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"La crise sanitaire va opérer un marquage important"
Mohamed Mebtoul, sociologue
Publié dans Liberté le 05 - 04 - 2020

Au fait des dynamiques qui agitent notre société, le sociologue Mohamed Mebtoul continue de scruter les évolutions sociétales impactées par les choix et les décisions opérés à l'échelle mondiale. Son analyse de la crise sanitaire va au-delà de son aspect médical. Il estime qu'à force de "détruire sans souci écologique la nature et, notamment, les cycles naturels des micro-organismes, le risque de contracter des maladies infectieuses devient une réalité dramatique (…)".
Liberté : La crise sanitaire aura forcément un impact sur la société et pourrait même la transformer en profondeur. Quelles peuvent être, selon vous, les principaux bouleversements qui peuvent survenir ?
Mohamed Mebtoul : La crise n'est pas uniquement socio-sanitaire, elle est globale, touchant à la fois le politique, l'économique, le géopolitique... En outre, la crise socio-sanitaire dévoile, à la fois, les incertitudes médicales et les controverses scientifiques et politiques, produisant des "régimes de vérité".
Les anthropologues, les écologistes et d'autres chercheurs qui ont travaillé de façon approfondie sur le rapport nature — culture dont le pionnier reste Lévi-Strauss — indiquent que la circulation des microbes n'est pas sans liens avec le viol et la défiguration de notre environnement naturel et social. C'est à force de détruire sans souci écologique la nature et, notamment, les cycles naturels des micro-organismes que le risque de contracter des maladies infectieuses devient une réalité dramatique, comme celle que nous vivons avec le Covid-19.
L'un des enseignements, me semble-t-il, qu'il est possible de mettre en exergue est le suivant : notre mode de vie, loin d'être un a priori naturel, a été en permanence façonné par la financiarisation de l'économie mondiale. Notre mode de vie est un construit politique et économique qui transforme en permanence les fondements de la société.
Cette mise en perspective m'a semblé importante pour comprendre que cette crise a, certes, une histoire sanitaire, mais qui s'ancre dans le politique et l'économique. Ce sont des déterminants profondément sous-estimés, même si on peut résumer rapidement la situation présente comme une fuite en avant pour tenter dans l'urgence de limiter la circulation du virus.
Y aura-t-il désormais un avant et un après-pandémie ?
En tout état de cause, la crise va opérer un marquage important dans notre société, tout en restant très humble sur les types de transformation de celle-ci. La notion d'incertitude me semble très féconde. Elle permet de relativiser fortement les vérités dominantes, celles centrées sur un avenir radieux. Le doute est bien souvent créatif, a contrario de l'absolu, présenté comme une fin en soi. Il permet de s'orienter résolument vers l'ouverture aux autres et, donc, de tenter de construire et d'inventer collectivement la démocratie sanitaire, c'est-à-dire la possibilité d'une reconnaissance politique du statut d'usager-citoyen.
S'appuyer sur sa société telle qu'elle est, et non pas celle rêvée dans son bureau, pour ne plus considérer les gens comme des "idiots" mais qui ont la possibilité, quand on leur donne l'opportunité, de participer activement à la mise en œuvre d'une autre façon de gérer le politique et donc la santé.

