Le secteur du BTPH se met à l'heure du déconfinement. Bien qu'encore timide, la reprise des chantiers est effective depuis le déconfinement progressif, amorcé il y a quelques jours à peine, dans un contexte complètement différent de celui qui prévalait avant la crise sanitaire. "L'activité dans le BTPH a effectivement repris, mais pas de la même manière ni dans les mêmes conditions. Le secteur se remet progressivement d'une mauvaise conjoncture. Nous n'en sommes qu'au début d'une route qui s'annonce longue, la situation demeure encore préoccupante", fait observer Boualem M'rakach, président de la Confédération algérienne du patronat (CAP), contacté par Liberté. Le BTPH est l'un des secteurs qui ont été le plus affectés par la pandémie de Covid-19. L'impact de cette crise s'est traduit par l'arrêt quasi total des chantiers, la destruction de plusieurs centaines d'emplois ainsi que par de sérieux problèmes de trésorerie au niveau des entreprises. Les risques de faillites en cascade dans le secteur n'ont jamais été aussi sérieux. Comment faudrait-il s'y prendre pour permettre au BTPH de sortir la tête de l'eau ? "Ce qu'il nous faut, c'est un dispositif réaliste d'accompagnement à destination des entreprises en difficulté. Aujourd'hui, on constate que beaucoup de pays apportent soutien et aide aux entreprises afin de les aider à surmonter les difficultés et à reprendre leur activité dans des conditions satisfaisantes. Nous pourrions faire de même chez nous, en Algérie", estime M. M'rakach qui, sur sa lancée, tentait de dissiper les équivoques en soulignant que "cela ne sous-entend pas pour autant que la CAP demande de l'argent au Trésor public. Nous souhaitons un accompagnement à plusieurs niveaux. Les banques et institutions financières auront un important rôle à jouer. Elles doivent se montrer moins frileuses vis-à-vis des entrepreneurs en difficulté dans ce secteur durant cette période difficile". Boualem M'rakach fait savoir par ailleurs que la CAP a proposé la mise en place de "deux commissions : l'une chargée du protocole sanitaire, d'exercer un suivi et de veiller à ce que les travailleurs soient protégés, et l'autre de régler les problèmes qui se posent actuellement dans le BTPH et d'établir les orientations générales et les modalités de reprise des entreprises". Le président de la CAP explique en outre que "les mesures sanitaires appliqués à un chantier employant 450 personnes, par exemple, ne sont pas les mêmes que celles mises en œuvre dans un site employant une douzaine de personnes". Pour lui, le côté économique, quoique "important", "ne doit pas éclipser le fait que nous faisons face à des menaces sanitaires liées à la pandémie de coronavirus". Le BTPH était déjà en crise et la pandémie semble l'avoir achevé. Des incertitudes économiques et des risques de trésorerie pèseront encore longtemps sur les activités du bâtiment et des travaux publics. "La situation est des plus inquiétantes, mais il faut agir", déclare M. M'rakach. Ce n'est un secret pour personne, des milliers d'entreprises se démènent avec les moyens du bord et beaucoup d'entre elles sont restées sur le carreau. "Plus de 24 000 entreprises de BTPH étaient à l'arrêt à cause des mesures de confinement décidées par les autorités pour lutter contre la pandémie de coronavirus", annonçait, il y a quelques semaines, le directeur général du logement au ministère de l'Habitat. En début de cette année, avait-il expliqué, "il était prévu de remettre plus de 450 000 logements à leurs bénéficiaires, mais l'opération avait été entravée par la pandémie de Covid-19 qui avait contraint les entreprises opérant dans ce secteur à mettre à l'arrêt les chantiers et les travailleurs en congé forcé".