"Le moment est grave. Nous sommes face à une machine diabolique. Elle ne cessera pas avant d'atteindre son but. Tout peut basculer d'un moment à l'autre", avertit Djamel Zenati. La dernière déclaration du leader du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), Ferhat Mehenni, appelant la population kabyle à la mise sur pied d'un corps de sécurité appelé "les forces de contrainte et de sécurité", n'a pas manqué de soulever un tollé général au sein des militants politiques et autres citoyens de la région de Béjaïa. En effet, au lendemain de cet appel à la création d'une milice armée en Kabylie, de nombreux internautes, issus de divers horizons politiques, ont été unanimes à crier leur indignation face à cette "dérive de trop" du président "autoproclamé" de ce mouvement séparatiste. "Le moment est grave. Nous sommes face à une machine diabolique. Elle ne cessera pas avant d'atteindre son but. Tout peut basculer d'un moment à l'autre", avertit Djamel Zenati, ancien animateur du Mouvement culturel berbère, qui faisait partie également des 24 détenus des événements d'Avril 1980. Cet ancien député du FFS (1997-2002) ne cache pas ses appréhensions quant à une "répression féroce" du pouvoir qui sera justifiée par l'"appel irresponsable invitant les jeunes kabyles à se constituer en milices armées". "Une répression féroce et systématique s'abat sur toute forme d'expression libre. Le pouvoir ne semble pas avoir tiré les leçons de la décennie sanglante ni du printemps noir. Ne cherche-t-il pas par là à donner un fondement légitime à un récent appel irresponsable invitant les jeunes kabyles à se constituer en milices armées ? L'histoire serait-elle sur le point de se répéter ou, plus exactement, de bégayer ?", estime-t-il. Lançant un appel solennel à la population de la région de Kabylie afin de déjouer cette "machination", Djamel Zenati insistera sur la nécessité de "rompre les silences, taire les égoïsmes". De son côté, Sofiane Adjlane, militant actif du Rassemblement pour la Kabylie (RPK), un autre mouvement politique créé par d'anciens membres du MAK, désapprouve sèchement "l'option suicidaire" de Ferhat Mehenni. "L'appel de Ferhat Mehenni est d'abord mal inspiré. Se comparer au général de Gaulle est d'abord une offense à notre propre histoire. Nous avons assez de héros pour ne pas aller chercher dans l'ancienne puissance coloniale", lancera, d'emblée, ce jeune animateur du RPK. Pour lui, l'appel à la constitution de corps de contrainte et de sécurité en Kabylie "n'est, même s'il tente de faire marche arrière aujourd'hui, qu'un appel à la constitution de milices pour imposer son choix aux Kabyles. Cette démarche suicidaire est en rupture totale avec nos traditions de luttes pacifiques. Ce qu'il nous propose aujourd'hui n'est rien d'autre qu'une aventure vers la guerre civile en Kabylie. Cela doit conduire toute la société à réagir pour mettre en échec ce plan dont l'élaboration obéit à des manœuvres des services". "Monsieur le Berzidane autoproclamé, ces mots vous sont adressés par une femme kabyle, algérienne et citoyenne du monde. Je vous dis d'emblée que ma bonne grâce et ma conscience vous disent non ! Je n'accepte pas dans ma Kabylie et dans mon Algérie ces appels guerriers fantaisistes dont vous ne mesurez pas toute la gravité !", écrit Sabrina Zouagui, enseignante universitaire et animatrice du Café littéraire de Béjaïa, dans une lettre ouverte adressée au président du MAK. Avant d'ajouter que "c'est avec bonheur que j'ai découvert le grand artiste que vous êtes. Oui Ferhat, vous êtes un artiste immense et nul ne peut le contester ! Toutes vos chansons sont autant de merveilles artistiques qui devraient vous engager dans des registres beaucoup plus universels et humanistes que cet abject appel à une guerre inutile et destructrice pour cette patrie tant glorifiée dans vos chansons. Quelle déchéance monsieur l'artiste !" Par ailleurs, Mme Zouagui se dit "convaincue" que l'appel de Ferhat Mehenni ne trouvera pas d'écho, parce que "les Kabyles sont beaucoup trop intelligents et responsables pour éviter de tels pièges". Mais, poursuit-elle, "cela n'amoindrit point la gravité de votre bavure qui servira de couverture politique à des franges occultes du pouvoir algérien qui attendent la moindre occasion pour embraser notre Kabylie pacifique et justifier leur répression et leurs exactions". En guise de conclusion, l'enseignante universitaire de Béjaïa notera ceci : "Je suis heureuse que Kateb Yacine, l'Amazigh algérien, ne soit plus de ce monde pour assister à la métamorphose de son ‘Maquisard de la chanson' en ‘Maquisard de la bêtise'. Ferhat le bâtisseur d'hier, je vous regrette ! Ferhat le destructeur d'aujourd'hui, je vous rejette !" K. O.