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"Il faut revoir l'architecture du financement de l'économie"
Adda Guecioueur, économiste
Publié dans Liberté le 09 - 08 - 2020

Titulaire d'un doctorat d'Etat en sciences économiques de l'Université de Glasgow (Ecosse) en 1978 et d'une licence en sciences économiques de l'Université d'Oran en 1973, Adda Guecioueur est, depuis 2013, fondateur et directeur général d'International Business School-IBS-Oran et consultant international dans le domaine des marchés financiers, notamment avec la Banque africaine de développement. Auteur de plusieurs publications et études, il revient pour Liberté sur l'actualité économique du pays.
Liberté : Comment est ressentie la crise économique algérienne sur le terrain alors qu'elle s'est aggravée avec la pandémie de coronavirus ?
Adda Guecioueur : Pour la plupart des commentateurs, quand le prix du baril de pétrole chute, ils montent au créneau et crient haut et fort qu'il y a crise économique. Pour moi, la crise est ailleurs. S'il existe une crise, c'est dans la gestion de l'économie algérienne qu'il faut la situer et essayer d'y remédier. Le prix du baril remontera, et je vous le garantis, car en économie, tout prix qui chute augmentera tôt ou tard et vice-versa, et cela, indépendamment de la volonté de l'Algérie. Mais la méthode de gestion de l'économie algérienne est entre les mains de l'Algérie. Il faut poser le problème et trouver un consensus de la classe politique à ce sujet.
La valeur de la monnaie algérienne ne cesse de baisser face aux devises fortes. Quel impact direct cette dépréciation du dinar entraîne-t-elle sur le quotidien des Algériens ?
Là, il faudrait souligner la différence entre les concepts de dépréciation et de dévaluation alors que le résultat est le même, à savoir perte de la valeur par rapport à d'autres monnaies. La dépréciation est le résultat de l'offre et de la demande qui, avec le temps, risque d'être inversée. La dévaluation est le résultat de la décision de l'Autorité monétaire, à savoir la Banque centrale, de changer le cours officiel de la monnaie nationale en le dépréciant. À ma connaissance, aucun pays n'a réévalué sa monnaie après l'avoir dévaluée. En Algérie, il existe une demande pour les devises fortes pour plusieurs raisons dont l'insécurité ressentie par certains citoyens, les soins médicaux et l'éducation des enfants à l'étranger. Plus il y a de liquidités, plus il y aura demande pour des devises étrangères. Cette dépréciation s'aggravera avec le temps avec la diminution de l'offre résultant principalement des pensions payées en monnaies étrangères et de l'existence d'une communauté algérienne établie à l'étranger et maintenant toujours des liens avec le pays. La dépréciation du dinar impacte négativement le pouvoir d'achat de l'ensemble de la population à travers l'augmentation des prix des produits importés et aussi, plus directement, la frange de la population qui voyage et acquiert des services à l'étranger, tels les soins médicaux et l'éducation des enfants.
Depuis le confinement en mars 2020, les premiers touchés sont les artisans, les petits métiers et les commerces. Pensez-vous que les pouvoirs publics ont réagi à cette situation de la façon la plus appropriée ?
On ne saura si les pouvoirs publics ont réagi à cette situation de la façon la plus appropriée qu'a posteriori. L'Angleterre vient de se rendre compte qu'elle aurait pu éviter la moitié des décès si elle avait imposé le confinement une semaine auparavant. Il faut aussi savoir que l'actuelle équipe gouvernementale n'a même pas pu s'installer, que la pandémie a éclaté. Obama a déclaré que cette pandémie mettra à rude épreuve les meilleurs gouvernements du monde. Le nôtre n'est pas une exception d'autant que cette pandémie ne pouvait être prévue dans le programme électoral du Président. Tous les gouvernements, y compris le nôtre, sont en train de "tâtonner" en fonction de leurs expériences, leurs moyens humains techniques et financiers. En Algérie, comme ailleurs, tous les secteurs ont été touchés car la pandémie touche l'être humain lui-même et elle fera des ravages tant qu'un vaccin efficace n'aura pas été développé.
