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Aït Bouhouni, Ben Aknoun et retour
Lettre de l'îlot de Boudjemaâ Karèche
Publié dans Liberté le 25 - 08 - 2005

Tôt ce vendredi matin, avec quelques amis nous prîmes la route de Kabylie pour nous rendre à Aït Bouhouni, le village de nos parents, de nos ancêtres, afin de participer à l'hommage rendu par les siens, ses descendants et ses enfants, à Arezki El Bachir, en réalité Bachène Arezki, notre héros, cruellement guillotiné en 1895 par l'administration coloniale. Durant tout le trajet, malgré des tentatives répétées pour entamer quelques discussions ou écouter le dernier CD de Fellag, nos pensées étaient ailleurs. Nous pensions à ce village vers lequel nous nous dirigions et que nos parents avaient quitté il y a plus d'un siècle, poussés vers l'exode par la dépossession de leurs terres, la misère, la faim. Il nous faut reconnaître que la laideur de Tizi Ouzou, que nous étions obligés de traverser, et la chaleur lourde qui montait de plus en plus accentuaient nos préoccupations et notre angoisse. Heureusement que la traversée de la magnifique forêt de chênes-lièges de Yakouren et surtout l'arrivée à Aït Bouhouni nous aidèrent à reprendre notre souffle et notre sérénité. L'accueil de la population de cet illustre village, mêlée à de nombreux amis et parents de Ben Aknoun (cet Aït Bouhouni numéro deux), nous libéra complètement et nous permit de rentrer de plain-pied dans une communion généreuse et confiante. Le climat était au recueillement, à la fierté, à la dignité. Au-delà de la stèle édifiée à sa mémoire, l'esprit et l'humanisme d'Arezki planaient en ces lieux austères et majestueux. Il nous faut dire que toute notre enfance fut bercée par les histoires contées par nos parents sur le courage, la bravoure, le sens de la justice et aussi la modernité d'Arezki, ce digne enfant du Djurdjura et du peuple amazigh. La lecture de quelques livres édités ou réédités ces dernières années, dont ceux d'Emile Violard et de Younès Adli, confirma et donna plus de crédit à cette héroïque légende. Nous comprenons mieux aujourd'hui la dignité et la fierté que dégagent les personnages joués par Djamila, en réalité Bachène Djohra, petite cousine d'Arezki, dans Le vent des Aurès de Mohamed Lakhdar Hamina, Les hors la loi, de Toufik Farès et Bab El Oued City, de Merzak Allouache. Dans ces trois films, elle interprète le rôle de la mère algérienne, notre mère, généreuse, affectueuse, lucide. Nous comprenons aussi l'ampleur et la force de sa voix lorsqu'elle chante, rendant avec authenticité toute la beauté de notre Djurdjura. Nous comprenons aussi pourquoi M'hena, cet autre parent d'Arezki El Bachir, tenait absolument à nous faire visiter les lieux où, en été 1962, en compagnie de son ami Djilali, tous deux 18 ans à peine, crapahutait pour résister, lutter, défendre notre unité et notre indépendance sous la conduite d'un autre de nos héros de 1954, Arib Lounès. Il nous racontait avec force détails et émotion, comment la mitrailleuse, la 24 comme il l'appelle, devenait de plus en plus lourde, au fur et à mesure de leurs déplacements, combien elle ressemblait à un bouledogue planté sur ses pattes avant, prêt à bondir, lorsqu'elle crachait son feu interminable. Nous comprenons aussi pourquoi les jeunes générations de Ben Aknoun, celles dont les arrière-grands-parents fondèrent ce village, tiennent tant à retourner à Aït Bouhouni pour rénover et restaurer leurs maisons, et pourquoi les prénoms d'Arezki et Bachir sont si fréquents dans nos familles.
Nos amis d'Aït Bouhouni nous permirent de vivre une journée mémorable. Leur sens de l'organisation et de l'hospitalité nous impressionna. Combien ils avaient raison de nous dire qu'ils ne comptaient que sur eux-mêmes, sur leur volonté et leur engagement pour organiser cette belle fête ! À plusieurs reprises, ils nous répétèrent qu'ils ne comptaient ni sur l'aide ni sur le soutien d'une quelconque autorité politique ou administrative. Nous, par contre, nous ne comprenons toujours pas pourquoi le ciné-bus qui devait nous aider à projeter le dernier film sur Si M'hand ou M'hand, cet immense autre personnage de nos montagnes, qui rendait souvent hommage dans ses poèmes à la lutte d'Arezki, ne nous a jamais rejoint. Des raisons obscures et bureaucratiques tuèrent notre projet et nous firent échouer lamentablement dans notre mission, alors que le réalisateur Yazid Khodja et la copie du film étaient présents sur les lieux. Décidément, notre cinéma, déjà moribond, ne cesse d'être enterré par les gens nommés et payés pour le servir. Notre espoir aujourd'hui est que tous nos amis d'Aït Bouhouni nous pardonnent.
Notre autre espoir est que notre ami réalisateur Djamel Bendedouche, fier et heureux de son nouveau scénario, Arezki l'Indigène, qu'il vient de boucler en collaboration avec le cinéaste poète Brahim Tsaki, arrive à mettre tout en œuvre, sur les plans artistique, matériel et financier, pour réaliser un film digne d'Arezki et d'Aït Bouhouni. Comment pourrait-il en être autrement lorsque nous l'écoutons parler avec passion et détermination de son projet ? Comment oublier cette séquence qu'il décrit avec minutie, celle d'une jeune journaliste française envoyée par son journal en 1890 à Azazga pour un banal article sur le “pittoresque kabyle”, et qui décide, avec courage et détermination, de faire un reportage sur la réalité du moment : Arezki “le bandit d'honneur”, qui tient toute la région, du Sébaou à la Soummam, avec force, intelligence et un sens aigu de la politique. Elle découvre, outre la guérilla, les alliances et le sens de l'unité, combien Arezki fait preuve de réalisme et de lucidité en obligeant tous les enfants du village, en premier lieu les siens, à fréquenter l'école française.
Nous souhaitons vivement que Djamel, qui recevra certainement aide et soutien de tous ceux qui aiment Arezki, nous donne enfin notre Salvatore Giuliano, comme l'a fait Francesco Rosi pour l'Italie. Quant à nous, nous ne ménagerons aucun effort afin de respecter notre engagement à réaliser le projet de musée-bibliothèque au sein même du village, en hommage à notre grand Arezki El Bachir.
B. K.


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