Quel regard portez-vous sur le comportement de la société algérienne face à la crise, au confinement et au couvre-feu récemment instauré ?
Le confinement et le couvre-feu peuvent être caractérisés comme des formes sociales d'isolement et d'enfermement des personnes dans l'espace domestique. C'est pénible humainement. Ils représentent un événement douloureux en rupture avec notre vie quotidienne antérieure.
Mais ce sont deux alternatives nécessaires pour réduire la propagation rapide du conoravirus mondialisé aujourd'hui, limiter les hospitalisations, aider le personnel de santé qui assure des actes de travail héroïques dans des conditions sociales et techniques médiocres et anomiques.
La sociologie de la contamination intègre le collectif et non pas l'individu en soi, d'où la nécessité, me semble-t-il, de retravailler profondément les notions de confiance, de solidarité et de responsabilité collective qui sont pour l'avenir de notre société les armes puissantes pour construire notre citoyenneté revendiquée par le Hirak.
Dans une récente contribution, vous évoquiez les "vertus" du confinement pour la famille (sociabilité plus intense avec les proches, les parents redeviennent pédagogues, les enfants renouent avec le livre ou le bricolage inventif…). Pour autant, n'y a-t-il pas risque d'un repli sur soi?
J'ai tenté d'évoquer le confinement comme un phénomène pluriel et diversifié, vécu différemment selon les conditions sociales et culturelles des uns et des autres. Le confinement ne se départit pas de nos différents statuts dans la société hétérogène socialement. Certains sont effectivement dans le bricolage inventif pour tenter de tuer le temps (petits travaux à la maison, lecture pour d'autres, revisiter les cours avec les enfants, etc.), mais je n'oublie pas de noter que d'autres catégories sociales plus vulnérables subissent différemment le confinement.
Les tensions ne sont pas absentes. L'ennui intense, les problèmes sociaux, l'exiguïté du logement, la fragilité des interactions peuvent donner un sens négatif à un "chez soi" qui oblige à l'étrangeté entre ses membres. L'extérieur représentait une bouée de sauvetage. Il permettait, en période de non-crise sanitaire, de donner un tout petit peu sens à sa vie (amis, le café, etc.).
Encore une fois, le confinement a pour objet unique de lutter contre la pandémie, en disjonction avec ce que représentait notre quotidien défini comme "la somme des insignifiances" (Lefebvre, La Vie quotidienne dans le monde moderne, Gallimard, 1968), c'est-à-dire nos différentes routines, l'évident, ce qui va de soi en période de non-crise.
Pour reprendre les termes du sociologue américain Erwing Goffman, le confinement peut être en partie seulement identifié à une "institution totale" (Asiles, Editions de Minuit, 1968), qui nous oblige à mettre provisoirement entre parenthèses notre requête de liberté, pour tenter de sauver nos vies respectives. Mais cet enfermement nécessaire n'efface pas, loin de là, la réflexivité des personnes sur les événements que nous sommes en train de connaître.
Dans des situations de crise sanitaire, on assiste, me semble-t-il, à de multiples surinterprétations de la pandémie, d'autant plus accentuées face au "blanc" laissé en raison d'une opacité dans la diffusion de l'information sanitaire. La transparence s'impose pour permettre un débat pluriel, critique et libre et sociétal qui ne peut s'enfermer sur la maladie en soi, en oubliant que celle-ci recouvre une dimension psychique, sociale et politique.

À mesure que le temps passe, la peur s'installe de plus en plus. La peur de la maladie, mais aussi la peur du lendemain, de l'inconnu. Comment peut-on rassurer les gens et les aider à lutter contre ces peurs ?
S'armer d'un système de croyances n'est pas étranger à la peur, à l'inquiétude, aux incertitudes-certitudes fonctionnant séparément de façon variable, selon les moments, les données capitalisées sur la pandémie et l'ambiance sociale et familiale autour de soi. Les nombreux questionnements sur la médecine ("quand vont-ils nous trouver ce médicament ?"), les discussions passionnées sur les différents traitements, les controverses scientifiques et politiques montrent que le confinement n'est pas vécu passivement.
Il est toujours de l'ordre du réflexif pour les personnes à la quête constante d'informations crédibles, d'espoirs pour se replonger dans la vie sociale qui efface le malheur et les drames sanitaires. Comme l'écrivait l'anthropologue Maurice Godelier (1984) : "Les Hommes, contrairement aux animaux sociaux, ne se contentent pas de vivre en société, ils produisent de la société pour vivre."



Entretien réalisé par : Samir ould ali


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