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"La vie du président déchu est un roman à rebondissements"
Farid Allilat, auteur de "Bouteflika : histoire secrète"
Publié dans Liberté le 05 - 04 - 2020

Au bout de deux décennies d'enquête, le journaliste exerçant à Jeune Afrique raconte le parcours d'un homme qui a connu la déchéance politique jusqu'à l'ivresse du pouvoir. À l'occasion du premier anniversaire de sa chute, l'auteur nous livre ses impressions sur le personnage et sa façon de gouverner.
Vous avez consacré presque 20 ans de recherches et d'investigations sur la vie de ce personnage atypique qu'est Abdelaziz Bouteflika pour faire sa biographie. Comment vit-il sa mise à l'écart du pouvoir ?
Farid Allilat : Même dans ses pires cauchemars, Abdelaziz Bouteflika n'aurait pas imaginé une telle fin de carrière et une fin de vie. Au début de son règne, il disait être l'Algérie tout entière, l'incarnation du peuple algérien. Vingt ans plus tard, c'est ce même peuple qui est sorti par millions dans la rue pour le chasser du pouvoir. Il voulait mourir président et avoir des funérailles nationales, il a été dégagé comme un paria.
Le paradoxe est que c'est cette même armée qui l'a installé au pouvoir en 1999 qui lui a donné le coup de grâce le 2 avril 2019. Oui donc, il vit très mal sa déchéance. Il la vit d'autant plus mal que son frère Saïd, qu'il a élevé comme son propre fils, purge une peine de 15 ans de réclusion à la prison militaire de Blida. Pour imager un peu, Abdelaziz Bouteflika vit une réclusion à perpétuité dans la résidence de Zéralda.
Vous avez écrit dans votre livre Bouteflika, l'histoire secrète qu'à 20 déjà, Bouteflika ambitionnait de devenir président. Une prémonition ? D'où lui est venue cette ambition vorace ?
À peine 21 ans, durant la guerre de libération, il ambitionnait de devenir un jour président. Depuis, cette obsession n'a de cesse de le guider. Dans les années 1960 et 1970, il a vécu et travaillé à l'ombre du président Boumediene dans l'espoir secret de lui succéder un jour. Lorsque le colonel Boumediene demande à Mohamed Bedjaoui de rédiger la mouture de la Constitution qui sera adoptée en 1976, Bouteflika suggère à Bedjaoui d'introduire le poste de vice-président qui serait élu en colistier avec le président, comme c'est le cas avec le modèle américain. Boumediene refuse d'accéder à cette requête.
À la mort de Boumediene en 1978, Bouteflika s'est posé comme l'héritier naturel, le successeur putatif. Il affirme d'ailleurs à certains que Boumediene avait laissé un testament dans lequel il le désignait comme successeur. Ce qui était totalement faux. Ecarté par les militaires au profit du colonel Chadli Bendjedid, il en a gardé de l'amertume, de la rancœur et un goût de revanche. C'est donc cette ambition qui a été le fil conducteur de sa carrière.
C'est un fait, Bouteflika est le président algérien qui est resté le plus longtemps à la tête du pays. Comment expliquez-vous cette longévité ?
Bouteflika a d'abord été placé à la tête de l'Etat par l'armée. Sans le soutien des militaires, il n'aurait jamais pu accéder à la magistrature suprême. Contrairement à une idée reçue, l'institution militaire ne l'a jamais empêché d'exercer ses fonctions. Bien au contraire, elle a été son allié. Il a brigué un second mandat en 2004 avec l'appui du DRS alors que l'état-major de l'armée, dirigé à l'époque par le général Lamari, était hostile à sa reconduction.
Ce faisant, il provoque un schisme dans l'institution miliaire et récupère l'état-major en nommant Ahmed Gaïd Salah qui lui sera d'une fidélité absolue jusqu'en avril 2019. Il modifie en 2008 la Constitution de 1999 qui limitait les mandats présidentiels à deux avec l'appui de l'armée. Il est réélu en 2009 et en 2014 avec le soutien encore une fois des militaires. En 2019, le vice-ministre de la Défense et chef d'état-major de l'armée était favorable à un cinquième mandat. Ceci explique en partie sa longévité.
Beaucoup disent que le bilan de ces deux décennies de règne sans partage est catastrophique sur tous les plans. Partagez-vous ce constat ?
Il faut tout un livre pour évaluer le bilan des 20 ans de cette présidence. Le premier bilan, ce sont les Algériens qui l'ont fait en le chassant du pouvoir il y a un an. Ils ne veulent plus ni de lui ni des hommes avec lesquels il a gouverné. Le second bilan se résume à cette question que l'opinion se pose encore plus aujourd'hui : où sont passés les 1000 milliards de dollars que le pays a engrangés en 20 ans, alors que l'Algérie sera contrainte à court terme à recourir à l'endettement extérieur ? L'autre bilan est l'ampleur de la corruption.
Deux premiers ministres, plus de 24 ministres, des oligarques, des walis, des généraux sont en prison pour des faits de corruption. Du jamais vu dans l'histoire contemporaine des 50 dernières années. Le pire est sans doute celui-ci : avec la manne pétrolière, Bouteflika aurait pu faire de l'Algérie le dragon de l'Afrique. Il l'a rendue encore plus dépendante de la rente pétrolière, au point où les 60 milliards de dollars de réserves de change vont disparaître à l'horizon 2024. Je n'ose pas imaginer les conséquences cataclysmiques pour l'Algérie.

Entretien réalisé par : Arab CHIH


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