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"Documenter le Hirak est un devoir de mémoire"
Sara Nacer, réalisatrice de "Yetnahaw Ga3"
Publié dans Liberté le 02 - 01 - 2021

Primée dans les festivals "Vues D'Afrique" (Montréal) et "Image et vie de Dakar", l'Algéro-Canadienne Sara Nacer a porté la révolution à l'international avec son documentaire Yetnahaw Ga3 (qu'ils partent tous). Loin des clichés que l'on a pu découvrir dans d'autres productions, cette jeune réalisatrice montre la révolution du sourire avec tendresse et sans artifices, appuyée par des images tournées lors des marches du vendredi ainsi que des témoignages sincères de personnalités issues de divers horizons. Dans cet entretien, elle revient sur les raisons l'ayant poussée en mars 2019 à prendre un billet d'avion pour Alger, afin d'immortaliser ces manifestations inscrites dorénavant dans l'histoire du pays.
Liberté : Le documentaire a été primé dans deux festivals internationaux. Vous vous attendiez à un tel succès ?
Sara Nacer : Absolument pas, vu les conditions de réalisation, je pensais au mieux pouvoir le projeter auprès d'un comité restreint. J'ai vraiment été surprise par l'accueil, les réactions et son parcours.
Quel a été l'élément déclencheur pour la réalisation de ce film ?
J'ai été invitée à participer à une table ronde sur l'Algérie en février 2019 pour une émission radio de Radio-Canada. Des amis et collègues m'ont entendu et m'ont dit "on découvre un pays qu'on ne connaissait pas". Cette phrase a déclenché l'envie de faire découvrir ce pays et cette réalité.
Il est souvent difficile de le faire en temps normal, car dans l'imaginaire collectif des gens, l'Algérie telle que nous la connaissons aujourd'hui est méconnue, et beaucoup de gens sont restes figés dans des représentations d'une autre époque.
Une fois arrivée à Alger, aviez-vous un angle d'attaque ou était-ce spontané ?
Je n'avais aucun angle d'attaque. D'ailleurs, je n'avais que quelques jours devant moi et aucune idée fixe. Tout ce que je savais est que je voulais transmettre cette incroyable énergie que j'ai ressentie dès mon arrivée. Je ne voulais pas filmer que les manifestations. Pour moi, réduire le Hirak aux manifestations, c'est exclure ses autres formes d'expression, à savoir toute initiative individuelle ou collective qui concrétise un changement positif.
Je voulais capturer l'esprit du Hirak, alors j'ai donné tout simplement la parole à celles et ceux qui, pour moi, sont au cœur du mouvement et qui à leur manière représentent ce changement. J'ai donc été à la rencontre de mes personnages pour qu'ils nous parlent de cette révolution et qu'ils dressent finalement eux-mêmes le portrait de cette Algérie.
Pouvez-vous nous parler de ces rencontres ?
Comme je vous l'ai dit, je n'avais que quelques jours. C'était la course contre la montre, tout ce que je voulais c'était recueillir des témoignages authentiques mais surtout de différents milieux pour comprendre les ramifications du mouvement. Chaque rencontre, chaque discussion avec mes personnages m'a confortée dans cette idée sur ce qui faisait la force de ce Hirak.
Les Algériens dans leur diversité étaient arrivés à la croisée des chemins et avaient décidé unanimement d'aller dans la même direction, celle du "changement". Si j'avais pu, j'aurais été dans d'autres villes et rencontré d'autres personnages, car le Hirak est avant tout un rendez-vous national, mais malheureusement j'étais prise par le temps et l'impossibilité de me déplacer à l'extérieur d'Alger.
Quel a été votre sentiment face à cette effervescence et communion ?
C'était incroyable ! Il y a eu des moments où j'ai eu du mal à retenir mes émotions. Lors de la marche du vendredi, mes mains tremblaient et j'avais peur de ne pas avoir des images stables. D'ailleurs, c'est de retour à Montréal que j'ai découvert mes images et fait le tri. On a beau le voir à travers les réseaux sociaux, mais vivre le Hirak est tellement plus puissant ; ces rues qui autrefois pouvaient être hostiles se sont transformées en lieu de convergence de toutes ces énergies positives, hommes, femmes et enfants réunis, les barrières sociales n'existaient plus.
Les Algériens de différents milieux réunis pour revendiquer ensemble un changement et un pays où il est possible de rêver. Il y avait de la solidarité dans les gestes, de l'espoir dans les paroles, et de la bienveillance dans le regard, c'était puissant.
Nous découvrons également l'icône du Hirak, à savoir Sofiane du légendaire "Yetnahaw Ga3", dans un témoignage attendrissant. Qu'avez-vous retenu de particulier de ce jeune devenu héros malgré lui ?
C'est l'une des rencontres les plus touchantes. Je voulais l'avoir dès le départ dans mon documentaire, j'ai fait des pieds et des mains pour le retrouver. Et c'est grâce à Mohamed Ali Allalou que j'ai eu son contact, car il venait de l'interviewer sur sa page facebook. Allalou m'a donné son numéro, et Sofiane a accepté de me rencontrer. Son discours était d'une maturité incroyable, même s'il n'a pas poussé ses études, Sofiane a fait "l'école de la vie" et il a su dresser un portrait tellement juste de la situation en Algérie.
Pour des raisons évidentes, je ne pouvais garder toute son entrevue qui dure une heure environ, mais je peux vous dire qu'entendre un jeune comme lui parler de cette manière, avec cette conscience et cette maturité, cela vous donne tellement d'espoir, et surtout cela vous prouve encore une fois que les jeunes Algériens ne demandent qu'à vivre avec dignité dans un pays qui donne à chacun sa chance. Je ne pense pas que ce soit un hasard que son cri du cœur soit devenu le cri de ralliement de tout un peuple.
Plus d'une année après le tournage de ce film, quel regard portez-vous aujourd'hui sur le pays ?
Toujours le même, il y a dans ce pays quelque chose de fascinant, il arrive toujours à défier tous les pronostics, néanmoins il est temps que l'Algérie cesse d'être le pays de "tous les possibles" pour devenir le pays où il est enfin "possible". Et je pense que c'est un des objectifs fondamentaux du Hirak.
On sait tous que ce pays a du potentiel, mais il ne peut demeurer le pays de l'éternel potentiel, il faut le développer. Ce ne sont ni les idées ni la volonté qui manquent, et je pense que le Hirak en est la preuve. Mais le malheur du pays est entre les mains de ceux qui empêchent ce changement d'opérer.
Pensez-vous que votre film puisse s'inscrire comme un travail de mémoire ?
Je ne sais pas si c'est un travail de mémoire, ce que je sais c'est que pour moi, documenter le Hirak était un devoir de mémoire.

Entretien réalisé par : Hana MENASRIA


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