Le Sahara Blend a atteint 43,15 USD, la première semaine du mois de juillet 2020. Selon vous, ce prix est-il suffisant en cette période ? Sinon, quel serait le prix moyen du baril pour que l'Algérie ne s'enfonce pas davantage dans la crise ?
Pour vous répondre, je citerai une étude publiée par le Wall Street Journal qui fixait le prix du baril brut nécessaire, pour financer les budgets pour l'année 2014 pour plusieurs pays dont l'Algérie, estimé à 121 USD. Le premier constat est que les pays à larges populations sont les moins placés. Bien sûr, depuis 2014, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, ou plutôt, dirais-je, bien des vents de sable ont balayé les déserts arabes, ce qui diminue la visibilité et, donc, une lecture "informée" sur ces économies. Je pense que cet indicateur s'applique surtout aux pays tels que le Qatar et Bahreïn qui n'ont relativement pas d'autres ressources que le pétrole et le gaz. L'Algérie a une plus grande profondeur économique. La preuve est lors de l'élaboration des lois de finances, l'Algérie se fixe toujours un prix de référence du baril. En général, ce prix tourne autour de 50 dollars. Cela signifie qu'au-delà de ce prix, l'Algérie est dans une zone de sécurité. Un autre indicateur mérite considération, à savoir le compte courant du budget (très différent du compte courant de la balance des paiements) et qui compare les recettes courantes et les dépenses courantes au cours de l'année fiscale. C'est très positif quand les recettes dépassent les dépenses, ça permet de financer le budget de fonctionnement avec des recettes domestiques en dinar algérien et, donc, de recourir aux réserves de changes pour financer le budget d'équipement.
L'un des secteurs névralgiques en dehors des hydrocarbures, sur lequel l'Algérie compte, est le tourisme, mais avec la conjoncture sanitaire, la saison touristique est complètement ratée. Quelles sont les retombées sur les objectifs du gouvernement et sur les professionnels du tourisme ?
À ma connaissance, l'Algérie n'a jamais misé sur le tourisme étranger. La preuve étant que c'est le pays du Maghreb le moins visité, malgré ses richesses touristiques indéniables. Je n'ai jamais vu les étrangers se bousculer ni devant les consulats pour demander un visa ni dans les aéroports algériens. Récemment, elle a commencé à penser au tourisme local. Bien sûr, cette saison touristique est ratée, mais l'impact global sur l'économie est moindre que celui sur nos voisins comme la France qui reçoit 50 millions de touristes étrangers chaque année. Notre faiblesse est devenue relativement positive !
Recours à la planche à billets ou endettement extérieur, quel est, selon vous, la solution temporaire la moins contraignante pour l'économie algérienne ?
Quoi qu'on dise, l'Algérie a toujours eu recours à la planche à billets depuis 1962. Sinon, comment les déficits budgétaires successifs ont-ils été financés ? Ce n'est pas un choix fatidique entre planche à billets et endettement. Les deux options ne sont pas mutuellement exclusives. Un pays peut emprunter sans s'endetter. Il faut voir la raison de l'emprunt. Je suggère de revoir entièrement l'architecture du financement de l'économie algérienne. L'actuel est une entrave à la modernisation de l'économie alors qu'il devrait en être le moteur.
Cette crise a été l'occasion d'évoquer de nouveau l'argent du circuit informel que l'Etat n'arrive pas à capitaliser. Comment se fait-il qu'aujourd'hui, on en soit encore à supplier les barons de l'informel de "blanchir" quelque part leurs capitaux ?
