Rarement évoquée si elle n'est pas totalement occultée, l'absence de toute couverture sociale des malades chroniques qui n'ont pas atteint l'âge de 18 ans, et dont les parents ne sont pas assurés sociaux, est au centre des préoccupations d'une large couche de la société. Vivre avec un diabète ou une épilepsie, pour ne citer que ces maladies les plus répandues en étant non assuré social, est pourtant une amère réalité. Un fait dont souffre en silence des parents de malades sans moyens et qui ont sur les bras des enfants qu'ils doivent prendre en charge. En Algérie, avant l'âge de 18 ans, aucune personne atteinte d'une maladie chronique nécessitant des soins et un suivi thérapeutique régulier et dont les parents ne sont pas assurés sociaux ne bénéficie d'une couverture sociale. Subvenir aux besoins de ces malades en matière de soins et de traitement par leurs parents non assurés devient une véritable galère. "Ils se présentent chaque jour, ils sont dans une situation de détresse et ne savent pas quoi faire, ils sont incapables d'assurer le minimum pour leurs enfants", assène un médecin libéral à Jijel. Notre interlocuteur ne cache pas son amertume face à cette situation en évoquant le cas de nombreux malades qu'il reçoit dans son cabinet. "Comment ces malades peuvent-ils suivre leur traitement quand ils sont atteints d'un diabète et ne sont pas assurés et dont le suivi et le contrôle de leur glycémie coûtent cher ?", s'interroge-t-il. Et d'ajouter : "Après 18 ans, quand ils auront la possibilité d'être assurés, ce sera trop tard pour eux, ils seront déjà en phase de complication." Il cite le cas de cette fille d'une localité rurale qu'il reçoit dans son cabinet qui a vu son diabète se compliquer, faute de traitement, parce que ses parents ne sont pas assurés sociaux. Cette situation de détresse se présente pour les autres pathologies chroniques, dont on peut évoquer le cas des personnes atteintes de drépanocytose, une maladie hémolytique héréditaire particulièrement pénible. "Je ne sais pas comment faire, je ne suis pas assuré, et mon fils de 12 ans ne l'est pas, c'est impossible pour moi de le prendre en charge sur le plan thérapeutique", se lamente Hakim, un homme sans emploi, de surcroît sans assurance, et dont le fils est atteint d'une drépanocytose. Le comble est que ces malades doivent attendre l'âge de 18 ans pour bénéficier d'une assurance sociale dans le cadre de l'allocation forfaitaire de solidarité (AFS). Il convient de noter que ce cas de figure ne se présente pas pour les personnes handicapées, qui sont assurées avant l'âge de 18 ans et pour le restant de leur vie même si leurs parents ne le sont pas. Au bureau de l'action sociale et de solidarité d'El-Milia, une grande commune de la wilaya de Jijel, de nombreux parents de malades chroniques se présentent chaque jour à la recherche d'une assurance pour leurs enfants. Mais peine perdue, puisque le législateur algérien n'a pas jugé utile de prendre en charge ces cas, qui restent livrés à leur détresse.