quelquefois de tomber sur un gros morceau.
Un rapide, nommé trabendo
Jeudi 7h50. Avec quelques minutes de retard, le train démarre, annoncé par une agréable voix féminine qui lance un spot publicitaire sur les performances du rail.
C'est le rapide censé rallier Alger en moins de cinq heures. Quelques kilomètres à peine, les gendarmes passent au boulot. Ils sont aidés par des éléments du détachement d'intervention en tenue de combat ainsi que par d'autres éléments en civil éparpillés à travers les wagons. Leur mission est de veiller à la sécurité des voyageurs mais aussi de surveiller des mouvements suspects. Toutes les places sont occupées. Certaines personnes, bercées par les mouvements ondulatoires sont déjà dans les bras de Morphée. Vérification d'identité, fouille en cas de suspicion. On rassure les familles qui s'interrogent sur la présence des journalistes et d'une caméra.
Il y a beaucoup de jeunes. Des trabendistes qui s'approvisionnent à Zouia (Maghnia). Originaires pour la plupart d'Alger. Les porte-bagages et les couloirs n'arrivent pas à contenir les cabas et autres sacs pleins à craquer. Les gendarmes réclament les documents nécessaires et afférents aux marchandises. On procède à la fouille en vidant le contenu. Des téléphones portables, des chargeurs, des chaussures, des jeans, des sous-vêtements. La saisie est irrévocable. On prend les affiliations et on consigne la marchandise saisie dans un registre. Nous profitons de l'occasion pour discuter avec des jeunes. Ils sont certes surpris par la manière dont s'est effectué le contrôle même si ce n'est pas la première fois que leur marchandise est saisie.
H. K., 23 ans, fait le trajet deux fois par mois. “Il y a des hauts et des bas dans ce métier si on peut l'appeler ainsi. Parfois on s'en sort bien. J'ai mes clients. On s'est lié d'amitié. Il arrive aussi, comme aujourd'hui, de tout perdre en quelques minutes. Je fais cela pour aider ma famille. Ayant perdu mon père, il y a quelques années, c'est à moi que revient la charge de subvenir aux besoins de douze membres de ma famille”. La loi c'est la loi. Les gendarmes exécutent les ordres en la matière. À la gare de Chlef les trabendistes seront réunis en même temps que les marchandises saisies entre les mains des responsables du groupement qui les présentera au procureur, seul compétent à prendre les mesures qui s'imposent. En tout, 16 personnes. 516 téléphones portables de toutes marques avec leurs chargeurs, 106 paires de chaussures 72 jeans ont été saisis. Les familles, qui ont fait le voyage, se sentaient rassurées par la présence des gendarmes.
L'expérience d'Oran mérite d'être généralisée au niveau de la capitale et de toutes les grandes villes du pays. Les résultats sont là pour exprimer clairement que la sécurité des citoyens doit passer obligatoirement par une bonne organisation des services qui en ont la charge. “Nous avons l'intention de donner un coup de pied dans la fourmilière”, dira le colonel Ayoub. “Il y a une grande maffia de la drogue. Notre souci est le démantèlement des réseaux. Nous disposons pour le moment d'une cellule de lutte contre la criminalité. Oran est la capitale du crime, mais les taux de réussite de notre mission sont très encourageants, soit 89% en matière de crimes et 93% pour les délits durant l'année 2004”, enchaînera le lieutenant-colonel Benaâmane. Concernant le foncier agricole, un dossier lourd est pris en charge. 4 100 EAI et EAC vont être passées au peigne fin. Sur 28 communes, 3 sont actuellement sous contrôle (Aïn El-Kerma, El Anceur, Mersa El-Hadjadj).
Les chiffres de l'insécurité
- Oran compte 1,6 million d'habitants
- Plus de 1 million de personnes y transitent par jour
Pour le 1er trimestre 2005
- 4 meurtres
- 2 tentatives de meurtre
- 12 homicides involontaires
- 340 affaires (coups et blessures volontaires)
- 26 affaires (blessures involontaires)
- 16 violations de domicile
- 26 arrestations pour conduite en état d'ivresse, 99 PV pour défaut de permis de conduire, 223 permis retirés (catégorie B. non-port de la ceinture de sécurité).
- 76 permis retirés (dépassements dangereux), 68 permis retirés (homicide et blessures involontaires savec délit de fuite).
- 197 accidents corporels
- 30 accidents matériels
A. F.


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