En ce qui me concerne, je ne suis pas au courant du fait de "supplier les barons de l'informel de blanchir quelque part leurs capitaux", mais j'ai suivi l'opération de "bancarisation" et "l'emprunt national pour le développement économique". Sans rentrer dans les détails, je pense que les deux opérations ont été mal conçues, mal exécutées, avec peu de résultats tangibles. Dans le premier cas, le concept de bancarisation a été mal compris, et dans le deuxième, le Trésor public a financé les entreprises nationales avec sa main droite et essayé de récupérer certaines sommes avec sa main gauche et, demain, dans le cadre de la prochaine mise à niveau des entreprises nationales, il les financera avec sa main droite ! Il semble judicieux de mentionner que l'informel couvre toute activité illégale et non soumise à l'impôt. Donc, le mouton de l'Aïd a été acheté dans l'informel, quand vous faites appel au plombier du quartier vous êtes dans l'informel, quand vous prenez un taxi clandestin vous êtes dans l'informel...
Une loi de finances à 51,6 milliards USD de réserves de changes à la fin de l'année 2020. Que vous inspire ce chiffre ?
Comme tous les chiffres, celui-ci est neutre et n'a pas d'émotion. Cela dépend de l'interprétation qui en est faite. Ce chiffre est une projection car la loi de finances est élaborée sur la base de projections. Maintenant, le ministère des Finances doit avoir développé son propre modèle de l'économie nationale qui lui sert pour faire des projections. Un chiffre absolu n'a aucune valeur, il acquiert une certaine signification lorsqu'il est comparé à d'autres indicateurs ou en comparaison avec des pays pairs ou "peer countries". L'idéal est de le comparer à la valeur des importations du pays donné, car c'est le but essentiel de l'accumulation de réserves de changes. Selon certaines sources à ma disposition, les réserves de changes de l'Algérie ont atteint leur pic avec 195 milliards USD, le 1er trimestre 2014, et étaient de l'ordre de 53,6 milliards USD fin juin 2020 pour une population de 43 millions, comparé à 27 milliards USD pour le Maroc avec une population de 37 millions, 7,2 milliards USD pour la Tunisie pour une population de 12 millions et 30 milliards USD pour l'Egypte avec une population de 100 millions.
Donc, l'Algérie est bien dotée. Le deuxième angle sous lequel on compare généralement les réserves de changes est la couverture en mois d'importations. En estimant la valeur des importations mensuelles à 4,3 milliards USD, les réserves de changes de juin 2020, estimées à 53,6 milliards USD, couvrent nos importations pour presque 13 mois. Sur la base de la valeur des importations évaluées à 4,16 milliards USD pour mai 2020, le taux de couverture de l'Egypte est de 7,2 mois. Pour l'année 2018, la valeur des importations du Maroc était de 51,26 milliards USD, ce qui représente une importation mensuelle moyenne de 4,3 milliards USD et donc un taux de couverture de 6,5 mois. Pour la Tunisie, la valeur totale des importations pour 2018 était de 20,62 milliards USD et, donc, une valeur mensuelle moyenne de 1,7 milliard USD, ce qui signifie un taux de couverture de 4 mois.
Il y a un autre élément à prendre en considération, à savoir l'évaluation officielle des réserves d'or de l'Algérie. Les réserves de 53,6 milliards USD à fin juin 2020 couvrent aussi l'or officiel de l'Algérie. À ma connaissance, deux pays arabes seulement, l'Algérie et le Liban, continuent à comptabiliser leurs réserves officielles d'or de 34 US$ l'once, c'est le prix lors de la création de Breton Woods System. Or, la valeur de l'once actuelle est de 2 022,66 US$. Ce qui représente un différentiel de 1 988,66 US$. L'Algérie détenait 173,6 tonnes en mars 2020 ou 5 581 344,16 onces 173,6, ce qui signifie un différentiel d'environ 11 milliards USD et porte donc la valeur des réserves de changes à 64,6 milliards USD et augmente le taux effectif de couverture des importations à 15 mois.
Entretien réalisé par : Saïd oussad


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